Vous arrivez, peut être par un hasard heureux, sur un blog éclectique fait de bric et de broc. Le Bric représente la médecine avec des anecdotes remontées de ma mémoire, des longues années d’étudiant, mais aussi des histoires de patients inoffensifs de ma vie professionnelle. Il n’ y a pas de cours de médecine ou de description de maladies, ce site n’en a que faire. Vous lirez des saynètes étranges, comiques, tristes, dérangeantes, extraordinaires, peut être aussi macabres qui ont la particularité d’avoir réellement existé. Plus hétérogène le Broc représente tout ce qui est cassé, désordonné, incompris, mais aussi énervant, insurrectionnel, peut être violent parfois qui se trouve dispersé dans mon encéphale en compagnie des neurones qui me restent. Je vous demande donc de l’indulgence si vous venez, même par hasard, chiner dans mon grenier à idées.
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You arrive, perhaps by happy chance, on an eclectic blog made of odds and ends. The Bric represents medicine with anecdotes brought back from my memory, from the long years of student, but also stories of harmless patients from my professional life. There are no medical courses or descriptions of illnesses, this site has nothing to do with them. You will read strange, comical, sad, disturbing, extraordinary, perhaps also macabre sketches which have the particularity of having really existed. More heterogeneous, the Broc represents everything that is broken, disorderly, misunderstood, but also irritating, insurrectional, can be sometimes violent, which is scattered in my brain along with the neurons that remain in me. I therefore ask your indulgence if you come, even by chance, to browse in my attic of ideas.
Il n’était ni bélître ni parangon dans sa vie de tous les jours, sa péniaphobie l’obligeait à travailler toujours plus. Éternel égrotant, ses efforts bigorexiques ne le rendaient pas heureux pour autant. Parfois un peu égrillard, il pratiquait avec excellence les flagorneries nombreuses, soutenues par des blandices recherchées qui arrivaient à séduire ses affidés certes, mais surtout les anachorètes lors de rares rencontres stochastiques. Ses multiples voyages soutenus par une hodophilie quasi génétique et ses promenades au sein de pétrichors enivrants lui faisaient tenir parfois des coquecigrues inhabituelles. Ses amis rompus à ses discours immarcescibles et compendieux ne supportaient pas que ses perles toujours coruscantes soient transmutées en vulgaires palabres sibyllines de premier benêt venu. Il parvenait très vite à reprendre ses esprits lorsqu’il pénétrait dans le reposant psithurisme de sa forêt.
Je ne comprends pas pourquoi dans la vie de tous les jours on complique la sécurité avec des clefs, des codes alambiqués et des obligations réglementaires allant parfois jusqu’aux portes de l’absurde afin de palier les accidents de tous ordres, alors que dans le domaine médical, on fait l’inverse sciemment: Fermeture des urgences par manque de personnel et d’anticipation, défaut persistant de médicaments parfois essentiels dans les pharmacies par restrictions budgétaires, déficit grave de médecins par décisions erronées, tentatives de déstabiliser les professionnels médicaux pour mieux les soumettre aux directives insoutenables, allecher les infirmières (non formées) pour remplacer les médecins non gratta pour des raisons dogmatiques, laisser dangereusement errer les malades mentaux sans suivi précis, abandonner la médecine scolaire laissant les enfants dans des situations de pénuries intolérables, sans parler de la bombe à fragmentation insinuée dans la vie des enfants aux confins de la psychiatrie infantile devenue invisible par manque d’intérêt et de soutien.
La société humaine française déliquescente va devoir payer très cher cette incurie qui s’est développée sournoisement en son sein.
Les nuages lourds de particules et l’atmosphère poisseuse environnante ne laissent aucune chance aux rayons de soleil de pénétrer dans le bureau récemment imprimé. Les ouvertures sont volontairement exiguës pour éviter les intoxications respiratoires et les conjonctivites de stress. Le soleil n’est uniquement visible que quelques minutes par jour lorsque le canon a électrons entaille une faille dans la purée extérieure. Les quelques humains encore présents dans la contrée peuvent ainsi jouir de cet instant magique mais artificiel. Et dire que nos ancêtres pouvaient se laisser griller allègrement tout le jour durant sous la brulure d’un soleil torride. Aucun humain ne peut sortir plus d’une demi-heure dans cet enfer sans risquer un encombrement bronchique de particules de toutes tailles. Souvent le téméraire irréductible doit passer au désagréable lavage alvéolaire à son retour. Ainsi, tous les travaux extérieurs sont exclusivement réalisés par des humanoïdes. De surcroit, les hommes qui n’ont pas émigré vers les planètes voisines, sont atteints d’un mal obscur qui entraine une atrophie progressive des membres allant même, à l’ extrême, jusqu’à une dégénérescence musculo-squelettique. Les exosquelettes sont alors la solution de rechange incontournable. Il est à présager la disparition des membres dans un avenir, certes lointain, mais génétiquement prévisible.
Aujourd’hui deux janvier 2100,
Peter vient de recevoir une notification très importante directement dans son mental. C’est chose rare et donc importante. Il faut dire que depuis les années cinquante, la découverte des ondes mentales permettait de communiquer de cerveau à cerveau après une mise en condition adéquate des émetteurs et des récepteurs. De même il était possible à tout humain de connaitre la pensée et les intentions de son prochain. Cette avancée inimaginable autrefois à modifié les relations humaines faisant disparaitre certains comportements déviants ou pervers.
Le Consortium des Cerveaux Humains (CCH) à heureusement interdit l’accès à ces données du mental aux humanoïdes travailleurs.
« Reçu ce matin, 8h51 locale, le message des habitants de la planète MAS 5623 de l’étoile PROCYON ALTAÏR située à 15 A.L. dans la constellation de l’aigle acceptant le protocole de transfert des données humaines vers elle et vice versa en réponse au message 1507ET33 du 15 juillet 2065 ».
Depuis de nombreuses années et surtout depuis la mise en orbite du télescope HUBBLE, les humains tentaient de détecter une émission artificielle venant de l’Univers qui pourrait laisser penser à l’existence d’une vie extraterrestre. C’est à la fin des années vingt que parmi le brouhaha des réceptions célestes, l’une d’elles paraissait étrange. Mais comment reconnaitre l’étrange parmi l’étrange ? Au fil des années les grandes oreilles des télescopes, toujours plus extravagantes, ont pointé vers un minuscule point situé dans les parages d’ALTAÏR à 15 années lumières de chez nous. C’est de là que devait commencer l’aventure. Un probable message simpliste et lacunaire paraissait provenir d’un monde étrange mais qui a l’évidence consommait beaucoup d’énergie et surtout de l’oxygène. Les spécialistes considéraient cette débauche d’énergie très exagérée par rapport à la frugalité du message transmis. Ces êtres étaient-ils en avance ou en retard par rapport à notre développement scientifique terrien ? Le contact avec cette civilisation n’a eu lieu qu’en 2065 du fait de l’éloignement. Déjà le premier message de 2040 mentionnait de notre part une proposition de transfert humain. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’un déplacement physique mais de l’émission d’un dossier contenant des informations de nature génétique augmentée qui pouvait permettre de reconstituer un humain in situ sur ALTAÏR ? Ceci en fonction de leur degré de développement scientifique.
Vingt-neuf janvier 2100 :
branlement de combat au pied du super-hyper-calculateur-mégabytien du CCH qui a été monté au plus profond de la Fosse de Marianne pour de multiples raisons : sécurité, pression, dispersion de chaleur alors que dans le reste de la terre les températures toujours plus élevées ont pratiquement fait disparaitre les réserves d’eau, mers et océans compris sur la planète bleue.
Depuis bientôt un mois, l’ordinateur géant ne cesse d’enregistrer des données au kilomètre dont on ne connait l’origine…. Des hackers féroces, une puissance étrangère mal intentionnée ou bien tout simplement une compilation en direct de ALTAÏR. Personne ne comprend ce qui se passe, il faut attendre la fin du message, si message il y a. Les super intelligences artificielles sont toutes mises en œuvre pour décoder quelque chose, mais toutes restent muettes.
Février 2100
La marée de données ingurgitées de force dans la fosse des Mariannes s’est arrêtée subitement. Les myriades d’intelligences en attente prennent le relai et mâchonnent des milliards de megaoctets jusqu’à l’indigestion. Une chose est sure c’est un colis reçu en provenance d’ALTAÏR. La fin du message donne la marche à suivre pour ouvrir ce colis. Il y a même un petit logiciel pour terrien tout à la fin.
Et on apprend là, avec consternation, que cet immense dossier contient toutes les données nécessaires à la reconstruction d’un être altaïrien avec équivalent de génome complet et petit mode d’emploi.
Tout est prêt pour recevoir le bébé.
Quelle forme aura-t-il ? De quelles connaissances est-il porteur ? Son CV est-il inclus dans son génome ? Est-il possible de le cloner ? Pourra-t-il communiquer avec ses semblables par ondes mentales instantanées ? Sera-t-il un danger potentiel pour l’être humain ? N’est-il pas un cheval de Troie ? Peut-on l’accepter tel quel ? Quel est son mode de reproduction ? pourrait-il envahir la terre par autoreproduction ?
Suite au prochain numéro en provenance de : ALTAÏR
A la fin des études médicales d’alors, le jeune médecin devait faire son « stage interné ». Non pas qu’il fût plus fou que les autres : il se retrouvait ainsi expédié dans un hôpital périphérique, satellite de son centre universitaire et donc, de son port d’attache. Mais du fait d’un bon classement général pendant mes études, j’avais eu l’opportunité de rester attaché aux hôpitaux universitaires pour effectuer mon stage de fin d’études avec le statut de « faisant fonction d’interne ». (Université de Toulouse)
C’est dans le Centre anticancéreux de la Grave que je dus fourbir mes armes de médecin pendant un semestre entier. Un stage riche, exténuant, parfois abominable, comme lors de cette nuit de garde gravée dans ma mémoire à jamais. Le seul traitement que je pus alors administrer à cet enfant de 10 ans fût de la serrer dans mes bras toute la nuit, pour attendre sa mort au petit matin. Les infirmières qui acceptaient de s’investir dans ces services étaient des anges féminins tombés du ciel pour venir prendre soin d’autres petits angelots aux ailes brisées. Souvent, ils réintégraient trop vite leur paradis déjà perdu. Comment la Nature avait-elle choisi de peaufiner, pendant des millénaires durant, son plus élaboré élément sous la forme de l’Homme conscient de son existence, et de ne pas avoir prévu la protection de son enfant? On ne pouvait blâmer ces femmes adorables et dévouées qui jetaient l’éponge après quelques mois de calvaire passés à contrecarrer avec tous leurs muscles et un mental infaillible, dans ces lieux sordides et nécessaires, ce que la Nature avait de plus ignoble à nous présenter. Ce poids était trop lourd. C’est un continuum de louanges que je leurs adresse ; à Elles, ces inconnues et oubliées dans leurs « services de l’Espoir et de la Passion. »
Après trois jours d’examens, d’interrogatoires, de discussions et de bavardages à bâtons rompus, j’avais fait plus ample connaissance avec cette nouvelle malade qui venait d’intégrer l’infernal circuit du CCR (Centre Claudius Regaud anticancéreux). C’était une femme dynamique, très vive d’esprit, d’une tonicité explosive avec laquelle un certain lien de complicité s’était noué. Je pensais avoir mis le doigt, au fil de nos conversations, sur le problème grave qui l’avait conduite dans ce service, et qu’elle l’avait intégré et complètement fait sien. En langage clair, qu’elle était précisément là pour le traitement de son cancer du sein. Aucun des patients de cet hôpital ne pouvait ignorer la raison de leur présence ici. Le centre – qui portait déjà le nom de Claudius Regaud – comprenait un grand pavillon de briques roses, parmi les nombreux autres qui composaient l’hôpital de la Grave, sur les bords de la Garonne. C’était l’époque aussi où nous commencions à parler plus ouvertement de la maladie avec les patients, et même si le diagnostic n’était pas si crûment annoncé que de nos jours, les périphrases significatives, les allusions à peine voilées, ne pouvaient laisser planer l’ombre d’un doute sur la maladie. Mais le malade entendait sans écouter, ou écoutait sans ‘’vouloir’’ comprendre. Je retrouvais cette patiente à mon retour de déjeuner, à l’internat, sur le parvis ‘’gravillonneux’’ du pavillon. Elle faisait les cents pas, la mine grave. Elle me happa au passage : « Docteur, je sais ce que j’ai ! Je suis surprise… mon père vient de me dire qu’en me cherchant partout dans l’hôpital, il m’avait trouvée tout de suite lorsqu’il avait demandé le pavillon des cancéreux ! »
Merci de laisser des commentaires……… si le cœur vous en dit!
Hello mommy… No, please don’t turn away, I’m right here. I know you so well, although as yet you don’t know me. I am inside you – I snuggle here deep inside of you. I am the blossom that you nurture day by day. I’ve been waiting for eight long months to talk to you. Listen to me, put one ear close to your belly. Here it comes, I feel a shudder. I have ears but I can’t hear. I have a mouth but it is mute. My eyes are half-closed and I can’t see a thing; but when you are sad, I cry with you, and my tears melt. And at night, I sense the muffled tremors of your soft voice, the sweet echo of your nightly caress, but also mysterious thunder and sometimes frightening shockwaves.
I can imagine the pain waving over us with every muscle contraction. Who would want to attack you so cruelly in your world outside? It makes me so sad. Mommy dearest, I promise you that my love for you knows no bounds and that, when the day comes, I will defend you with my whole being. Just see how fast I am growing. After all, you feed me so well with your goodness. Do you hear my heart beating fast in your ear? It is beating for you and I will always watch over you.
After the hard journey that awaits me, no one will ever hurt you again. I will never stop crying while I feel that you are sad. I’ll cover myself in a horrible rash to distract and protect you. I will even go so far as to die for you, mommy dear. I will not eat again until serene love returns.
When you are old and weary, I will carry you in my arms. And let me say that if your ears can no longer hear, I will paint fairytale landscapes for you. If your eyes can no longer see, I’ll kiss your wrinkled hands and your sunken cheeks … and you will recall those subtle waves of caresses from the past.
Traduction assurée aimablement par Dick DAVIES. (MAMAN CHÉRIE) MERCI
Les deux véhicules du SAMU avaient été positionnés dans la ville de Toulouse à des points stratégiques précis pour répondre, au plus vite, aux sollicitations de la population. Notre véhicule comprenait une équipe de deux étudiants et une ambulancière. Il protégeait ce jour-là le district de la Halle aux Grains de Toulouse, où nous avions un pied à terre. Dans la grande salle de spectacles attenante se produisait un cirque exhibant des bêtes fauves. L’appel de détresse émanait donc pratiquement de derrière la cloison où nous étions en attente. Un TIGRE venait de déclencher une crise cardiaque mitonnée de troubles respiratoires qui, à priori requéraient la mise en place d’une respiration artificielle. –Nous évitâmes de penser au bouche à bouche !– Cependant, la partie semblait incertaine. Certes nous étions programmés pour sauver des vies ! Mon équipier, blême et prostré, se regardait les pieds. Moi, je débutais une danse de Saint Guy. Notre salut, nous le devrons à la sagacité et la promptitude de notre pilote toujours prête à renouveler ses exploits. Elle nous intima l’ordre de regagner très vite l’Estafette et nous démarrâmes en trombe. La première giclée de carburant n’était pas encore consumée, que nous prîmes le Boulevard ….. à contre poil, ballottés d’un côté à l’autre en quittant la zone à vive allure. Quelle mouche avait piqué notre ambulancière ? A l’approche du centre-ville, elle réduisit la vitesse pour s’insinuer dans les ruelles étroites et encombrées, à droite puis à gauche puis à droite encore, reprend une rue que nous avions déjà empruntée dans l’autre sens comme une boussole qui aurait rencontré un électroaimant pour déboucher enfin sur la grande rue BAYARD. Elle se faufila dans la rue de la Colombette bien plus connue à l’époque pour le nombre impressionnant de tigresses dévêtues en parade derrière des vitres que de tigres dyspnéiques. Peut-être pour nous donner du courage, elle décèlera jusqu’au pas d’homme afin d’admirer les corps exhibés du zoo humain. Cependant l’image de la gueule béante du tigre suffocant ne s’était pas effacée. La rue de la Colombette est bien trop courte et nous devions affronter le destin, sans se presser tout de même. Nous arrivâmes essoufflés derrière le mur qui nous avait vu partir pour l’urgence. L’agonisant, hélas, avait rendu l’âme juste avant notre arrivée.
C’est la première anecdote d’une longue série ( étudiante ou médicale) qui peut se poursuivre si vous aimez.
Laisser un petit mot pour m’encourager si c’est le cas. (Commentaires)
Est arrivé en Urgence ce jour-là un homme portugais d’une cinquantaine d’années, dans un tableau grave d’occlusion intestinale. Les examens complémentaires à cette époque là étaient limités. Son état mal en point perturbait encore plus son incompréhension du français et limitait la valeur des réponses de son interrogatoire. La décision fut ainsi rapidement prise de vérifier la situation à « ‘’ventre ouvert’’ ».
Le chirurgien des urgences a extrait sans problème de son colon une tumeur dure, ronde, inhabituelle. Comme il se doit, cette masse a été analysée par les anatomopathologistes de l’hôpital et la réponse sans conteste est tombée : il s’agissait d’un tissu VÉGÉTAL non identifiable.
Comment une telle substance pouvait-elle se trouver dans le rectum?
Après avoir recouvré ses esprits, le patient donna une explication dans une langue approximative :
Un pharmacien avait conseillé au patient qui souffrait alors d’une crise hémorroïdaire aigue d’utiliser de l’intrait de marron d’Inde pour le soulager.
Il a traduit par « Introduction d’un marron entier ».
Image IA 2026
A vintage botanical book with a labeled glass jar containing a chestnut seed
Un jour, allez savoir pourquoi, il voulut régaler son entourage en se mettant, après avoir averti de son envie le monde entier, à la préparation de choux à la bonne crème perso onctueuse à souhait. Il convia, comme il se doit tout son aréopage et même plus à ce régal à l’heure du tea time. Tout le monde arriva à l’avance pour ce dessert somme toute rare. Les serveurs nombreux accoururent avec des immenses plats de…saucisses de Strasbourg.
Même le touriste furtif ne peut passer à côté de ‘’la cataplana’’ quand il parcourt, émerveillé, le sud du Portugal, qu’il rencontre l’Algarve et sa côte lagunaire de la Ria Formosa. La cataplana : c’est un récipient et un contenu à la fois. Le contenant métallique, tel une palourde géante dont il prend la forme s’ouvre en un couvercle alors que l’autre partie réceptrice repose sur le foyer. Ce bivalve peut même se fermer hermétiquement pour une cuisson douce.
Le contenu, une merveille de la mer en cuisine. Tous les poissons de l’océan proche peuvent se donner rendez-vous ici, mais la lotte à sa place réservée en compagnie des crevettes. Les poulpes, les calamars, les moules et bien d’autres congénères viennent se prendre aux filets des nombreux pécheurs côtiers pour profiter aussi de cette ambiance chaude. Le plaisir des parfums divers, des herbes menthe coriandre persil mais aussi laurier tomates et poivrons est insoutenable. L’extase vient du lit douillet et chaud que présente l’huile d’olive vierge massant une mosaïque de cubes de pommes de terre. Après une exposition mesurée aux chauds rayons de la cataplana, l’ouverture de son opercule supérieur relâche une exhalaison inattendue qui convie expressément à une inoubliable dégustation.
Mais attention, petit appétit requiert grande attention. Les Portugais sont généreux, nous le savons tous. La cataplana pour une personne peut nourrir la famille entière.
Olá, mamã… não, não se vire, estou aqui. Eu conheço-te bem, ainda não me conheces. Tu seguras-me, eu aconchego-me dentro de ti. Sou o botão de flor que nutre dia após dia. Durante oito meses esperei por este momento para falar consigo. Ouça-me, coloque o seu ouvido na sua barriga. Aí, sinto um movimento. Tenho ouvidos, mas não consigo ouvir. Tenho uma boca, mas ela permanece silenciosa; tenho os olhos semicerrados que não vêem nada além de derramar lágrimas quando se está triste. Eu só reparo nas vibrações abafadas da sua voz suave, nas ondas subtis dos seus carinhos à noite, mas também nos trovões inexplicáveis e, por vezes, nas ondas de choque aterradoras. Imagino, pela intensidade das suas contrações musculares, a dor que nos ataca. Quem, no seu mundo aberto, poderia atacá-la com tanta crueldade? Estou triste. Prometo-te, minha querida mãe, que já te amo sem limites, que te defenderei com todo o meu ser quando chegar a hora. Estou a crescer rápido, sabes. Tu alimentas-me com tanto carinho. Consegues ouvir o meu coração acelerado, aí debaixo do teu ouvido amoroso? Ele é teu e sempre te protegerá. Depois da difícil viagem que me espera, mais ninguém te poderá fazer mal. Chorarei sem parar se sentir a tua tristeza, cobrir-me-ei de horríveis erupções cutâneas para te proteger, desviando a atenção, morrerei por ti, minha querida mãe, não comerei mais até regressar a um amor sereno.
Quando fores velha e cansada, eu levar-te-ei nos meus braços. Dir-te-ei isto: se os teus ouvidos já não puderem ouvir, contarei histórias de paisagens encantadoras; se os teus olhos já não conseguirem ver, beijarei as tuas mãos enrugadas e as tuas faces vazias, e lembrar-te-ás das suaves carícias do passado.
Smp
http://www.piovezan.fr La traduction automatique Google français portugais mérite une correction humaine sensible.
Qui veut bien s’y lancer ? MERCI
L’entourloupe serait-elle devenue une méthode incontournable désormais en France pour exercer et se rémunérer grassement lors d’une vente, une réparation, un échange, une activité commerciale commune. Lisez ma dernière expérience. Je vous en rapporterai d’autres.
Je rentre du travail en voiture à 19h. Le lendemain matin, le pneu arrière gauche est complètement à plat.
Dans l’après-midi, je regonfle et me rapproche d’un garagiste d’une enseigne nationale qui ne perd pas le nord. A l’entrée, la réceptionniste me confirme qu’elle peut lancer sur le moment la réparation mais seulement après avoir vu le pneu. Nous allons ensemble l’examiner mais elle me semble surtout intéressée par de légères fines fissures présentes sur le relief du caoutchouc. Il est encore très marqué. (Mi-usure des pneus arrière changés en mars 25).
Elle m’annonce sèchement qu’ils ne réparent pas ces pneus là car il y a un risque important d’éclatement lors du regonflage. Il faut donc en acheter un neuf (et par conséquence son homologue de droite aussi je suppose). J’en prends acte et lui dit que je vais aller le faire réparer ailleurs. Elle semble étonnée. Ce qui fut fait, et bien fait.
Avait elle raison? ÉTAIT CE une entourloupette?
Je n’ai pas explosé de rire loin de là, ni le pneu de ses fissures.
°La technique des feux d’artifices droniques (à bases de myriades de drones).
° L’intelligence artificielle
Et l’emploi de boule extinctrice (type ‘’ block-fire* ‘’)
En présence :
Avion transporteur (fret adapté)
Drones nombreux adaptés porteurs de trois Stop-Fire au minimum chacun, largables.
IA adaptée
Manipulateurs, techniciens et informaticiens.
Plan d’attaque :
Un drone dédié à la surveillance prend une image de la surface couverte par l’incendie et calcule le périmètre attaqué. Et le transmet au centre de commande ou l’IA intègrera les données. (Variables, à renouveler avec une fréquence à définir).
Le périmètre du foyer donne une notion du nombre de drones à utiliser.
Les drones nécessaires à l’intervention sont relâchés par le transporteur (avion ou hélicoptère équipé). Ils vont se placer les uns à côté des autres à distance définie par les études en fonction de l’altitude et la puissance des block-fire* afin de créer une ceinture continue autour du foyer et en altitude moyenne. C’est à l’algorithme de l’IA de définir les bonnes informations à délivrer aux divers drones. (Référence : les spectacles « droniques » de feux d’artifices, beaucoup plus complexes.)
Au signal donné, tous les drones larguent en même temps une boule de block-fire*.
L’explosion au sol réduit la première ligne de feu.
Pendant ce temps, l’ordre est donné aux drones de se retirer en centripète de quelques mètres avant de décharger la deuxième « ligne de feu » des block-fire. On peut renouveler l’opération une troisième fois et même plus en fonction de la charge des drones.
Les drones se retirent, certains pourraient être récupérés pour étouffer des sites précis repérés par le drone sentinelle.
Avantages :
Économies (les avions disperseurs sont chers, dangereux)
Vies humaines épargnées et accidents évites.
Simplicité de mise en œuvre.
Maniabilité.
Adaptabilité par rapport à l’importance du feu.
Utilisation nocturne possible
Ciblage précis pas de destruction massive des bâtiments
Rapidité d’intervention si le maillage géographique est bien intégré.
Inconvénients :
Opérabilité limite ou impossibilité si vent important.
Je me souviens parfaitement bien de cette conférence publique du 8 avril 2016 du Professeur d’informatique Serge Miranda invité sur le thème de l’avenir de l’informatique. C’était une soirée organisée par Mr DAZIRON concepteur des « Journées de Larrazet » en Tarn et Garonne, toujours de grande qualité.
Le concept d’Intelligence Artificielle n’était pas né, ou du moins, non formalisé. C’était le terme américain de »big-data » favori dans le giron du grand Dieu informatique GOOGLE qui allait être employé ce soir-là. L’intervention était bien avancée, dense, précise bien que parfois absconse pour les néophytes nombreux. Cependant, traitée avec entrain et parsemée d’humour, elle paraissait bien suivie.
Mon attention a été exacerbée par une phrase faussement anodine : « On n’aura plus besoin de médecin généraliste en 2030. » Tout de même précédée d’un « j’espère qu’il n’y a pas de généraliste dans la salle. » Et si ! il y en avait au moins un.
Le futur qu’il nous présenta par la suite tenait un peu de la science-fiction :
« Exemple ! » Dit-il.
Vous êtes en 2030, assis devant votre poste qui ne sera probablement plus celui que nous connaissons maintenant, vous sirotez votre digestif favori lorsque votre téléphone cellulaire sonne brutalement :
Une voix artificielle »étudiée’ en provenance de Google vous interpelle « notre système intégré de traitement des données enregistrées sur votre compte par l’intermédiaire des objets connectés en votre possession vient de générer une alerte à votre attention :
Notre algorithme, en se référant à vos données biologiques, votre électrocardiogramme, vos antécédents personnels et génétiques, prévoit la constitution fortement probable d’un infarctus dans les 24 heures qui suivent. Une proposition est faite de constituer au plus vite une valise et de vous rendre aux Urgences de votre hôpital de référence qui a déjà reçu les données essentielles. »
nb : ce n’est pas le texte rapporté de la soirée mais la traduction d’un souvenir !
Nous sommes déjà en 2026… êtes-vous prêts ?
Nous sommes effectivement tous connectés, avec notre portable qui siphonne notre intimité (je sais vous me direz, de façon anonyme…. Sauf que votre banquier (faux) vous appelle pour vous extorquer quelques fonds en connaissance de cause, sur piratage). La bouilloire, le réfrigérateur, la voiture et même le protège dent des rugbymen sont espionnés.
Nous avons tous un DMP (dossier médical partagé informatique), dossier hyper sécurisé en France, par la sécu pour laquelle vous avez une confiance sans limites !!!
un I² (hideux) INDIVIDU INFORMATIQUE fait de 1 et de 0.
En fait , c’est un fichier informatique qui contiendra toutes les connaissances sur la personne en question : biologique, psychique, métabolique, génique…
Pour quoi faire ?
■ Avec des bonnes intentions :
Surveiller la bonne santé d’un patient.
Instituer des traitements ciblés avec beaucoup moins d’effets secondaires et certainement très actifs ( avenir proche)
● Avec de mauvaises intentions ;
flicage, puçage, OGMage. piratage
Exemple :
Un virus agressif se présente chez un individu. Après analyse poussée de l’agresseur, on découvre sur son enveloppe externe qu’une protéine en forme de « clef de sol » est présente. Cette protéine permet à l’agresseur d’ouvrir le passage à travers les membranes cellulaires du sujet infecté. Cela entraîne une maladie sévère ou mortelle. Ce malade potentiel est donc porteur d’une « serrure » qui s’ouvre avec l’utilisation d’une protéine : « clef de sol ».
Sachant ceci et sans avoir à injecter de produit chez l’humain infecté, il suffit de rechercher sur le JUMEAU la présence de cette structure.
Si le jumeau possède cette structure en mémoire, ici, appelée « serrure forme clef de sol », son binôme humain est en danger.
Dans ce cas, plusieurs solutions seront envisagées comme:
Fabriquer des clefs « forme clef de sol » anodines qui une fois injectées ou fabriquées sur place viendront prendre place sur les serrures pour bloquer l’action des clefs virales sur les cellules du malade
2 ) Fabriquer des anticorps qui une fois injectés viendront détruire « les clefs de sol » des virus.
3) Faire fabriquer ces mêmes anticorps par l’individu lui-même : principe du vaccin
4) Bloquer l’ARN messager qui transporte le code de fabrication d’une protéine délétère commandée par le virus qui serait rentré dans le noyau des cellules malades.
5) Faire fabriquer à la cellule un nouvel ARNm qui commanderait la fabrication d’une protéine tueuse vis-à-vis de l’agresseur.
On voit ainsi que tous les actes agressifs et les tests se font sur le jumeau numérique. Ensuite, le traitement ciblé final est administré au vrai malade. Cela apporte ainsi un confort précieux pour la guérison.
Angeline décide de sortir aujourd’hui en compagnie de son robot protecteur personnel pour une longue balade matinale. Le long de la rivière et à travers la forêt toute proche, elle se sent en sécurité depuis la livraison tant attendue de son gorille à tout faire. BobIA sera son ange gardien désormais. En plein milieu de son périple, dans une clairière inhospitalière, la rencontre est improbable. L’homme aux traits acérés et la pilosité hirsute est plein de mauvaises intentions, lui aussi accompagné de son démon gardien. La présence de cette créature féminine en ce lieu isolé fait emballer son courant sanguin et déjà tout rouge il décide d’engager un contact essentiellement physique d’emblée. C’est sans compter sur la réactivité de BobIA qui s’interpose, vite déstabilisé par l’intervention de son équivalent artificiel DemonIA. A ce moment précis commençe le premier pugilat privé connu inter robotique. Pendant ce temps de combat acharné au bruit de ferraille et sans une goutte de sang, l’homme aux idées fixes emporte la femme pour d’autres formes d’ébats.
Un couple est assis en milieu de wagon, une femme blondasse d’un âge mûr, s’excite sur le siège à l’arrière. La plupart des autres sièges sont occupés par un public banal. Un portable déclenche une musique criarde et insistante. Elle décroche et à tue-tête :
« Bonjour belle-mamie, comment allez-vous depuis ce matin ? »
Ça promet !
« Aucun problème sauf pour Myrtille ? La pauvre chérie mais qu’est-il arrivé ? Une bobine de fil… Avec une aiguille à l’intérieur… Un oubli ? Elle s’est piquée avec ! Mon animal, ma perle des îles… Ce n’est pas possible… Et alors ?… Elle a saigné de la babine … ! grave ? Mon chou adoré, chéri, c’est toute ma vie… Quoi, elle a pleuré…. Mal à la tête ? Vous l’avez conduite chez le veto ? Et alors… »
Alentours, les gens soufflent, grincent des dents, s’agitent, grimacent… Personne ne réagit.
L’homme du couple se lève et précautionneusement s’approche de la pipelette.
« Excusez-moi de vous interrompre Madame, je vous serais reconnaissant, et peut-être aussi les co-voyageurs avec moi, d’abaisser le volume de votre entretien qui empêche même de lire un livre ou faire la sieste. Merci »
La femme mûre et bête devient blette, les yeux écarquillés, les narines fumantes, elle vocifère sans retenue « vous êtes un goujat ! » et revient à son smartphone ou elle retrouve sa conversation un ton au-dessus.
L’homme dépité, revient s’assoir la queue entre les jambes. Après quelques minutes, il se penche à l’oreille de sa femme et lui dit :
« Appelle-moi dans trente secondes. »
et il part s’assoir dans le siège libre derrière ‘’la Madone’’. Peu de temps s’écoule et son téléphone sonne. Il décroche, et de sa plus porteuse voix il répond :
« Salut, Benoit ! tu fais bien de m’appeler comme on l’a dit hier soir… comment, tu l’as oublié, ce n’est pas vrai, même que tu étais à poils quand je suis arrivé…pas vrai, mais tu commences un Alzheimer. »
Les co-voyageurs rient dans leurs barbes, nullement gênées par le volume sonore exagéré de ses réponses, la belle à la langue pendue parait nullement atteinte, mais ne peut pas surenchérir.
« Je t’ai dit hier soir que je partirai demain à PARIS pour voir si je pouvais trouver une ‘’konasse’’…. Non une konasse ! Oui tu as raison, pas besoin d’aller à PARIS pour ça, c’est aussi une promenade pour moi … D’ailleurs, tu ne te trompes pas, il y en a une dans le train…oui, c’est incroyable, elle parle fort…j’ai même appris qu’elle parlait avec sa belle-mère, qui s’était assise sur une aiguille, qui lui avait piqué le cul et même qu’elle saignait parce que l’aiguille avait percé une « moroïde » puis ça lui est monté à la tête. »
La wagonnée riait maintenant à face découverte.
La femme encore jeune n’en pouvant plus, se lève, s’approche de lui et lui décoche une gifle qui sera mémorable, sans mot dire et revient à sa place.
Bien rouge d’une seule joue, l’homme reprend son téléphone et commente:
« Excuse, je viens de subir une agression physique intolérable, de la part d’une femme. Je tiens à porter plainte. Nous approchons de PARIS, veux-tu bien avertir la police, il y a beaucoup de témoins, je fais de même avec le chef de wagon. À bientôt. »
La femme penaude se lève, s’approche, s’excuse…. L’homme raccroche, va se rassoir et reprend sa lecture.
01/03/2025
Commentaire de l’Assistant IA C’est très intéressant
Le ton de l’article est captivant et crée une atmosphère vivante. Cependant, voici quelques suggestions pour améliorer le contenu :
1. **Clarifier le contexte** : Fournir un cadre plus clair sur le lieu et la situation initiale peut aider le lecteur à mieux s’immerger dans l’histoire.
2. **Développer les personnages** : Ajouter quelques détails sur les personnages, comme leurs traits de personnalité ou leurs émotions, afin d’établir un lien plus fort avec le lecteur.
3. **Rythme et structure** : Équilibrer les dialogues avec plus de descriptions peut améliorer le rythme de la narration.
4. **Éviter le jargon** : Le terme « konasse » pourrait être remplacé par une expression moins vulgaire pour élargir la portée du public.
5. **Finalité de l’histoire** : Envisager d’ajouter une réflexion ou une morale à la fin pour donner une conclusion plus percutante.
Ces actions pourraient renforcer l’impact et l’engagement du lecteur.
Je m’adresse à vous mais cent mille ans terrestres nous séparent pourtant.
C’est donc une très longue histoire que je vais essayer de vous relater alors que mon corps physique m’a quitté pendant ma brève vie sur terre il y a bien longtemps. Je ne me décrirai pas puisque je ne connais pas mes formes d’alors mais probablement une tête un corps et des membres comme mes congénères de ces temps lointains. Maintenant, je ne suis que le contenu de mon cerveau qui a été sauvegardé par moi-même à l’entrée du troisième millénaire de l’ère chrétienne qui comptait le temps dans la communauté des Humains. Après une exploration difficile de ce qui reste de mon cerveau bionique, j’ai retrouvé une date approximative de la naissance de mon corps aux alentours des années 2950 pc. De rares souvenirs cybernétiques tournent en boule dans mes connexions ioniques actuelles. Je pense sentir des vagues de souffle qui caressent quelques sensations que j’imagine extérieures et qui pourraient être rapprochées des contacts d’une mère physique, Je ressens des sursauts ondulatoires qui ont probablement fait secréter des flots de médiateurs chimiques dans mon cerveau physique. Ils ne peuvent être que la traduction maintenant éteinte d’étreintes de l’acte d’amour. Je perçois par ma zone cérébrale optique des images floues de grands espaces bleus aux couleurs tourbillonnantes. Des études récentes de mes collègues conçus par intelligence artificielle et experts en paléontologie quantique sur les rayonnements émis par le squelette restant de la lointaine Terre, laissent penser que celle-ci devait être recouverte d’eau. Des calculs plus précis encore de données spectrales ont conclu à la coloration bleue de cette surface peut être majorée par la réverbération incertaine d’une enveloppe de gaz contenant de l’oxygène et de l’hydrogène autour de la planète. Ceci est en cours d’étude.
C’est le moment de vous raconter mon passé, du moins celui que les découvertes archéologiques ont révélé de ma vie passée et maintenant quasi éternelle.
Je suis donc né comme chaque humain antique sur la terre mais ma vie n’a pas pu être retrouvée dans mes fichiers mémoire. Elle s’est arrêtée brutalement à l’entrée du troisième millénaire terrestre. Mon cerveau, ou plutôt son contenu, informatisé comme on disait sur terre, est quelque part dans l’univers et je ne suis entouré que d’une ambiance cybernétique en lien avec ce qu’on appelait des intelligences artificielles donc immatérielles qui en quelque sorte me contiennent tout en me gardant indépendant. Je suis le seul exemplaire humain que les recherches nombreuses de ces 100 000 dernières années terrestres ont mis à jour.
En triturant par tous les moyens actuels le contenu de mon encéphale fictif, j’ai découvert quelques bribes de mon passé tout de même.
J’étais avant le fracas céleste fatidique qui m’a probablement carbonisé, chercheur en informatique et muonique. La terre était devenu aride et le développement exponentiel du besoin d’engranger des données devenu démentiel. Les terriens avaient délaissés leur base et avaient essaimés dans l’univers proche sans sortir tout de même du système solaire, la limite de la vitesse de la lumière n’a été dépassée que bien plus tard par des artifices que nous utilisons en permanence maintenant. La terre ne servait plus que de gigantesque réservoir à big-data. Les « Centers » recouvraient la surface du sol entièrement. A la fin du deuxième millénaire, les mers et océans ne contenaient plus que des constructions reproduites à l’infini.
Personnellement, il semble que mon caractère, encore présent sur la copie de mon cerveau malgré les erreurs de transcription, était celui d’un combattif récalcitrant et solitaire. Dans mon accès hypothétique de rébellion, j’ai probablement, comme c’était pratiqué couramment sur les gros ordinateurs quantiques de l’époque, dupliqué le dossier de mon cerveau. Le fait d’avoir retrouvé celui-ci après de longues fouilles informatiques et après plus de 100000 années terrestre prouve la rage qui m’avait poussé à enfreindre les lois interdisant l’utilisation de ces bases de données à des fins personnelles. Nous savons maintenant qu’à cette époque, il ne restait pratiquement plus de place sur terre pour loger ces machines cybernétiques. Seule la FOSSE DES MARIANNES à 11 km sous les eaux était vierge. La première construction dans la fosse à Challenger Deep était terminée lorsque je décidai d’y cacher mon cerveau, vous avez compris son double. J’ai donc utilisé le moyen le moins dispendieux probable en utilisant les anciens moyens algorithmiques des siècles précédents, qui avaient fait leurs preuves de durabilité. Bien sûr, les données de mon cerveau postérieures à sa mise en conservation ont été perdues à jamais. Que s’est-il passé après ?
Les intelligences gigantesques du Consortium Unifié des Galaxies de l’Extrême Univers dont je suis contributif ont cherché à retrouver les chamboulements apparus dans les anciennes galaxies disparues depuis 100 000 ans terrestres. Il est à noter ici que, pour notre groupe CUGEU, le décompte local du temps se mesure en rotations du groupe de galaxies et nous n’affichons que dix années galactiques locales au compteur(AGL).
Il ressort de ces recherches la mise en évidence d’une brutale explosion d’amas stellaires lointains, si puissante qu’un raz de marée ou plutôt d’ondes, certaines inconnues, a balayé de sa puissance énorme toute la contrée de l’espace intergalactique à l’orée de la zone d’expansion de l’univers. Cette onde brutale destructrice au possible a fait évaporer en une seconde le contenu de tous les océans de la Terre. La seule construction solide qui est restée immergée dans quelques mètres d’eau n’a pu être que notre big data center de la Fosse des Mariannes. L’exploration systématique de tous les vestiges post tsunami cosmique par le consortium a retrouvé ainsi la copie valide de mon cerveau conservé au fond de l’océan presque à sec. L’intelligence suprême a examiné en totalité l’organe .qui était dans un état parfaitement exploitable. Elle m’a élevé au rang de « découverte historique » majeure et je suis en première position dans le répertoire historique supérieur de la constellation des abords de l’univers. Je suis hélas le seul représentant de l’HOMME, et je m’ennuie. Je cherche en vain à découvrir d’autres éléments archéologiques du passé et j’ai postulé auprès du CUGEU pour bénéficier de fonds pour l’élaboration d’un exosquelette qui pourrait en gros ressembler à l’image que nous avons tenté de reconstruire de l’Homme ancien. Mon rêve de cyber-homme reconstitué serait de revenir sur Terre et de sillonner les terres arides et stériles de mes ancêtres avec l’espoir de découvrir l’ombre d’un semblant de construction ou même d’un simple détritus humain.
Vous trouverez ici une façon simple et pas savante de perdre du poids sans vous prendre la tête.
Prime abord :Quelques notions lumineuses.
POURQUOI ?
Un Homme sain (en dehors de la ménopause) garde un poids stable toute sa vie, de 20 à 55 ans en particulier.
S’il déséquilibrait son alimentation en prenant 1 seule kcal de plus par jour depuis l’âge de 20 ans, il devrait peser 1.8 kilo de plus à 50 ans ( Soit 37.5 kg en trente ans pour 20 calories de plus par jour) ce qui n’est pas le cas :
LE CORPS RÉGULE DONC LES REPAS DE TOUS LES JOURS A MOINS DE 1 CALORIE PRES
Ceci ne peut se concevoir que si le corps possède un
RÉGULATEUR DE POIDS.
Sur les voitures modernes nous le retrouvons comme régulateur de vitesse:
En descendant une cote le régulateur coupe l’arrivée de l’alimentation, en montée il apporte plus d’énergie.
Chez l’Homme, il s’agit d’un PONDEROSTAT.
Après un grand repas festif, votre appétit est diminué, après le carême, les agneaux ont à se bien tenir.
A l’instar de la voiture qui peut être une imposante Citroën ou une famélique deux-chevaux, il est impossible de comparer deux individus. Par contre il existe des exceptions humaines avec par comparaison une deutschare au moteur de Mercedes, souvent très maigre……..…à oublier.
NB : le Pondérostat diffère du régulateur de vitesse qui lui fonctionne instantanément dès sa mise en service. Il convient d’évaluer l’effet du pondérostat après quelques semaines de régime du fait de son inertie.
…………………………..
1 Cuillerée à soupe contient 15 ml ou +/- 15 g
1 Cuillerée à café contient 5ml ou +/- 5 g
1 Verre de vin 12° contient 90 Kcal
En gros
1g (gramme) de glucides (sucre) = 5 Kcal = 5000cal
1g (gramme) de protéines (viande) = 5Kcal = 5000cal
1g (gramme) de lipides (graisses) = 10 Kcal = 10000cal
1g (gramme) d’alcool (…….) = 7.5 kcal = 7500cal
Modalités pratiques.
1/ Bannir le plat familial central.
2/ Se servir une assiette contenant ce qu’on a l’habitude de manger à chaque repas tous les jours.
3/ S’imprégner et retenir la taille prise par le repas dans l’assiette sur une semaine.
4/ A compter du 8eme jour enlever de cette assiette une certaine quantité homogène du repas. (donc sans faire le tri de la salade par exemple)
Si on n’enlève rien de l’assiette, on garde son poids (trop lourd)
Si on enlève une cuillère à soupe, on perd peu de poids mais on supporte bien son régime, sans la petite faim de fin de repas OBLIGATOIRE pour maigrir bien et pour longtemps.
Si on enlève une louche, On maigrit vite mais le régime sera plus difficile à supporter sur le plan psychique et physique.
DONC
Il faudra accepter une louche à dimension variabl pour s’adapter à chaque individu.
(+ SORTIR 1 BONNE CUILLERÉE A SOUPE PAR VERRE DE VIN AJOUTE AU REPAS)
En ce qui concerne le dessert, le plateau doit être désertique. SOIT un petit fruit ou bienun gros grain de raisin explosif de saveurs.
Bon Appétit.
Tant mieux si vous êtes « allouchés » par ces repas prometteurs
(Si ce n’est pas encore effectif, nous n’y sommes pas loin.)°°°
L’IRM 12 tesla qui permet de voir le comportement intime des cellules du cerveau in vivo,
Les ordinateurs quantiques ou les supercalculateurs en réseaux qui multiplient toujours plus leurs performances,
L’I.A qui organise quasi instantanément les milliards de milliards de données qu’elle puise dans les stores distribués sur la planète entière,
Les objets, même banals, de plus en plus connectés partout dans le monde qui vomissent leurs indélicatesses à ces Big Data, ( cf : même le protége-dent des rugbymen était connecté lors du dernier match du « Tournois des Six Nations »)
Laissent penser que La LECTURE DE LA PENSEE des humains est déjà acquise, probablement très travaillée dans les laboratoires « hyper-secrets » des armées dans les entrailles de la terre.
Mais comment l’annoncer au reste du monde?
Le fait de savoir que « l’autre » peut savoir fera changer le fonctionnement de ce nouveau monde à venir.
On pourrait passer des heures à suivre la hargne que dégage cet animal mis en confrontation avec son image dans un miroir (que vous ne voyez pas ) .Vous risquez gros, le matin, quand votre cerveau est encore enfumé, lorsque vous aller vous maquiller ou vous raser……
5 ))) Imago de la cigale
[Cicadidae]
Admirez la naissance d’une cigale dans la cour de la maison survenue un matin et probablement liée à la ponte d’un œuf par une cigale que ma fille avait rapportée d’une excursion dominicale en méditerranée 15 ans auparavant.Elle l’avait libérée au pied de l’olivier de la maison.
Remarquez la vitesse avec laquelle se développent les ailes, en une heure. Notez les couleurs vives et multiples de cet animal nouveau né qui explore son environnement et revient vers son exuvie d’où il sort. Il semble se poser la question: où suis-je? et que faire maintenant ?
Donnez moi votre impression à chaud.
4 ))) Pie knic oeuf
[Corvidae]
Piebâtithaut, caillebâtitbas, ratbâtitrou…. à vous de trouver.
3 ))) Écureuil à la noix
[Sciuridae]
Une noix ! Ça va….Les autres , tu me les casses.
2 ))) Un Ballet Aquatique.
[Actinopterygii]
Le rapprochement des corps avec cette sensibilité et cette suavité, dans le milieu aquatique,en résonance avec notre cocon utérin originel génère en nous une bienfaisante détente.
1 ))) Un repas de libellule.
[anisoptère]
Ce n’est qu’un petit creux dans l’estomac qui a poussé cette libellule aux belles couleurs à se délecter de la première petite fourmi qui passait nonchalamment par là.
Il y a de plus en plus de pathes qui cherchent des peutes pour se faire soigner de sorte qu’il y a de plus en plus de peutes de tous poils et de toutes polarités.
La caco-médecine et la pata-science ont , peu ou prou, le vent en poupe. Les réseaux sociaux sont gravement pollués.
Les théra-peutes anciens s’épuisent. Souvent les brico-pathes, psycho-pathes, fumo-pathes et autres caco-pathes, sont pris en charge par des pata-peutes qui prolifèrent dans les villes actuellement
Les peutes submergés emploient des potes peu formés pour faire leur travail mais en dépit de la mauvaise formation des potes, les pathes affluent.
La société, à la dérive, ne sait plus où se soigner. Les dirigeants despotes se foutent bien des pathes pourvu qu’ils tiennent les véritables peutes sous leurs pattes en les sous payant laissant les pata-peutes se multiplier.
Si la pagaille continue encore et encore, il pourrait arriver desthéra-p(e)uthes ou des taré-peutes pour boucher les trous laissés par les thérapeutes dépités et les pata-pathes épatés.
NB : Faire en premier la méthode de Heimlich homologuée. (Voir en fin)
………………………………………………………………………………………………
MA PROPOSITION
Manœuvre de H (Heimlich) Aspirée ou
B.A.B.A (Bouche A Bouche Aspiré). (Acronyme comme moyen mnémotechnique).
Préambule :
CETTE METHODE NON HOMOLOGUEE car non expérimentée à ma connaissance, est le fruit simple de mon imagination. Elle peut être tentée cependant en dernière extrémité ante mortem, si les nombreuses tentatives par la méthode classique de Heimlich n’ont pas pu aboutir à l’extrusion du corps étranger coince dans le carrefour aérien de la gorge. (Voir plus loin)
Ma méthode dite B.A.B.A pourrait faire l’objet d’une étude sérieuse hospitalière et je demande à des confrères de me donner leurs avis sur cette proposition.
Est-elle farfelue ou exploitable pour le bien de tous ? Réponse attendue en fin d’article.
Rappel : Utiliser en premier et dans tous les cas
la méthode de Heimlich.
L’inhalation accidentelle d’un objet étranger quel qu’il soit (c’est-à-dire fausse route ou bien « j’ai avalé par le mauvais trou » est une URGENCE ABSOLUE. Ne pas pouvoir respirer plus de 3 minutes peut conduire à la mort.
Taper dans le dos d’un individu debout ou assis peut faire pénétrer l’objet encore plus loin dans les bronches. Ou bien l’individu (faisable avec un bébé ou petit enfant) doit être tenu tête en bas et pieds en l’air pour que l’objet pesant ait tendance à sortir pas la bouche.
Si la personne s‘étouffe et ne peut pas parler : Pratiquer le plus vite possible ‘’ la MANOEUVRE DE HEIMLICH’’
Voir en fin d’article ou par exemple télécharger sur
Si l’objet étranger n’est pas expulsé par une hyperpression interne au niveau de la trachée induite par la méthode Heimlich (notamment s’il y a peu d’air a l’intérieur du poumon lors de l’inhalation) IL SERAIT PEUT ÊTRE INTÉRESSANT d’amplifier l’expulsion par une aspiration externe
Comment ?
Il existe des procédés physiques (masques aspirants type LIFE VAC° dont je ne connais pas l’efficacité ni la dangerosité.)
Chez l’enfant et le bébé surtout elle peut se pratiquer par aspiration avec la bouche beaucoup moins puissante et traumatisante.
On se place à genoux derrière l’enfant couché (ou même l’adulte en théorie inconscient)
On place l’enfant couché sur un coté (plutôt gauche mais non obligatoirement)
On surélève si possible la partie basse du corps (coussin, habits,…)
On place un mouchoir ou un linge fin sur la face, bouche et nez compris (chez enfant bas âge) en faisant faire au linge une hernie vers l’intérieur de la bouche.
On étend le cou du malade, avec mise en extension de la tête vers l’arrière.
On fait une expiration forcée (on rejette donc l’air contenu dans notre poumon loin de la face de la victime).
On continue à garder la tête en extension et on se penche pour inclure, au travers du linge, la totalité de la bouche et nez du bébé dans notre bouche grand’ ouverte (pour l’adulte, peut-être, seule la bouche ouverte PEUT ÊTRE recouverte hermétiquement mais il faut alors pincer le nez non inclus).
On aspire alors plus ou moins fortement en fonction de l’âge et de la corpulence, l’air contenu dans la bouche et poumon du sujet inconscient, afin de créer une dépression pour aspirer le bouchon trachéal.
Dans le même temps et si possible, on exerce une pression (comme pour Heimlich) sur la région du plexus au-dessus du nombril.
Attention de ne pas insuffler de l’air maladroitement et enfoncer encore plus le corps étranger.
On décolle la bouche et on reprend son souffle avant une nouvelle tentative si aucun objet n’est apparu dans la cavité buccale ou dans le linge filtrant. (à noter +++++ que le tissu perméable à l’air ne laissera pas passer l’objet asphyxiant extrait qui pourrait être inhalé à son tour par l’aspiration du sauveteur.
Après l’intervention urgente, toujours
demander un avis médical.
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Pour en savoir plus sur la vraie manœuvre de Heimlich
Comment réaliser la manœuvre de Heimlich
…………………………………………………………………………………Indications de la manœuvre de Heimlich
Suffocation due à une obstruction sévère des voies respiratoires supérieures par un corps étranger (signalée par l’incapacité de parler, de tousser ou de respirer correctement)
La manœuvre de Heimlich et d’autres ne doit être utilisée que lorsque l’obstruction des voies aériennes est grave et que la vie est en danger. Si la personne qui s’étouffe peut parler, tousser avec force ou respirer correctement, aucune intervention n’est nécessaire.
Les enfants de < 20 kg (typiquement < 5 ans) ne doivent recevoir que des compressions et des tapes dans le dos modérées.
Les patients obèses et les femmes en fin de grossesse doivent recevoir des compressions thoraciques et non des compressions abdominales.
Complications de la manœuvre de Heimlich
Lésion ou fracture de côte
Blessure d’organe interne
Considérations supplémentaires concernant la manœuvre de Heimlich
Ces procédures de premiers soins rapides sont effectuées immédiatement partout où la personne s’étouffe.
L’utilisation d’une force importante et brutale est appropriée pour ces manœuvres. Cependant, une appréciation clinique est nécessaire pour éviter les forces excessives qui peuvent causer des blessures.
La manœuvre de Heimlich est bien connue et largement utilisée. Cependant, les compressions thoraciques et les tapes sur le dos peuvent entraîner une augmentation des pressions dans les voies respiratoires. Plus d’une manœuvre peut être utilisée successivement si la manœuvre initiale ne parvient pas à déplacer l’objet qui fait obstacle.
Anatomie importante pour la manœuvre de Heimlich
L’épiglotte protège habituellement les voies respiratoires de l’inhalation de corps étrangers (p. ex., de la nourriture).
Les objets inhalés peuvent se trouver au-dessus ou au-dessous des cordes vocales.
Positionnement pour la manœuvre de Heimlich
En général, le sauveteur se tient derrière la personne qui s’étouffe ou s’agenouille derrière un enfant.
Description étape par étape de la manœuvre de Heimlich
Déterminer s’il existe une obstruction grave des voies respiratoires
Rechercher des signes tels qu’une incapacité à parler, à tousser ou à respirer correctement.
Rechercher des mains qui enserrent la gorge, le signe de détresse universel d’obstruction grave des voies respiratoires.
Poser la question: « Etouffez -vous? »
Si le sujet peut parler et respirer, l’encourager à tousser, mais ne pas initier de manœuvres de dégagement des voies respiratoires; organiser plutôt une évaluation médicale.
Si la personne qui s’étouffe hoche la tête oui ou ne peut pas parler, tousser ou respirer correctement, ce qui suggère une obstruction grave des voies respiratoires et la nécessité de manœuvres de dégagement des voies respiratoires.
Traiter l’adulte ou l’enfant conscient qui s’étouffe
Se tenir directement derrière l’adulte qui s’étouffe ou s’agenouiller derrière un enfant.
Commencer par des compressions abdominales chez les sujets qui ne sont pas enceintes ou obèses; faire des compressions thoraciques chez les patients obèses et les femmes en fin de grossesse.
Alterner entre des séries de compressions abdominales (manœuvre de Heimlich), des compressions thoraciques et des tapes sur le dos selon les besoins pour soulager l’obstruction.
Continuez jusqu’à ce que l’obstruction soit supprimée ou qu’une gestion avancée des voies respiratoires soit disponible.
Si le sujet perd conscience, commencer la réanimation cardio-respiratoire. Après chaque série de compressions thoraciques, regarder à l’intérieur de la bouche du patient avant de pratiquer une respiration de sauvetage et enlever toute obstruction visible qui peut être atteinte. Ne pas effectuer de balayage aveugle au doigt.
Compressions abdominales (manœuvre de Heimlich):
Entourez la partie médiane du patient avec vos bras.
Le poing est serré et placé à mi-chemin entre l’ombilic et la xiphoïde.
Dans au moins 50% des « malades » vus par le médecin généraliste, le traitement est représenté par le médecin lui-même (merci Docteur, je me sens mieux maintenant que je vous ai vu) ou par des mises à plat des problématiques consommant de l’empathie et du ‘’chronos’’. C’est une spécificité que ne partagent pas même les psychiatres dévorés par des pathologies plus lourdes. Ceci échappe totalement aux ignorants adeptes des grilles informatiques à cocher, des inconditionnels écervelés des cabines médicales cooptées par de l’IA forcement improductive dans ces cas. Seule la bonne pâte humaine pourra, souvent avec moult persévérance, pétrir une autre pâte humaine qui souffre. Les merveilleuses techniques et imageries modernes ne peuvent rien. On laisse ça à nos confrères hautement spécialisés. Cette médecine simple mais pas simpliste est celle de tous les jours et de n’importe quel humain qui à mal.
La négliger c’est nous exposer tous à des bouffées de violence, des demandes inconsidérées, des dépenses médicales incontrôlables, des incompréhensions assassines, des dérives sectaires.
Arrêtons d’agir sur des principes fallacieux, des données absconses, uniquement pilotés par des considérations pécuniaires. Revenons à une médecine humaine sinon humaniste qui doit donc pouvoir vivre de son œuvre au bien être de chacun par une rémunération juste intégrant : les études longues, le temps, le stress, le risque médical, juridique et social, les connaissances et l’empathie. Stop aux facéties mal fondées et déshonorantes (ROSP, multiplications aléatoires en myriades de lettres clefs ingérables, verrouillage du médecin traitant sans raison, etc.).
Il y a 20 ans, l’Europe en construction cogitait et travaillait à intégrer divers Pays de l’est en son sein. La médecine de ces pays n’était pas du tout à la hauteur de la Médecine des Pays Occidentaux fondateurs. En moyenne cinq ans d’études en Roumanie, avec des moyens limités, contre huit en France par exemple.
Pour homogénéiser le système »comme il se devait » afin de construire Une Médecine Européenne, le choix ou même le ‘’non-choix’’ avait abouti à la pire des solutions : abaisser le niveau d’études à 5 ans pour tous.
Cela étant dicible par aucun des responsables politiques tous bords confondus, on avait laissé cette médecine occidentale se rabougrir et se saboter elle-même avec l’approbation tacite de ces derniers.
Le médecin (et les autres acteurs médicaux : infirmières, kinés…) pouvaient vivre à l’époque honnêtement avec un prix de consultation pas bien loin de ce qu’il est resté jusqu’à aujourd’hui. Mais la situation se dégrada vite. Voyant que cette évolution deviendrait vite insupportable, ces responsables s’évertuèrent à manigancer un stratagème diabolique et immoral sous la norme du p4p ou du rosp pas plus vertueux. Ces « primes » sorties d’un chapeau recouvrant des têtes irresponsables, avaient l’avantage de faire taire les médecins et de ne pas influencer l’indice des prix dans le mauvais sens. Cette fausse stagnation de ce dernier aboutit plus tard au mouvement des gilets jaunes en situation fragile et beaucoup plus catastrophique. Pendant ce temps, la population subissait cette sape systématique et cette dégradation calculée de la Médecine. L’arrivée en masse d’une informatique inaboutie, devenue obligatoire, allait devoir imposer ses règles rigides, impersonnelles, inhumaines mais volontairement juteuses. Le prix de la consultation restant désespérément stable, les médecins ont débuté le matraquage consultatif pour préserver leurs revenus. Cependant, ce temps consacré à l’autre, n’est pas extensible et donc, acculés, sans possibilité de progression et burn-outés, ils demandèrent, à celle qui n’est pas leur employeur mais un intermédiaire, de mettre le prix de leur travail à un juste niveau, de cesser l’utilisation du scélérat ROSP inventé comme jougs pour contenir les ardeurs de ceux qui les portent. Tous les verrous cadenassés, le médecin, non agressif par nature et par formation n’avait plus qu’à poursuivre frénétiquement, la tête dans le guidon, son travail harassant et dévalorisé. Le choix d’une séparation d’avec la Sécu, devenue son agresseur, à contre courant de son rôle normal de partenaire au service de la meilleure santé des français restait une échappatoire complexe.
Les jeunes médecins , pris à la gorge, ne pouvant pas s’installer sereinement de nos jours et les plus âgés déconsidérés ne pourront que quitter le navire de la sécu en flamme pour survivre.
Depuis la nuit des temps, l’humain a tenté de préserver sa santé d’abord et seulement, dans un second temps, de profiter des autres plaisirs de la vie. La volteface actuelle dessert notre destin. Mettons tout notre labeur à conserver cette bonne santé qui n’est pas une denrée innée distribuée à tout jamais à notre naissance.
Ce n’est qu’en parfaite forme qu’on apprécie un match de football à la Mbappe, une rivière de diamant du Bostwana, une poule au pot à la paloise.
Frissons, mal partout, chevilles comme sorties d’une friteuse, les os aussi souples que ceux de Toutankhamon, la tête d’un ornithorynque, le nez d’un reniflard mais c’est banal.
Voyons pour la suite…
Quelques conseils (vite fait):
EAU
Le corps est composé de 70 % d’eau, maintenu quasi constant par l’alimentation et SURTOUT LES BOISSONS lorsque la température est stable à 37° et ceci grâce à un système de régulation hyper efficace.
Beaucoup de raisons pour mettre en danger ce système :
Baisse des apports d’eau
Ou dépenses majorées…
Pour garder le corps en sécurité.
La FIEVRE est un facteur très important ++++
Se souvenir que chaque fois que la température monte de UN DEGRE, nous avons besoin de 400 ml d’eau supplémentaire par jour de 24h …. Et 400cc représente 20 verres de 20cc .
Déjà lorsque la fièvre atteint 39° IL FAUDRAIT théoriquement DONC BOIRE 40 VERRES D’EAU de plus que la ration habituelle par jour
En gros un verre toutes les demi heures
Ce n’est pas pour rien que je parle de verres : Pour ne pas déranger son absorption,
il vaut mieux boire peu mais très souvent.
NEZ
Si votre nez est pris et se met à couler, peu ou beaucoup, le surplus que vous ne mouchez pas, descend le long de la paroi postérieure du pharynx pour atteindre l’œsophage et ensuite traité par le contenu de l’estomac.
Il faut éviter, autant que faire se peut, que des bribes de cette sécrétion porteuse de virus et autre microbe ne passe au niveau de la trachée et n’aille infecter plus le poumon.
Peut-être, mais cela n’a pas été étudié précisément, éviter de dormir sur le dos pourrait éviter quelques erreurs de cheminement du virus.
Et au plus si le sommeil se fait couché sur un côté, on pourrait éviter l’atteinte des deux poumons en même temps .
Привіт, мамо… ні, не повертайся, я тут. Я тебе добре знаю, ти мене ще не знаєш. Ти тримаєш мене, я притуляюся до тебе. Я квіткова брунька, яку ти вирощуєш день у день. Вісім місяців я чекав цього моменту, щоб поговорити з вами. Послухай мене, притули вухо до живота. Тут я відчуваю тремтіння. У мене є вуха, але я не чую. У мене є рот, але він залишається німим, у мене напівзакриті очі, які не бачать нічого, окрім як плачуть розчинені сльози, коли тобі сумно. Я сприймаю лише приглушені вібрації твого тихого голосу, тонкі хвилі твоїх пестощів увечері, але й незрозумілі гуркіт грому, а іноді й страшні ударні хвилі. Я уявляю, якою силою твоїх м’язових скорочень є біль, що нападає на нас. Хто може у вашому відкритому світі так жорстко напасти на вас. Я – сумний. Я обіцяю тобі, люба мамо, яку я вже безмежно люблю, що я захищатиму тебе всім своїм єством, коли настане день. Знаєш, я швидко росту. Ти напихаєш мене такою кількістю зміцнюючих соків. Чуєш серце моє швидке, там під твоїм доброзичливим вухом. Він твій і завжди буде пильнувати за тобою. Після важкої подорожі, яка мене чекає, ніхто більше не зможе зашкодити тобі. Я буду плакати нескінченно, якщо відчуваю твій смуток, я вкриюся жахливими прищиками, щоб захистити тебе, відволікаючи увагу, я зайду так далеко, щоб померти за тебе рідна мамо, я буду їсти знову тільки тоді, коли повернеться безтурботне кохання.
Коли ти будеш старa і втомленa, я буду носити тебе на руках. Я тобі скажу так: якщо твої вуха вже не чують, я розповім тобі про чарівні краєвиди, якщо твої очі більше не бачать, я поцілую твої зморшкуваті руки і твої порожні щоки, і ти згадаєш. тонкі хвилі минулих ласк.
…
Bonjour maman…non, ne te retourne pas, je suis là. Je te connais bien, tu ne me connais pas encore. Tu me contiens, je me blottis en toi. Je suis le bourgeon de fleur que tu cultives jour après jour. Huit mois que j’attends cet instant pour te parler. Écoute-moi, mets ton oreille sur ton ventre. Voilà, je sens un frémissement. J’ai des oreilles, mais je ne peux entendre. J’ai une bouche mais elle reste muette, j’ai des yeux mi-clos qui ne voient rien mais qui pleurent des larmes dissoutes quand tu es triste. Je perçois seulement les vibrations étouffées de ta voix douce, les ondes subtiles de tes caresses le soir, mais aussi les coups de tonnerre inexpliqués et parfois des ondes de choc épouvantables. J’imagine à l’ampleur de tes contractions musculaires la douleur qui nous attaque. Qui peut de la sorte dans ton monde ouvert, t’agresser si durement. Je suis triste. Je te promets maman chérie que j’aime déjà sans limite, que je te défendrai de tout mon être le jour venu. Je grandis vite tu sais. Tu me gaves tellement de sucs fortifiants. Entends-tu mon cœur rapide, là sous ton oreille bienveillante. Il est à toi et il veillera toujours sur toi. Après le dur voyage qui m’attends, personne plus ne pourra te blesser. Je pleurerai sans cesse si je ressens ta tristesse, je me couvrirai de boutons horribles pour te protéger en détournant l’attention, j’irai jusqu’à mourir pour toi maman chérie, je ne remangerai qu’au retour d’un amour serein.
Quand tu seras vieille et usée, je te porterai dans mes bras. Je te raconterai ça : si tes oreilles n’entendent plus, je te conterai des paysages féeriques, si tes yeux ne voient plus, je baiserai tes mains ridées et tes joues vides et tu te remémoreras les ondes subtiles des caresses du passé
Traduction Google . Avec l’aimable correction de Yrina Champié
Venise est construite dans une lagune d’eau salée.
La vie est impossible sans eau potable.
L’ingénieux Vénitien a mis au point dès l’origine de la Serenissime une astuce pour fournir de l’eau pure à ses concitoyens.
Un puits étanche à l’eau salée de la lagune récolte l’eau de pluie avoisinante au centre d’une placette nommée campo ou campiello, dallée.
Ne pas oublier qu’à Venise il n’y a qu’une seule PLACE qui porte ce nom (La Piazza San Marco).
L’eau qui est récoltée aux quatre coins du campo dans une citerne est filtrée en traversant une grosse masse de sable. Elle aboutit et s’accumule au centre du campiello ou un puits (pozzo) souvent élégamment construit permet d’y accéder.
A l’origine on pouvait en compter plus de 7000.
De nos jours, ils sont 700, inusités mais visibles, les autres sont recouverts.
L’eau courante à Venise aujourd’hui est livrée par un aqueduc qui vient des montagnes voisines.
Pourquoi ne pas choisir de sillonner la lagune à la recherche des temps perdus en déambulant de puits en puits, de pozzi en pozzi sans itinéraire balisé.
Vous pouvez après avoir visité, comme tout bon touriste la plus célèbre Piazza du Monde et aller vous perdre au gré des sons de cloches, dans les petites ‘’calle’’ ou ‘’venelli’’ alentours. Prenez la direction de Fondamente nuove par exemple qui se trouve à cheval entre le sestiere de Cannaregio et celui de Castello vers le nord.
Passer sous le premier porche venu, attention baissez la tête, traversez son ombre fraiche, gare aux chats qui doivent encore encombrer les vieilles pierres, vérifiez que vous ne vous dirigez pas directement, dès la première marche passée, dans l’eau d’un canal verdâtre, débouchez à coup sûr sur une minuscule place dallée, remontez lentement le regard le long des murs humides pour capter une icône poussiéreuse ou une vierge défraichie, peut être un simple bout de ferraille témoin d’une porte antique.
S’il n’y a plus de traces de puits en son milieu passer votre chemin, peut être enjamberez vous un pont vieillot sous lequel coule une barque ou exceptionnellement une gondole volontairement perdue, mais immanquablement un campiello surgira sur votre trajet.
Venise régénère son authenticité la nuit.
Il faut donc consommer quelques jours et surtout quelques nuits en dehors des luxueux hôtels stéréotypés retrouvés à l’identique dans le monde entiers.
C’est dans les ruelles sombres et les campi vides qu’on ressentira l’âme de la ville.
Je vais vous conter pour illustrer ça l’histoire de:
la DAME VÊTUE DE BLANC
(la dama vestita di bianco)
Une chronique ancienne raconte que le puits de corte Lucatello commençait à s’assécher dangereusement en cette année de profonde sècheresse et mettait en danger la population locale. On voyait monter petit à petit le nombre de larcins. Le niveau de l’eau baissait chaque nuit davantage. Un soir de nuit noire, un batelier fut surpris près du puits, le seau à la main par la présence d’une dame de blanc vêtue. On racontait partout que dans la nuit noire et à certaines heures les ruelles de Venise étaient peuplées de sorcières malveillantes. Il fut pris d’une peur panique. La dame blanche le compris et lui dit « Ce n’est pas de moi que tu dois avoir peur mais des tâches de sang de ton corps qui vont souiller la terre si tu ne reviens pas à la maison avant l’aube. Épouvanté, Il lui cria de déguerpir alors qu’elle insistait pour qu’il priât. Il s’approcha du puits quand un homme surgissant du noir lui assena un coup de couteau qui le mit à terre, gravement atteint. Il s’échappa en maugréant sans comprendre ce qui lui arrivait. La Dame Blanche se saisit du couteau sanguinolent et fit tomber trois gouttes de sang dans le puits qui se remplit instantanément d’une inépuisable quantité d’eau limpide. Elle imbiba son mouchoir de cette eau et nettoya la plaie du batelier qui guérit immédiatement. Elle ordonna aux deux hommes de rentrer chez eux avant l’aube en certifiant qu’il ne manquera plus jamais d’eau dans ce puits. Lorsqu’ils se retournèrent pour remercier la Dame, elle s’était déjà dissolue dans le néant.
Aujourd’hui encore dans les noires nuits de nouvelle lune, elle fait des apparitions furtives dans la cour. On dit que son corps est emmuré là au milieu des pierres du puits, là où son noble amant a pu occulter son homicide perpétré à l’époque de la construction du puits.
Je suis sûr que si vous vous promenez un soir noir dans ces ruelles étroites vous entendrez, très étouffées, des lointaines lamentations qui sourdent de ces puits nombreux, sources de multiples histoires aussi effrayantes qui ont façonné le caractère fort et religieux des vénitiens.
Quelques photos personnelles.
Rf: histoire tirée du livre: leggende veneziane e storie di fantasmi p130
Des touristes ? C’est une agglutination ‘’foulistique’’.
Du DORSODURO à CANNAREGIO, de CASTELLO à la GIUDECCA, c’est du « gym cana pédestre ».
Et pourtant je vais vous proposer des lieux très typiques, pleins d’histoires anciennes, pittoresques ou morbides, que vous pourrez retrouver à chaque coin de rue. Mais il faudra chercher car les numérotations des maisons semblent aléatoires à notre cartésianisme intransigeant.
Aujourd’hui, je vous convie à poser vos pas sur le « PONTE DEI PUGNI »(Le pont des coups de poings) dans le DORSODURO.
Vous pouvez même poser vos pieds sur les empreintes gravées là, sur le sol, depuis des siècles. Vous pouvez aussi, si vous voyagez avec votre pire ennemi, lui proposer de poser ses pieds sur les marques en vis-à-vis et débuter, sans attendre les invectives, la bagarre. Des pugilats célèbres au 17eme siècle éclataient entre les divers clans vénitiens nombreux en ce temps-là. Les batailles féroces entre les Nicolotti (écharpes et bérets rouges) contre les Castellini (écharpes et bérets noirs) sont restées ainsi gravées à jamais.
Ces batailles ne se terminaient que par la perte d’un belligérant (bataille souvent à mort) avec de ce fait transfert de ses biens et de ses propriétés jusqu’au prochain combat. Le gouvernement vénitien laissait faire et même mettait de l’huile sur le feu pour en tirer profit.
Cette guerre prit fin en septembre 1705 après un âpre combat aux couteaux et jets de pierres alors que le Monastère voisin de Saint Barnaba brulait petit à petit.
Depuis lors, les bagarres sanglantes sont déplacées en combats lagunaires non moins toniques et vigoureux.
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Ref : Le superbe guide de ALBERTO TOSO FEI
(En ITALIEN)
Edition ELZEVIRO
Leggende veneziane e storie di fantasmi
Après votre bagarre fictive, allez donc faire un tour au restaurant de poisson ‘’DO FARAI’’ qui se trouve à quelques encablures de là.
(Sans publicité/avis personnel qui date un peu).
Bon appétit et à bientôt pour reparler de la ‘’SERENISSIME’’
Laissez un message si vous désirez que je donne d’autres tuyaux sur Venise / Abonnez vous sans aucune contrainte
Elle n’avait pas vingt ans, dans les quarante peut-être, mais plus près de la cinquantaine sûrement. Il faut être évasif sur l’âge des femmes ! Elle était ronde oui, mais appétissante comme une belle pèche rose et rouge à la peau veloutée et soyeuse, pas une patate comme disent les enfants sans malignité, qui eut pu être proportionnée. Elle avait subitement pris la décision qu’elle ruminait depuis une vingtaine d’années et même l’étroitesse de son compte en banque ne la ferait renoncer. Elle venait de s’offrir un billet de train pour une virée utile dans la Capitale. Un billet de train car à cette époque honnête, le transport en avion était tout naturellement d’un prix bien plus élevé, contrairement à celui faussement décapité des transports modernes. Paris semblait être un but en soi. Etait-elle en manque ? Les bains de foule si rares dans le Tarn et Garonne ? La promiscuité puante de sueurs mélangées des métros, pourtant utiles ? La hauteur infernale des tours qui vous insinuent des cervicalgies tenaces ? Les brochettes de vitrines alléchantes des grandes avenues centrales ? Les si rares musées de chez nous ou bien les riches expositions permanentes qui vous enivrent et vous font tourner la tête ? Une autre raison se cachait elle ailleurs?
Elle avait aussi téléphoné pour retenir une chambre pour elle toute seule, pas dans un palace c’est sûr, mais pas non plus dans ces hôtels bon marchés ou on y ‘’passe’’ plus que l’on y dort.Les repas ? On verra sur place avait-elle comploté avec elle-même.
Le clou du futur spectacle parisien consistait en un rendez-vous, plutôt une consultation en un lieu pour elle insolite et comportant une myriade d’inconnues.
Cette consultation a eu lieu le lendemain dans un riche bâtiment Haussmannien du centre parisien qui par un hasard heureux se trouvait à quelques encablures de son hôtel résidence du moment. A l’appel de son nom, elle fut quasiment conduite devant un homme plutôt froid, mais non désagréable, qui pour tout examen médical que son statut lui imposait, se contenta de la dévisager tout en enveloppant son embonpoint d’un mouvement circulaire de la tête et d’authentifier son nom et son prénom. Il la conduisit ensuite dans un boudoir attenant et pratiqua sur elle le traitement pour lequel elle s’était déplacée de la province. Après une vingtaine de minutes, on la vit sortir du boudoir accompagnée d’une assistante et regagner le bureau du grandissime professeur qui lui fit payer 1000 f comptant, comme il avait été convenu.
Elle me rapporta cette histoire quelques mois après son retour, alors que l’effet du traitement commençait à porter ses premiers fruits. Nous n’avions pas bavardé bien longtemps que je ressentis un mauvais ressenti (la répétition est voulue). Son discours laissait transparaitre de « l’aigris ».
Vous comprenez Docteur que j’ai placé là toute ’mon âme’’. J’ai dépensé beaucoup d’argent pour me rendre auprès de ce grand acupuncteur qui fait maigrir, à tout coup, toutes les femmes avec une méthode « exceptionnelle ». J’ai essayé toute ma vie durant les mirifiques méthodes manigancées par des journaux avides qui présentent honteusement des jeunes mannequins maladives et décharnées. Nous seules, les hommes même n’en demande pas autant, badons devant ces images extrêmes, conscientes de l’extrémisme, mais tellement assoiffées d’une infime part d’un succès que nous méritons je vous assure.
J’ai compris après la séance qu’elle consistait à mettre une SEULE aiguille d’acupuncture sur le sommet du crâne et de vous délester de l’imposante somme demandée. A ce prix, sans compter les à-côtés, je vous certifie que je suis assidûment maintenant le régime que j’ai de multiples fois essayé dans le passé, sans succès.
Nous l’appelions tous Píno, un sobriquet diminutif qui contenait tout l’attachement affectueux que nous avions, dans la famille, à ce bonhomme ‘’bon vivant’’ et joyeux. Entendons-nous bien, bon vivant, à l’époque ne signifiait pas ‘’ingurgiteur’’ de 15 bières avec 1.5 litre de coca cola. Il buvait peut être trois quarts de litre d’un vin c’est vrai, mais son alcoométrie était bien loin de celle de son homonyme des Charentes. Il n’était pas bien instruit non plus. Mais il arborait une vivacité et une intelligence sans pareille. Il aimait la chasse et chose plus rare, une littérature bien personnelle. Il descendait dans la grand’ ville (plutôt gros village !) le vendredi, jour de marché, pour se procurer le summum de ses lectures hebdomadaires : ‘BLEK LE ROC’. Il aurait pu oublier d’acheter, sans peine, le minimum vital des commissions de la semaine, mais pas le ‘’grand Blek’’. C’était une édition de fascicules légers en noir et blanc de petit format. Il lui fallait bien une semaine pour lire, voire relire ces aventures du trappeur américain aux prises avec les soldats anglais (dits homards rouges) pendant la guerre d’indépendance américaine. Quand il en avait tiré le maximum de plaisir, il abandonnait honteusement la carcasse de sa lecture sur le vieux banc crasseux qui tenait le crachoir à l’antique cheminée volubile. Lors des froides périodes d’hiver, nous allions flirter encore plus près des flammes et se réchauffer à son âme incandescente sous la hotte noircie.
Je m’emparai goulument de ce torchon essoré laissé à l’abandon sur le banc. Le livre n’avait pas perdu de son attrait et je buvais, sirotais dégustais et mémorisais les bagarres et les exploits enivrants du héros. L’aventure terminée, je restais épuisé mais heureux. De longues heures s’écoulaient ou je pouvais remonter ces histoires et les ruminer pour les enjoliver encore plus. Bien évidemment, je ne savais pas très bien si c’était moi qui prenais les traits de ‘’Blek le grand’’ ou si c’était le contraire. En tout cas, j’étais toujours, à son image, le vainqueur. Je passais ensuite la nuit à nager à mi-onde, sans effort aucun, en brasse indienne, pour ne pas attirer l’attention des « tuniques rouges » qui montaient la garde dans l’autre camp.
Je dois dire maintenant combien était importante et délicieuse cette longue période vide qui suivait ces lectures d’aventures. Je plains nos enfants actuels qui doivent incorporer, sans les faire siennes, les interminables brochettes de dessins animés sans âme que la télévision ou internet leurs déverse dans leurs petites têtes déjà trop pleines. C’est vrai qu’il faut laisser aux enfants des moments creux et vides, propices à l’ennui afin qu’ils les remplissent d’inventions diverses et inoubliables.
« Aux larmes citoyens,
Laissons à nos gamins,
Le temps, la faim et le soutien
Pour devenir ‘’gens biens’’. »
Dans ce nouvel épisode, Blek le roc allait fiche la pagaille dans le camp des « tuniques rouges britanniques» pour récupérer, de nuit, je ne sais quel prisonnier de ses amis de l’autre côté de la rivière. Il exécuta la première partie du trajet dans un canoé indien à la poupe et à la proue bariolée de signes inconnus et la termina, comme dans mon rêve, dans une superbe démonstration de brasse coulée furtive.
Ceci me donna une idée.
Je convoquai aussitôt mon conseil de guerre. Il se composait de mon cousin Alain, bien plus jeune que moi, et moi-même autoproclamé petit Blek. Il fut décidé à l’unanimité moins une, la construction d’un canoé de type indien en une seule pièce excavée. Dès la dissolution, chacun fut chargé de récupérer le matériel et les outils adéquats défini en assemblée plénière.
Notre groupe allait travailler à deux. Nous partîmes tout de go à la forge ou de nombreux instruments étaient engrangés depuis des lustres. Il était dit : une scie. Entremêlée parmi de nombreuses barres de ferraille de toutes longueurs, se profilait une lame plate, longue et large. Elle portait tout le long de ses deux mètres, d’énormes dents acérées à faire pâlir un requin. Je reconnus là, avec ces deux extrémités en rondins de bois, un passe-partout bien à propos, plutôt assez rouillé. Il fera l’affaire, si on n’y laisse pas la peau en le tirant de là. Il faudrait aussi une hache et un coin avec un marteau qui va avec. Le coin avait été vite trouvé mais le marteau pesait au moins la moitié de notre poids. Cependant pas assez lourd pour dissuader un Blek. Une petite réunion instantanée, donc non cataloguée, fut tout de suite organisée. Il avait été décidé, dans la minute, de descendre immédiatement les immenses trois cents mètres qui séparaient la ferme du ruisseau. Il fallait repérer l’arbre à abattre pour construire la coque.
Nous nous arrêtâmes net, au bord de la rivière, à la vue d’un majestueux et interminable tronc de vieux peuplier droit comme la justice.
Ce sera celui-là qui dès demain nous conduira sur les rivières et les fleuves de nos aventures.
Nous ne rêvâmes pas cette nuit-là.
Après un déjeuner au lance-pierre, nous décidâmes de faire deux trajets-transport à la rivière. Le passe-partout portait bien mal son nom dès la tentative de lui faire quitter la forge. Ne pas confondre excellent travail et précipitation était ma devise. A mon habitué, prenant toujours à cœur mon statut de ‘’grand’’, nous entourâmes par précaution les quelques premières dents de chaque bout de la scie, avec une vieille corde abandonnée dans la poussière de la vieille forge. Tout au long du chemin, un à chaque extrémité, nous tentions d’apprivoiser ce serpent qui ondulait sans cesse en émettant parfois des bruits de scie musicale à vous faire peur. Enfin arrivés au pied du grand droit, complètement exténués, nous avions essayé de grignoter l’écorce du centenaire… sans succès. Légèrement déçus, nous décidâmes de laisser le travail pour le lendemain. Un arbre ne pouvant pas résister à l’assaut de deux ‘’Blek’’, même petits. Nous remontâmes essoufflés au logis, sans enthousiasme.
Fatigués comme d’authentiques bucherons, nous ne rêvâmes pas cette nuit encore.
Le lendemain, et ceci sans réunion préalable, entre deux morceaux de chocolat, il fut décidé de laisser tomber et de ne plus jamais aller à la rivière d’en bas. La nuit nous apporta, certainement, un excellent conseil.
Deux mois plus tard, en fin de matinée, Píno, la face rouge de colère plutôt que de tunique, après découverte de la scie à traction bien rouillée au pied de l’arbre, vint à bout sans difficultés des arguments du petit Blek. La sanction tomba. Elle était minime.
En fouillant dans mes vieux « super 8 », je suis tombé sur ce montage que j’avais fait avec mes petits moyens d’alors. Certains vicois s’y reconnaitront si vous avez moins de 45 ans ne vous cherchez pas, mais sachez apprécier les beaux chars de l’époque.
Certains passages sont altérés par des scintillements que je vais tenter de corriger. Attendez quelques temps pour télécharger ce film si vous en avez l’intention.
Laisser un petit commentaire ou un « j’aime » pour savoir si vous avez apprécié et si ça vaut le coup que je retourne sens dessus dessous mon grenier . Merci.
SMD VIDEO PIO cavalcade Vic 77 cliquez sur ce lien ci-dessous:
Je venais d’arriver dans cette grande ferme gersoise ou vivait ma grand-mère et le reste de sa famille depuis bien longtemps. J’avais dix ans, mon souvenir reste embrumé. Je commençais mes grandes vacances. J’avais deux mois devant moi pour déguster la liberté et les grandes balades dans les collines calcaires du Gers. J’ai en tête ces grandes huitres fossiles de l’ère tertiaire que nous ramassions avec mon jeune cousin. Le soc de la charrue arrivait parfois en en soulever une. Il fallait faire des kilomètres dans les mottes instables avant de tomber sur ce qui était notre trésor de l’été. Il y avait aussi les nids, nous en avions rempli toute une remise qui devait devenir, dans un autre monde futur, un musée campagnard : mésanges, merles, fauvettes, chardonnerets, jamais de pies, trop hauts. Nous ne touchions jamais aux nids habités mais quelle joie de tomber sur eux. Je me souviens du jour où je suis parti seul à la pêche aux grenouilles dans une mare éloignée. Au moins trois cents mètres! Toute une expédition lointaine. Une longue verge de frêne, mon bois préféré, une corde fixée sur la plus maigre des extrémités et tout au bout de la ficèle une loque rouge. Je n’avais pas lancé mon système au-dessus de l’eau claire de la mare qu’une grosse grenouille avide s’élança sur l’appétant appât grenat. Je me mis à trembler de joie mais très vite envahi d’une peur panique. Que faire de cette prise inattendue ? Pas questionde toucher à cette bête gluante à la gueule goulue et géante qui pourrait bien me gober. Il fallait faire quelque chose, moi pêcheur devant l’éternel, je ne pouvais capituler. Je me crispai sur ma gaule improvisée, la brandis devant moi comme une hallebarde du moyen âge éloignant ainsi le plus possible la grenouille « pendouillante » de mon corps et détalai en criant de toutes mes forces vers la maison : « Nonna, nonna, viens vite ! » Oh, elle a bien ri, et de bon cœur. Moi, pauvre pêcheur, je ne prierai plus personne de m’accompagner à la pêche à la grenouille.
Je refuserai désormais toute prière pour aller pêcher la grenouille serait-elle de bénitier.
Mais ce premier jour de grandes vacances n’a pas inauguré aussi héroïquement la suite des évènements. Je n’étais certes pas plus chasseur que je n’étais pêcheur comme je vous l’ai raconté. Je portais cependant en permanence une arme redoutable dans une poche avec des munitions en quantité raisonnable qui boursouflait l’autre poche. Je devais ressembler de loin à une Venus callipyge aux hanches cellulitiques. Le lanceur de pierre était de fabrication personnelle. Ceci explique très certainement le manque réel de précision du tir sur une cible mobile. Je n’ai donc jamais réussi à atteindre un animal quelconque avec mon ’’fléchard’’ déséquilibré. Ce jour-là a été pourtant autre. Je déambulais sans but dans la grande cour chargée de déverser les visiteurs sur la porte principale de la ferme. Cette cour acceptait tous les occupants des lieux. Il y avait là des poules, des coqs, des canards, des poussins, des canetons, des dindes et dindons, des oies, des jars, et des pintades. Le hic allait venir du dindon. Il n’aimait pas manifestement la gent infantile. Il était pour moi énorme, hautain, belliqueux, imbu, guerrier, offensif, au gosier rouge cramoisi, les plumes ébouriffées, la pendeloque charnue érectée sous un bec effrayant et déjà en position de ‘’départ du 100 m’’. Ce Méléagris guajolote ne m’inspirait aucune confiance. Avant même que le top départ ne fut donné, je me saisis à terre d’un débris de brique cassé et d’une virevolte acrobatique de discobole je le touchais pleine cuisse alors qu’il décollait juste. Il s’affala là. Je le crus mort. J’étais presque content. Mais la grand-mère pas du tout ! Les vacances commençaient très mal.
Elle m’expliqua dans un état proche de celui du combattant précédant que je venais de condamner à mort le porteur de la semence de tous les dindons du canton. La patte cassée ne lui permettrait plus d’honorer correctement les dindes éplorées de son voisinage, il fallait l’euthanasier.
Je pris alors conscience que j’étais beaucoup plus dangereux les mains nues que armées de ma fronde imparable.
Et pourtant, je dois dire que je fis tout de même un mort, que j’ai encore et pour toujours sur la conscience. Oui, ma fronde déréglée fit une victime. A la chasse comme tous les jours, à l’affut dans un fourré d’épineux, je repérai un petit piaf qui divaguait de çà, de là, de branches en « branchilles », heureux comme un pinson chantonnant. Je bandai ma fronde invincible et tira sans viser l’une des pierres qui gonflaient ma poche. Hélas, le pipit en question quitta sa branche pour passer devant le projectile qui le tua sur le coup. Je fondis en larmes.
Alfredoa fait trois guerres, peut-être même, à l’entendre, quatre ou cinq. Il n’en était pas à une près. Oui mais, tout de même, il était arrivé ainsi à apprendre, en plus d’un mauvais Français et d’un Italien abâtardi, le Polonais et l’Allemand. A mon âge, ça représentait ‘’quelque chose’’, un summum insurmontable. Un jour il lui prit l’idée de rentrer dans des considérations inhabituelles en estimant que j’étais assez vieux (du haut de mes huit ans) pour apprendre des choses qu’un « gentilhomme » se devait de connaitre! Il me mit aussitôt dans la confidence. On allait donc se débarrasser aujourd’hui des sempiternelles mais très attachantes histoires de sorcière (la befana) et de loups garous (lupi mannari) malfaisants.
Il me fit assoir convenablement et me regarda dans les yeux pour montrer la force de la chose à dire. Je vais t’apprendre aujourd’hui deux phrases que tu devras retenir par cœur. Elles te serviront plus tard quand tu seras grand. Une sera en polonais et l’autre en allemand. Il m’intéressa tout de suite, because le summum que je commencerai alors à gravir. Je me voyais déjà trilingue et pourquoi pas ‘’quadri’’. Ce n’était pas la guerre tout de même.
« En voici une, écoute bien : procepagnepsidieiutredodomo, répète procepagnepsidieiutredodomo » Je faisais mauvaise mine et répétai à quelque chose près.
« Mais Nonno, qu’est-ce que ça veut dire ?
-Ne t’occupes pas de ça et répète…et tu me répéteras demain. » Je voyais ça d’un mauvais œil et le summum s’éloignait.
Après quelques minutes, il revint à l’attaque :
« Bittefraolencommensimorguenzormirnamaineaozen » Répète, c’est de l’allemand. Là j’avoue, le summum était tombé dans l’abîme.
La soirée et la nuit se sont passées à la répétition des deux énigmes. Petit à petit ces hiéroglyphes se sont imprégnés dans ma mémoire. Je peux donc vous les retranscrire sans ‘’aucune faute’’.
Puis, un jour, je suis devenu grand. Très grand même car c’est à 60 ans que je me suis souvenu de ces « phrases » gravées dans ma matière cérébrale. Elles me demandaient de faire quelque chose pour elles ou plutôt quelque chose d’elles.
Bien plus tard se présenta à mon cabinet une femme polonaise d’un âge mûr et d’une constitution psychique solide me paraissant apte à répondre à une vieille question restée en suspens depuis 50 ans. Je me méfiai tout de même du grand père joyeux luron et approchai le sujet à pas feutrés. J’expliquai l’histoire que vous connaissez maintenant et débitai la phrase crue sans point, virgule, accent, espace ou césure, et la répétai. Le retour n’a pas été instantané mais un petit rosissement lent des joues me fit penser que peut être j’étais allé trop vite. Ben non, « s’il vous plait mademoiselle venez ce soir chez moi ». C’était simple et correct. Je ne sais pas si mon Grand-père est monté ou a descendu dans mon estime ce jour-là.
Fort de cette traduction je m’attaquais dès le lendemain à la phrase allemande qui par analogie avec l’anglais pouvait se scinder en plusieurs mot que je reconnus. Elle avait en effet la même signification.
J’en conclus que mon grand-père n’était pas un irréductible va-t-en-guerre, mais à la guerre comme à la guerre il ne faisait guère de différence dans ses multiples conquêtes.
Voilà six heures que nous avons enfin quitté le tarmac quasi gelé de l’aéroport de PARIS. L’ouverture de la porte de l’avion sur celui de la HAVANE jette sur nous un « blast » de cocktail Molotov. Les poumons se sont ratatinés pendant le trajet dans la cabine, c’est sûr. Essoufflés dès la première minute, nous descendons la rampe de l’avion en surchauffe, traversons en sautillant comme des fakirs sur des braises le sol au ciment porté à blanc pour rejoindre les douanes aux formalités interminables. Enfin nous rejoignons notre voiture de location. Un modèle unique surclassé d’un ‘’rouge éclatant’’ nous attend. Son profil aérodynamique de sportive nous surprend. Nos souvenirs d’un précèdent voyage ne laissait présager que des ennuis futurs. Absolument pas adaptée aux ersatz de routes cubaines. Nous apprécions cependant la climatisation efficace et rare.
Nous roulons vers les plages sublimes du nord, un sorbet ou même un coca serait bien venu sous ce soleil ardent. Le premier village nous offre dès l’arrivée son plus bel attrait : un antique café multicolore, bien sûr vide en ce début d’après-midi. Merveille, il était ouvert et calme. Un grand escogriffe habillé en gentlemen semblait nous attendre adossé à la vitrine du bar.
Il s’essaya à un large sourire à notre entrée. Derrière le comptoir, un homme courbé essuyait probablement le même verre depuis le matin, l’air bougon. Une grande salle ouvrait sur un patio de verre qui exposait un jardin paradisiaque. Le bougon sympathique nous servit rapidement les breuvages attendus, nos corps se laissèrent imprégner petit à petit de l’ambiance apaisante quand tout à coup et venant de nulle part déboula de la jungle paradisiaque une harde de chanteurs, danseurs, et jongleurs bariolés. Le niveau sonore de la musique explosa d’une sensuelle salsa locale. La surprise passée, nous nous rendîmes compte que ce spectacle nous était offert personnellement. Peut-être que la belle ‘’voiture rouge éclatant’’ avait vite fait de réveiller toute la communauté active du pays !!! Il est à noter la qualité remarquable de ce groupe local. Les chanteurs et la danseuse bien synchrones, les pirouettes étonnantes et la dance étaient évidemment parfaits. Ce jour-là je m’étais promis… une promesse que je n’ai pas tenue : apprendre la salsa.
Le grand escogriffe déjà prêt au spectacle ne cessa de faire virevolter un lot de cartes avec une dextérité impressionnante. Il paraissait enveloppé d’une multitude de cartes qui voltigeaient autour de lui comme une nuée de moustiques sans qu’il n’en échappa une seule depuis notre arrivée.
Notre petit spectacle terminé et récompensé par un petit billet et l’achat d’un disque, il ne put tenir bien longtemps et s’approcha pour nous épater, et il nous épata. Il était un prestidigitateur chevronné. C’était tellement invraisemblable qu’il me vint l’idée de sortir ma caméra et d’enregistrer ses facéties. La salle avait recouvré son calme, il termina sa prestation en échange de quelques remerciements et pièces. Il reprit sa place adossé au bar et continua ses exercices de virevoltes. Nous étions détendus et enchantés. L’escogriffe ne bougeait pas. Lentement nous vidâmes nos verres. L’escogriffe piétinait sur place. Nous payâmes nos consommations au bougon maintenant déridé lorsque l’escogriffe s’approcha à nouveau de nous, l’air aigri. Il s’approcha de ma femme et lui demanda sa main. Il remonta la manche du chemisier léger qu’elle portait et remis à sa place la montre de valeur qu’il lui avait subtilisée lors de sa prestation. Passé le moment des étonnements et devant son comportement inexplicable dans cette situation, nous nous sommes abaissés à lui offrir un billet bien plus gros que la pièce déjà offerte en remerciement de son chapardage avorté.
Nous quittâmes ce café mémorable en bonne humeur mais avec un arrière-goût amer en pensant que l’effet ‘’voiture rouge éclatant’’ commençait juste à opérer. Et il en sera ainsi.
Addendum: Dans ces années deux mille, Cuba, dirigé en main de fer par Fidel Castro, appelé parfois « barba truco » par le peuple soumis, faisait partie des états pauvres et même pas en voie de développement. La population pauvre vivait chichement et profitait le plus possible de la manne que représentait les quelques touristes qui évitaient les ghettos luxueux nationaux ou atterrissait la plupart des touristes. Les cubains développaient toutes les astuces les plus extraordinaires pour soutirer quelques dollars bienvenus. Cependant, très surveillés par le quadrillage communautaire local, il ne fallait pas se faire prendre sous peine de sanctions majeures. Les touristes, eux, ne se rendaient pas compte souvent de la supercherie (je vous en raconterai une, plus tard) ou bien, bons joueurs ils acceptaient de se laisser délester de quelques dollars représentant une grosse valeur pour les autochtones. Un ouvrier touchait à l’époque l’équivalent de 5 dollars américains par MOIS alors que la moindre bière payée par le touriste était de 1 dollar.
Alors, pourquoi le grand escogriffe est-il venu rendre la montre à mon épouse ?
La réponse m’a sauté aux yeux quelques mois plus tard après le retour du voyage.
En visionnant le film tourné dans le bar lors de son exhibition montre très bien la manipulation de subtilisation de la montre et IL LE SAVAIT.
Le risque était trop grand sur l’ile de CUBA.
Critiques.
Je viens d’écrire ce souvenir. Il est resté vingt ans au fin fond de ma mémoire où il s’est élaboré, modifié et patiné comme un bon fromage dans une cave. Tel le lait d’origine se transmute lentement sous l’effet des enzymes ; chymosine , lactases, diastases qui modifient les ingrédients, mes souvenirs lointains ont subi les affres d’une ‘’mémoirase’’ perturbatrice.
La reprise de film que je n’avais pas revisité depuis l’année 2004 montre des déficiences et des inexactitudes dans mon récit.
La voiture était bien rouge, peut-être pas éclatante.
Le café était un restaurant de la Havane bien connu et fréquenté. Peu de clients ce jour-là à cette heure-là.
L’escogriffe prestidigitateur à bien existé et a bien subtilisé la montre, mais a rendu l’objet dans la foulée certes en pointant du doigt mon appareil, ce qui a induit peut être par la suite une interprétation tendancieuse.
Le groupe de musicien et la danseuse parfaits :
‘’groupe Navarra’’
….
Tour de passe passe, la montre est présente.La montre est rendue
Être stagiaire au SAMU apporte tous les jours son lot de stress, d’étrangeté, de côtoiement de la misère, de la folie ou de la violence.
Ce soir, nous nous rendons au Mirail, lieu noir par excellence, non seulement la nuit, mais la nuit, c’est pire. La police est sur les lieux. Il s’agit d’un HLM crasseux aux escaliers puant la vomissure. Malheureusement, la lumière est blafarde et l’escalier carrément obscur. Le délabrement du bâtiment se sent plus qu’il ne se voit, hélas.
« Docteur, vous êtes là ! Me dit le policier de service. Au troisième étage, il y a un individu agressif. Il faudrait le calmer; au médecin, il ne dira rien. Vous n’avez qu’à monter le premier. »
Inconscience de la jeunesse, ou inconséquence du policier…..
Je monte avec la caisse à outils, entendez par là, la trousse à médicaments d’urgence. (Effectivement, c’est bien l’instrument du mécanicien que nous utilisions en déplacement.) Je suis suivi de près par l’ambulancière pour me donner du courage et puis, une femme ça adoucit les angles. Que nenni, arrivés dans une pièce censée être une chambre, un homme bien basané, armé d’un rasoir de barbier me présente la lame parfaitement aiguisée sous le menton, plutôt correctement orientée du coté tranchant. C’est une expérience unique, surtout dans cette ambiance hitchcockienne. Là aussi la lumière quasi moribonde m’empêche de distinguer dans la pénombre si nous sommes seuls ou pas, puis m’arrive une voix réconfortante de femme probablement tapie derrière la porte qui me permet d’oser m’essayer à un « Docteur PIOVEZAN, du SAMU. Je viens voir si je peux vous aider. » Je me demande à cet instant si ce n’est pas plutôt moi qui ai besoin d’aide.
J’ai subi ce jour-là le plus gros lavage de cerveau de ma vie qui aurait pu faire pâlir le KGB. Je ne me souviens plus comment les choses ont évolué par la suite. Ce dont je suis sûr aujourd’hui : en raclant avec le dos de la main le dessous de mon menton je ne retrouve pas le stigmate cicatriciel d’une éventuelle balafre qui aurait précédé mon amnésie subite. Qui m’a sorti de cette sale affaire ? Ai-je déclamé le sésame providentiel à l’origine de ma libération ? J’ai un trou noir.
Les deux véhicules du SAMU avaient été positionnés dans la ville de Toulouse à des points stratégiques précis pour répondre, au plus vite, aux sollicitations de la population. Notre véhicule comprenait une équipe de deux étudiants et une ambulancière. Il protégeait ce jour-là le district de la Halle aux Grains de Toulouse, où nous avions un pied à terre. Dans la grande salle de spectacles attenante se produisait un cirque exhibant des bêtes fauves. L’appel de détresse émanait donc pratiquement de derrière la cloison où nous étions en attente. Un TIGRE venait de déclencher une crise cardiaque mitonnée de troubles respiratoires qui, à priori requéraient la mise en place d’une respiration artificielle. –Nous évitâmes de penser au bouche à bouche !– Cependant, la partie semblait incertaine. Certes nous étions programmés pour sauver des vies ! Mon équipier, blême et prostré, se regardait les pieds. Moi, je débutais une danse de Saint Guy. Notre salut, nous le devrons à la sagacité et la promptitude de notre pilote toujours prête à renouveler ses exploits. Elle nous intima l’ordre de regagner très vite l’Estafette et nous démarrâmes en trombe. La première giclée de carburant n’était pas encore consumée, que nous prîmes le Boulevard ….. à contre poil, ballottés d’un côté à l’autre en quittant la zone à vive allure. Quelle mouche avait piqué notre ambulancière ? A l’approche du centre-ville, elle réduisit la vitesse pour s’insinuer dans les ruelles étroites et encombrées, à droite puis à gauche puis à droite encore, reprend une rue que nous avions déjà empruntée dans l’autre sens comme une boussole qui aurait rencontré un électroaimant pour déboucher enfin sur la grande rue BAYARD. Elle se faufila dans la rue de la Colombette bien plus connue à l’époque pour le nombre impressionnant de tigresses dévêtues en parade derrière des vitres que de tigres dyspnéiques. Peut-être pour nous donner du courage, elle décèlera jusqu’au pas d’homme afin d’admirer les corps exhibés du zoo humain. Cependant l’image de la gueule béante du tigre suffocant ne s’était pas effacée. La rue de la Colombette est bien trop courte et nous devions affronter le destin, sans se presser tout de même. Nous arrivâmes essoufflés derrière le mur qui nous avait vu partir pour l’urgence. L’agonisant, hélas, avait rendu l’âme juste avant notre arrivée.
C’est la première anecdote d’une longue série ( étudiante ou médicale) qui peut se poursuivre si vous aimez.
Laisser un petit mot pour m’encourager si c’est le cas. (Commentaires)
Des sensations lourdes à porter, dans les deux sens du terme, vous poursuivent toute votre vie. J’ai supporté celles-ci lors de ma troisième année de médecine, autant dire une expérience initiatique.
L’histoire se déroule dans le service de chirurgie vasculaire. Déjà la veille de l’intervention, j’ai été choqué par le comportement du chirurgien, grand chef de service réputé pour sa froideur apparente qui a décrété, tout de go, au lit du malade: « Cette jambe ne vaut rien, il faut la couper, on le fera demain ». Sans autre forme de procès, la parole de ‘’Tintou’’ est sacrée. Passons sur le choc psychologique terrassant le patient, le travail de métabolisation de cette décision sans recours, la douleur mentale qui a rongé la nuit de ce malade inoffensif.
Le lendemain, c’est justement ma première intervention de ce genre au bloc. Pour l’équipe médicale, tout est simple, routinier, codifié, normalisé, stérilisé, finalisé. Pour moi, tout est nouveau donc compliqué, stressant, déstabilisant, inquiétant. Je suis chargé, pour mon intronisation, de soutenir le membre perdu pendant que le chirurgien muni de son scalpel et de sa scie circulaire tranche et scie dans le vif. La scie vibre et s’arrête. C’est impressionnant le poids que peut avoir un membre inférieur désolidarisé de son tronc ! J’ai failli laisser tomber mon fardeau lorsque le fémur a cédé. Ça a été ma première surprise, la seconde a suivi aussitôt. Et maintenant ?
Je soupçonne les membres de l’équipe présents, de s’être bien moqués du jeunot de ce jour planté là comme un zombi, tenant à bout de bras une jambe avec sa cuisse, et ne sachant qu’en faire. Je demeure figé. Personne ne détourne volontairement son regard vers moi. Que faire de ce fardeau encombrant ? Les secondes aussi deviennent de plus en plus pesantes.
J’ai bien, la nuit précédente, déroulé le film de l’intervention. Une de ces nuits noires qui précèdent des évènements non maîtrisables car inconnus. Mon imagination a approché la réalité dans des images impalpables et éthérées mais il manquait une chose : la pesanteur. Elle m’écrase à la fin de l’intervention. Et maintenant ? Que fait-on du membre amputé ? Là aussi, mon film de la veille s’est arrêté trop tôt. Eh bien que faites-vous ? Me dit une voix « off » derrière moi. La séance est terminée.
Je remercie encore de tout cœur cette femme compassionnelle qui me dit : « mettez-le donc dans le panier ! »
Bien sûr, un récipient est prévu à cet effet, il sera transporté par la suite au centre d’incinération.
L’histoire se passe pendant la guerre et plus précisément dans une tranchée ou mon grand-père attendait avec impatience que la situation évoluât. IL était avec une dizaine de ses compagnons d’infortune embourbé dans ce trou ignoble depuis de longues semaines et rien ne se passait. Tellement ce rien était néant total que plus aucun approvisionnement n’était parvenu jusque-là de longue date. La ration de pain aussi dur qu’une tête d’obus s’amoindrissait dangereusement et la faim était la seule chose qui ne les avait pas oubliés. Le moral usé, un jour béni des dieux pourtant lointains, arriva. Un vaguemestre incertain déposa un colis inattendu au contenu odoriférant. Il l’ouvrit avec empressement et tomba d’emblée sur l’objet suspect : Une sardine … et une seule. Il resta interloqué, sidéré pendant quelques instants. Mais mon grand-père restait rarement longtemps en mode standby. A peine germée, l’idée passa dans les rangs. Il fallait permettre à dix personnes de manger avec plaisir, si ce n’est avec abondance, et cela au moins dix jours, passage prévu d’un possible ravitaillement.
Posez-vous dans votre canapé bien douillet, servez-vous un bon whisky tourbé, fermez les yeux et transportez-vous dans une tourbière sanieuse et pestilentielle. Comment auriez-vous fait ?
Mon Génial grand père l’a fait.
Donnez-moi votre réponse dans ’’laisser un commentaire’’ si vous êtes aussi fort(e) que lui.
RÉPONSE 15/12/2021
Mon Grand-père utilisa le stratagème suivant :
Il introduisit la sardine dans une bouteille de verre.
Les soldats en état de famine avancée ont probablement présenté un état de délire hallucinatoire collectif,
ils se sont mis à frotter la bouteille avec leur petite réserve de pain sec. Celui-ci se transforma en aliment rempli de saveurs et d’odeurs appétissantes.
Ou comment agrémenter le repas de 10 personnes pendant 10 jours avec une seule sardine.
L’histoire se passe pendant la guerre et plus précisément dans une tranchée où mon grand-père attendait avec impatience que la situation évoluât. IL était avec une dizaine de ses compagnons d’infortune embourbé dans ce trou ignoble depuis de longues semaines et rien ne se passait. Tellement ce rien était néant total que plus aucun approvisionnement n’était parvenu jusque-là de longue date. La ration de pain aussi dur qu’une tête d’obus s’amoindrissait dangereusement et la faim était la seule chose qui ne les avait pas oubliés. Le moral usé, un jour béni des dieux pourtant lointains, arriva. Un vaguemestre incertain déposa un colis inattendu au contenu odoriférant. Il l’ouvrit avec empressement et tomba d’emblée sur l’objet suspect : Une sardine … et une seule. Il resta interloqué, sidéré pendant quelques instants. Mais mon grand-père restait rarement longtemps en mode standby. A peine germée, l’idée passa dans les rangs. Il fallait permettre à dix personnes de manger avec plaisir, si ce n’est avec abondance, et cela au moins dix jours, passage prévu d’un possible ravitaillement.
Posez-vous dans votre canapé bien douillet, servez-vous un bon whisky tourbé, fermez les yeux et transportez-vous dans une tourbière sanieuse et pestilentielle.
Comment auriez-vous fait ?
Mon Génial grand père l’a fait.
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Ce gringalet quinquagénaire me fait appeler à trois heures du matin pour une rage de dent qui dure depuis deux jours. Je n’ai pas encore fermé l’œil. J’enrage aussi.
Dans sa campagne profonde, au bout d’un chemin terreux, je le trouve enveloppé de pénombre et je le sens bizarre. L’œil est torve, le nez morve et la mâchoire difforme, l’haleine fétide, le tonus atone mais la verve haute.
Deux litres d’ARMAGNAC du plus typé de nos contrées n’ont pas pu venir à bout de sa pathologie cette fois-ci. Pourtant ils ont été patiemment et précautionneusement instillés sur ce reliquat de molaire infectée qui lui faisait si mal. Le chicot est resté insensible mais le précieux liquide réparateur s’est subrepticement infiltré jusqu’au plus profond de ses entrailles et de ce qui lui reste de cervelle fonctionnelle, à l’origine d’un accueil ce soir-là pour le moins peu chaleureux.
Une série de longues piqûres parfaitement adaptées sont venues tout de même à bout des microbes pourtant déjà alcoolisés de cet énergumène. Après deux jours de distillation interne intensive et sa joyeuse jovialité retrouvée, il vient me remercier pour mes bons soins à grands renforts de salamalecs.
Tejō de būtsu o hikiageru furuenagara, kanojo wa jibun no hosuto o mite, kare wa kanojo no pantī o hikisage, aegi, saikō no kōgeki, soshite sore jitai o kurikaesu, shikei shikkō hito ni todoke rareta josei no karada bā no mae ni mo rokudenashi ga arimasu.
Je descends lentement la rue qui conduit au centre de la ville. Quelques passants déambulent mollement. De nombreuses jeunes femmes seules rejoignent leurs familles au sortir des magasins où elles travaillent. Celle qui vient de me saluer, moi, l’homme seul, encore jeune, m’apparait soudain comme originale. La dizaine d’autres que je viens de croiser fait profil bas. Le téléphone portable n’a encore pas pris la place exagérée qu’il connaitra deux décennies plus tard. L’une détourne son regard du coté inintéressant des murs enfumés des édifices alignés, de façon volontaire, l’autre manipule fébrilement l’extérieur de son sac à main tout aussi inutilement afin de n’avoir pas à croiser mon regard. Une autre me frôle, rigide, en fixant sans expression le but à atteindre. Si j’initie le bonjour, pour voir, je n’obtiens aucune réponse. J’essaie de rendre ma voix plus grave, la plus inexpressive de peur de choquer mais obtiens le même résultat. Ma petite expérience du moment, je la renouvelle plusieurs jours d’affilés. Il faut que je me plie à l’évidence : Ce n’est pas une bougonnerie de la gent féminine, mais quasi sûrement le fruit d’une éducation voulue. Cette idée est à creuser. D’où vient cette attitude stéréotypée, comment s’est-elle propagée et quelle en est la finalité.
A la réflexion, il ne semble nullement besoin de faire des recherches profondes dans des archives poussiéreuses pour désigner banalement les mamans comme ‘’transmetteuses’’ de cette pratique ancestrale.
Mais n’y a-t-il pas là une faille éducationnelle ?
Si on se réfère aux études éthologiques qui théorisent le comportement animal (et en miroir peut être humain), la pratique peut engendrer des phénomènes étranges et contraires aux buts recherchés. Effectivement, un regard fuyant ou orienté vers le sol peut être interprété comme signe de soumission. Dans ce cas, la moindre rencontre fortuite homme / femme perturbe d’emblée la relation d’égalité naturelle attendue. La petite fille qui a toujours entendu rabâcher (pour son bien évidemment) sa mère mais surtout sa grand-mère, qu’il ne FALLAIT pas soutenir le regard des garçons de passages, s’offrira d’emblée comme vis-à-vis faible. L’homme qui se doit d’être dominant (cette supériorité est induite par l’erreur de laisser croire que la femme est soumise) est ainsi encouragé à décupler son désir de puissance fictive. Il faut évidemment tempérer cette assertion lorsqu’on assiste, à vrai dire, au peu de persévérance manifestée par la majorité des hommes. Cependant, ne serait-il pas plus judicieux d’éduquer nos fille jeunes à présenter un regard ferme et convainquant au prime abord, dénué de sentiment de peur et de soumission. Une étude de « socio-comportementologie » serait bienvenue.
Cette réflexion m’est apparue évidente lorsque, maintenant arrivé à un âge mûr, j‘intercepte tout au long de mes promenades des bonjours et des bonsoirs plus fréquents. Je peux admirer, de face, les belles frimousses des filles qui détournaient le regard jadis lorsque je représentais sûrement pour elles un danger potentiel.
Il faut que les filles affirment leur statut d’égalité dès le premier instant, aux hommes qui ont une représentation faussée de la valeur de la femme altérée pas des attitudes de soumission dictée à tort depuis des siècles par des grand-mères soucieuses.
Ceci implique une éducation spécifique dès la petite enfance.
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Après Mars et quelques gros cailloux proches, l’Homme, fidèle à sa nature qui est imprimée inéluctablement dans son génome, tentera de quitter son environnement immédiat. Il a fait un petit tour sur la Lune et Mars n’a qu’à bien se tenir. Les autres planètes inhospitalières seront pour longtemps négligées. Leur intérêt restera d’ordre scientifique bien sûr. Que reste-t-il des rêves hyper-lointains?
Même Proxima du Centaure à 4 années-lumière (40 000 000 000 km) est une utopie, alors qu’il faut 9 mois de trajet pour aller sur Mars et vingt minutes sont nécessaires pour le transfert de la voix à la vitesse de la lumière.
Alors ! Par quelle supercherie pouvons-nous affirmer qu’un jour nous « irons » sur les étoiles les plus proches, dans une limite de vingt à trente années-lumière. Pourquoi ces distances-limites : Pour permettre à l’humain en question de savoir s’il a atteint son but sur l’Etoile lointaine. Il faut considérer le double de temps (aller et retour de l’information) contenu dans une durée de vie humaine. Cette restriction n’étant pas obligatoire.
Effectivement, les progrès faramineux obtenus ces dernières dizaines d’années dans de nombreux domaines scientifiques nous permettent de soupçonner une solution accessible. Il est sûr que les premières décennies à venir ne verront pas se réaliser ce rêve fou. Il y a une chance que les bébés qui naissent aujourd’hui assisteront à la concrétisation de ce projet. Transportons-nous dans les quatre vingtièmes années de ce bébé. Disons les années 2100. C’est parfaitement plausible.
Mais avant tout, voyons dans quelle situation se trouvent les découvertes au début du 21ème siècle.
L’homme bionique commence à émerger doucement non pas de l’océan comme son lointain prédécesseur, mais des laboratoires de recherche. Tout d’abord le travail des céramiques, des métaux et des plastiques, les implants et enfin les prothèses statiques a vite été suivi par l’élaboration d’organes artificiels. Par la suite ? Ils sont devenus intelligents, pilotés par la pensée. Cœur artificiel, œil bionique, membres commandés par la volonté. Petit à petit l’humain s’habitue et accepte de vivre et utiliser des parties étrangères à lui-même et les intègre dans son schéma corporel. Il n’est pas interdit de rêver, même à notre époque, à la réalité d’un être pouvant penser et se mouvoir, vivre et communiquer alors que son corps physique serait, en grande partie, artificiel. La plaisanterie actuelle traite de « bioman » l’ami qui est porteur de prothèses multiples, hanches, genoux, valves cardiaques, stents, et un peu plus tard audition et vision sur rétine et cochlée connectées.
Dans le même temps et avec encore plus de célérité, les mathématiques, les algorithmes et enfin l’intelligence artificielle explosent. Les ordinateurs neuronaux progressent. Le concept de l’informatique neuromorphique combinant la biologie, la mathématique, l’ingénierie électrique, l’informatique, aboutit à l’intelligence artificielle. Un puissant processeur neuromorphique est en fonction dans les années 2020, simulant le cerveau avec ses tout-petits 16 milliards de synapses. On est très très très loin de la capacité phénoménale du cerveau avec au moins 10000 billions de connections inter neuronales.
Les décennies qui ont suivi se sont attachées à « donner une conscience » à l’intelligence artificielle rudimentaire déjà connue et travaillée sans cesse.
Nous sommes donc en 2100. Les êtres humains se sont dispersés sur les planètes environnantes non sans mal. Avec le temps, les gros problèmes psychologiques rencontrés dans la toute simple approche de mars des années trente sont dissipés. Effectivement, l’attachement à notre bonne patrie primitive s’est estompé. C’est une histoire ancienne. La terre serait plutôt ressentie comme un village troglodytique encore habité au début du XXI ème siècle. Il représente l’habitat des ancêtres du début de l’humanité.
L’intelligence artificielle côtoie l’intelligence humaine. Les algorithmes complexes deviennent solides à souhait.
Les déplacements physiques eux sont toujours limités par les lois de la nature. Des moteurs nouveaux ont été inventés et mis au point. Moteurs à plasma de toute sortes, moteurs a variation séquentielle de gravité ne permettant que des relatifs sauts de puces vu l’immensité de l’Univers. L’exploration des systèmes stellaires est toujours à zéro. LES CONNAISSANCES dans le domaine de l’astronomie sont par contre gigantesques. Des contacts avec des intelligences en provenance d’autres univers sont nombreux et en voie de traitement. La complexité est insurmontable. Et pourtant, dans l’immensité des contacts en zone intersidérale proche (environ 10 années-lumière de chez nous), une « Station Céleste » digne d’intérêt a été détectée sur un de nos satellites solaires dépourvu d’atmosphère. Le signal de l’exo-planète Gliese 581c connue depuis 2007 a été capté en 2060, située à 20 années-lumière. Les éléments captés, de nature inconnue, s’apparentent à ceux que notre civilisation enverrait si nous recevions un appel d’une autre planète. Ceci présage une exo-civilisation au même niveau technologique que le nôtre, ce qui faciliterait le contact. Bien sûr, des données précises sur notre planète et son degré d’évolution ont été transmises dès la détection. Ce n’est donc qu’après 40 années d’attente représentant l’aller-retour des données et des réponses que nous commençons à faire connaissance avec eux. Pas d’image reçue contrairement à ce que nous avions fait au vingtième siècle lorsque le programme intersidéral avait envoyé une plaque représentant notre espèce. C’était une image fixée sur le vaisseau spatial en l’occurrence. L’information reçue, décodée, pourrait faire dire que les gliesiens sont filiformes et de plusieurs dizaines de mètres de taille. Cette taille démesurée pourrait s’expliquer par le type de pesanteur existant sur cette planète. La pseudo-forme imaginée, hélas imprécise, ferait penser à des êtres qui pourraient « voir » dans les ultraviolets lointains ou même par les ondes radio. La ‘’correspondance’’ Terre/ Gliese se faisant en flux continue, la transcription des messages, très difficile et de qualité insuffisante, laisse beaucoup de zones d’ombre. De longues années seront nécessaires pour une véritable communication.
Cependant, la relation intersidérale entre deux civilisations reste primordiale dans notre démonstration. Nous sommes bien loin d’avoir trouvé la solution du transfert de l’humain.
Reprenons ensemble le statut simplifié de la vie sur terre.
En dehors du monde des pierres et des roches, des liquides et des gaz représentant le monde inanimé, froid et statique, on trouve simultanément le monde animé, chaud et vivant. Ces deux entités s’entremêlent. La plus primitive constitue le monde inanimé et une autre plus subtile apparue bien plus tardivement sur terre : la vie. Le monde minéral est issu du big bang et quatre milliards d’années plus loin apparait le monde en évolution du vivant. Le vivant a colonisé le minéral pour le faire bouger. Les atomes primitifs déversés dans l’immensité des espaces galactiques constitutifs du monde inerte se sont laissés façonner par la volonté des premières structures contenant la vie. Les premières cellules portant cette étincèle de vie devaient être, oh oui, très petites. Pour notre civilisation et notre monde, c’est l’atome de carbone qui s’est rapproché d’un autre carbone au gré des mouvements fracassants de cette explosion hors du commun. Le monde environnant hyper énergétique et cinétique a abouti, par une alchimie inconnue, à la constitution des premières petites molécules biologiques. Avec l’aide du temps, qui avait tout son temps, les divers remaniements de ces premières molécules ont fini par constituer des ersatz d’acides ribonucléiques ensuite organisés en gènes et la grande marche était alors lancée. Les acides ribonucléiques ont ensuite inventés des outils dont ils ont conservé la formule, pour progresser dans une ÉVOLUTION inéluctable encore présente de nos jours. Ils ont soumis à l’évolution l’invention des enzymes capables de moduler des protéines, à moins que des protéines présentes dans le bouillon originel se soient présentées à eux. Puis sont arrivés des outils biologiques encore plus performants des ciseaux, des duplicateurs, des redresseurs d’erreur utiles à la réplication à l’identique des acides désoxyribonucléiques maintenant organisés en petites séries de gènes.
Tout ceci pour montrer la prévalence de la vie avec ses informations pratiquement immatérielles contenues dans les gènes par rapport aux composants statiques et interchangeables des corps physiques.
Venons-en à notre propos : permettre aux humains de voyager aux confins de l’univers. Une intelligence SUR PLACE prête à nous accueillir doit être présente. Cette condition est incontournable. Nous l’allons voir.
En 2080, nous venons de terminer grâce à nos immenses ordinateurs neuroniques la mémorisation informatique de la totalité des données constituant le cerveau d’un de nos plus grands chercheurs. Cela représente (même compressé !) un dossier informatique biologique « géantissime ». Il pourra cependant, comme tout dossier informatique, être envoyé à nos correspondants gliesiens qui ont probablement progressé eux aussi dans ce domaine. Cette information mettra vingt ans à la vitesse des radiations électromagnétiques à arriver à bon port. Après réception totale du fichier, Les extra-terrestres gliesiens pourront converser par ordinateurs interposés (après 2100) directement avec le sosie informatique du professeur resté sur terre et dupliqué sur Gliese. Ce ‘’professeur-sosie’’ est par contre immortel dans son état informatique initial mais pourrait aussi progresser, ceci au bon vouloir des gliesiens hôtes. Nous noterons au passage que le professeur-2 a pris la qualité d’immortel dans sa représentation informatique mais non indestructible comme tout fichier électronique.
Si on veut pousser plus loin les limites, rien ne nous empêche de penser que la reconstruction de corps physique du professeur soit possible. L’information sur la structure potentielle de son corps existe. Si on donnait tous les atomes nécessaires aux diverses enzymes pour reconstruire à l’image de l’original, nous pourrions obtenir, sans intérêt évident, au moins le cerveau du professeur à 20 années-lumière de distance. A l’instar de nos prothèses actuelles, il sera possible de brancher sur ce cerveau artificiel, des effecteurs physiques comme jambes, bras, mains, yeux, oreilles et bien d’autres récepteurs qui ne font pas partie de la panoplie que la nature nous a offert sur terre. Par exemple : voir avec les infra rouges, le ultraviolets, directement les rayons X mais aussi la pesanteur, l’attraction céleste et d’autres à inventer. Le Professeur-2 devenu gliesien pourra même lancer un message à son double lui-même resté sur terre et au reste du monde ancien :
Ecrit en patois san marinais ( cf: République de Saint Marin) par ma mère à l âge de 92ans et transcrit phonétiquement par moi même et sans règles précises.
Cette langue a été réduite en un dialecte peu usité actuellement au profit de l’Italien (langue officielle de la République).
Scritto in "patois" sammarinese (cfr: Repubblica di San Marino) da mia madre all'età di 92 anni e trascritto
foneticamente da me e senza regole precise.
Questa lingua è stata ridotta ad un dialetto attualmente poco utilizzato a favore dell'italiano (lingua ufficiale della Repubblica).
Per favore correggi il testo per me, lasciando un commento. Grazie
Il est une constante dans l’élaboration d’une religion, aussi ancienne soit-elle, de considérer systématique un au-delà salvateur. L’angoisse métaphysique probablement acquise petit à petit tout au long des millénaires de façonnement du cerveau et de son corollaire le psychisme est inhérente à l’Homme. Rechercher sans cesse comment annuler cette douleur mentale a conduit les premiers hominiens « cérébrés » à générer une pensée positive. Ainsi est né le principe du « paradis ». Je ne parle pas du paradis terrestre des catholiques, mais son générique représentant l’état de félicité acquise après la mort. La localisation de ce paradis, sa structure, son fonctionnement varie d’une religion à l’autre. Telle religion le représente comme un domaine céleste regroupant tous les humains dans une joie infinie, telle autre un bonheur immédiat indicible et sans fin. Au gré des civilisations, ce peut être une métempsychose avec sa réincarnation qui se répèterait jusqu’à atteindre une éternité bien méritée. Bien sûr la perspective de revenir sous la forme d’une limace oblige ce terrien à respecter la vie quelle qu’elle soit sur terre. La perspective de retrouver des myriades de femmes vierges dans l’au-delà peuvent expliquer peut être le comportement déviant de quelques énergumènes très primitifs prêts à tout.
Mais si le paradis est un aboutissement recherché de la vie, sa présentation va différencier les diverses religions. Toutes exigent un comportement irréprochable pendant la vie terrestre. Hélas, l’Homme étant ce qu’il est, cette obtention du paradis semble bien compromise pour la plupart des humains. Exception faite de son antonyme l’enfer qui recevrait tous les parias de la religion chez les Chrétiens, il faut donc en déduire que quelle que soit la croyance religieuse de chaque humain, nous nous retrouverons côte à côte dans l’au-delà. En corolaire, il parait donc IMPÉRATIF de devoir accepter coute que coute son voisin même sur terre, serait-il noir, blanc ou jaune, Chrétien, Juif, Musulman ou autre Hindou.
Je vous présente Modeste BIAISE, un homme encore jeune, mais atypique comme il en existe toujours un ou deux dans chaque village. Son cerveau contient une seule plaque de circuit imprimé où les électrons sautent, comme il se doit, de trou en trou électronique pour faire fonctionner le circuit. Chez lui, on ne trouve que des trous. Aujourd’hui il part, sûr de lui, voir son médecin qu’il connait bien.
« Quoi de neuf Momo ?
– Docteur, j’ai ‘’mon muscle’’ qui est devenu tout mou.
– Quel muscle ?
– Vous voyez bien quel muscle ; Avant il était plus dur que mon biceps quand je portais un sac de 50 kg .
– Ah je vois. Mais, mon ami, ce n’est pas un muscle.
– Comment ça ? Vous avez entendu parler de bander ses muscles, non ? Les kinés connaissent,EUX.
– Il vaudrait mieux voir un urologue.
– Non, non, je vous dis que je veux avoir des séances de kiné pour re-musculation, rapido.
– Bon ça va, tu es comme les vaccino-sceptiques, tu n’écoutes rien. Je te donne une ordonnance pour trois séances de kiné, en général, ça suffit. »
Le Médecin note sur une ordonnance :
Trois séances de massages profonds par AMK* D.E (diplômé d’état).
Trois mois plus tard, Momo arrive de nouveau chez son médecin :
« Eh bien, Momo, comment va ?
– Très bien Docteur. Ma kiné demande une prolongation de soins avec trente séances de plus.
– Comment se sont passées les trois premières ?
– Parfait, comme dit ma Kiné. La première, moyennement, mais à partir de la seconde elle a même demandé la vérification, et alors, à la troisième, elle a été très contente de son travail.
– Mais dis-moi Momo, Combien as-tu payé la séance ?
– 75 € ? un peu cher, pas beaucoup remboursée mais très efficace, comme je me doutais dès le début.
– Mais où se trouve cette Kiné ?
– A Toulouse, pas de kiné libre dans la région. Elle a une plaque à l’entrée de son cabinet avec D.E. dessus comme vous avez prescrit.
– Beaucoup de monde dans la salle d’attente ?
– Pleine.
– Des hommes, des femmes ?
– Euh, mais… surtout… ou même, que des hommes, ‘’j’avais’’ pas remarqué.
– Normal, les muscles c’est une affaire d’hommes…
– Très bien, je te fais une ordonnance. »
Le médecin écrit :
Mr Modeste Biaisé.
(En faisant bien attention, encore que ce jour il hésite, à ne pas oublier le « I » comme lui répète sans arrêt Momo à chaque fois? à la suite des recommandations de sa mère depuis son enfance).
Trente séances supplémentaires de massages par APP D.E.* à DOMICLE.
« Je te prescris les séances à domicile, ça me parait beaucoup plus facile. »
Le soleil se couche voluptueusement dans les tourbillons d’air chaud qu’il a lui-même engendrés au-dessus du lac. Un homme déchausse ses pédales et pose un pied à terre pour répondre à un appel de son portable. Il crie d’emblée très fort et je ne peux que l’entendre :
« Allo, et ben, alors… Je t’attends. Comment ça…. t‘es malade ! A bien… je comprends, qu’est-ce que tu as ? L’épaule ne va pas ! Depuis quand ? Trois semaines ! Mais qu’as-tu fait ? Rien ! Que dit ton médecin ? Rien, il dit d’attendre, ça ne m’étonne pas il n’y connait rien, je le connais il fait semblant de savoir, il faut que tu vois un médecin spécialiste. C’est une tendinite ! Ça ne m’étonne pas, c’est sûr une tendinite de la coiffe, oui c’est ça ! Aie aie aie, il te faut voir un spécialiste, oui mais un qui coupe… oui un vrai, il y en a dans les grandes villes, oui un qui coupe, qui ouvre quoi. »
C’est sûr, à l’autre bout de l’onde, son ami n’a pas beaucoup ce chose à dire, mais il a pâli certainement.
« T’as fait des radios ? Ola la, mais il faut la faire, sinon on ne voit rien, demande à ton médecin mais il ne voudra peut être pas, il faut une radio pour voir les tendons ! Insiste… la coiffe ça peut être important. Et en plus, c’est peut être une algooo…algodystrophie voilà c’est ça. Et une algo ça dure longtemps, c’est une M… Qu’est-ce que c’est une algodystrophie ? Et bien …une algo… c’est … une … nécro…, oui une nécrose* des tendons de la coiffe. Et alors làaa. »
Son ami n’est plus pâle, mais cramoisi.
« Oui, pour moi, je te le répète, vois vite un spé qui coupe, y a que ça à faire. Oui, à la revoyure, tu me diras la suite. Ne t’inquiète surtout pas, ce n’est pas grave… allez… ciao ciao. »
Son ami est certainement en croix, étalé par terre.
Il aboute ses cale-pieds,’’ s’en-selle ‘’en sifflotant et disparait, manifestement heureux de sa téléconsultation positive.
Moi, je pense tout haut, comme lui : « C’est pas sûr qu’on se revoit. Te fais pasde la bile, je suivrai ta nécro … logie. »
Manon est « tout juste » smicarde. En couple, elle trime dur pour élever ses deux enfants en bas âge. Son ami ne fait pas beaucoup mieux mais bosse sérieux. Ils possèdent une voiture décrépie qui leur coûte cher, vu les réparations fréquentes sur ce moteur usé. Les fins de mois s’arrêtent au vingtième jour en pratique et Manon, déjà en embonpoint me certifie que les jours restants, elle n’ingurgite que des pommes de terre pour garder le peu d’argent qui reste pour nourrir ses enfants et s’octroyer parfois une petite, très petite gâterie en passant. Elle ne se plaint jamais, j’ai dû lui extorquer ce petit secret qu’elle cache pudiquement. Elle ne veut pas demander d’aides à quiconque. Son estomac, lui, manifeste parfois son insatisfaction par de brulures et quelques épisodes de ‘’blues’’ perforent sa carapace enjouée. Son compagnon travaille non loin de la résidence et se rend au boulot à pied. Manon doit parcourir avec sa guimbarde une quinzaine de kilomètres pour rejoindre son usine ‘’horodatée’’ à la minute près.
Ce matin-là, après le réveil en fanfare habituel pour elle mais certainement pas motivant pour les enfants, elle prend du retard. Elle doit abandonner la dernière corvée des cartables des garnements à son conjoint et démarre aussi vite que possible pour ne pas rater l’horrible horodateur. Elle en oublie même le radar interposé en travers de son trajet depuis quelques années. Hélas, aujourd’hui ou tout commence mal, il n’est pas encapuchonné de l’habituel sac de poubelle noir qui autorise quelques incartades au règlement. Elle prend conscience soudain, donne un grand coup de frein dangereux et tardif, et voit instantanément un chèque de 135 euros qui s’envole et la désole. Soit 10 % DE SON SALAIRE MENSUEL… ou 10 % du prix de son tacot.
Martin, lui, est un industrio-commercial ‘’arrivé’’. Il porte un costard aux plis sérieux, un feutre fauve remplaçant sa chevelure détruite par les soucis sous-jacents, et chausse ce matin-là sa dernière voiture flambant neuve. C’est un coupé BMW à la couleur irisée et au fort tempérament. Cette auto serait capable d’aller, seule, sur ordre vocal, à son lieu de travail où elle n’aurait aucune difficulté pour se garer elle-même dans son espace privé. Mais ce matin, Martin veut jouir de sa possession à 150000 € et prend toutes les commandes. Il sent là sous ses doigts la volupté tactile du cuir de sa jument fugueuse, s’enivre les yeux des reflets enjôleurs de la ronce de noyer du tableau de bord et oublie le radar dont il ne connaissait que peu l’existence. Il ne ralentit pas et n’a même pas conscience qu’il pourrait y avoir un quelconque obstacle à son pouvoir. Aucune pensée à un autre que lui-même ; Un enfant par exemple qui déboulerait à la poursuite de son chien, que son esprit embrumé ne lui permettrait pas de prévoir. Mais peu importe, égalité égale égalité : 135 minuscules euros. Soit 0.005 % DE SON SALAIRE…. Ou 0.0009% du prix de sa voiture. Aucun soucis et il arrive à l ‘heure à son travail où pas le moindre horodateur ne l’attend.
Cogitez, cogitez braves gens :
L’égalité DOIT-t-elle procéder de la valeur réelle ou relative des choses ?
Je vous laisse 48 heures puis écrivez-moi. Vous ne serez pas noté.
« Ulala! Dottore! Vieni a lavorare in questo stato?
—Ahimè, sì, sono esausto.
—Stai male?
—No, non ho dormito, molto rumore nella stanza accanto la scorsa notte.
—Ah!
—Una donna « molto calda » per tutta la notte.
—Hum!
—Fava anche molto caldo, aveva lasciato le finestre aperte
—Come lo sai ?
—Ho sentito una leggera corrente
—Una corrente d’aria!
—La porta comunicante era aperta.
—Oh, capisco !
— ??
—Hai sognato… Sei stato vittima della « Sindrome di Ulisse ».
—Come?
—So come aggiustarlo… la prossima volta, quando torni nella tua stanza d’albergo, chiudi tutte le porte a chiave….
E li butti via. »
Merci a celui ou celle qui me donnera une correction de mon italien rudimentaire .
NB : ‘’Scherzo’’ in ricordo del meraviglioso soggiorno all’hotel Sirenetta (2019) sull’isola di Stromboli. Grazie per il libro di tuo padre che mi hai regalato, che è straordinario.
La femme en pleurs qui est devant moi, est recouverte d’ecchymoses multiples, sur les bras, les cuisses, le thorax de couleurs différentes témoignant de leurs distributions dans le temps. Les bleus fraichement constitués vont se dégrader progressivement en virant au vert, au jaune et brun en quelques jours. On dit que cette évolution des couleurs suit celle du stade de la biligénie locale(bleu-violet, vert-jaune puis brun). Plus grave encore, le dos de sa main dessine une courbe peu orthodoxe signe de fracture sous-jacente. Je redoute et elle me confirme la violence de son mari qui est bien l’auteur de ce feu d’artifice. Je fais part de mon étonnement et me permets de dire :
« Pourquoi restez-vous avec cet homme dangereux ? Il y a des moyens pour vous en éloigner.
– Il n’est violent que lorsqu’il est saoul, le reste du temps il est charmant et je l’aime. »
Ce dernier argument a clos la discussion et nous avons traité banalement les conséquences. Je l’ai vue à plusieurs reprises par la suite dans cet état journellement renouvelé.
Est venu un jour ou elle se re-présente à moi les yeux rouges, la douleur creusant tous ses traits, le visage blême. Je ne sais que dire…c’est elle qui commence :
« Voici quelques jours, un matin, j’ai retrouvé mon mari mort auprès de moi. »
Je n’ai pu retenir ma langue qui était contenue depuis des années :
« Ça peut aussi représenter une certaine libération pour vous ! »
-Ne dites pas ça, je l’aimais ! »
Quelques mois plus tard, elle revient avec le même ‘’look’’ qu’au début, dans tous les stades de la biligénie locale, comme une mosaïque ancienne.
« Mon Dieu, mais votre mari aurait-il ressuscité ?
– J’ai retrouvé un autre copain, et je l’aime. »
Cette HISTOIRE s’est passée bien avant les récents problèmes de femmes battues, de contexte « me too » et surtout avant la dernière loi portant sur la dérogation au secret médical qui donne obligation au médecin qui reçoit une femme battue de dénoncer ce fait à la justice. …Loi n°2020-936 du 30/07/2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales…
Le texte autorise un médecin – ou tout autre professionnel de santé – à déroger au secret professionnel à deux conditions : s’il « estime en conscience » que les violences constatées sur son ou sa patient(e) constituent un « danger vital imminent » et s’il juge qu’il y a situation d’emprise.
Le praticien pourra alors signaler les faits au Procureur. Cependant, sur cette question, l’ordre des médecins a été entendu : »il n’y aura aucune obligation. En outre, le praticien devra, à chaque fois, « s’efforcer d’obtenir l’accord de la victime ». S’il n’y parvient pas, il devra alors « l’informer » du signalement fait au procureur. !!!! (sic)
Cette loi pose tout de même un problème :
Si la femme blessée physiquement ou moralement exprime la moindre pensée de violence en provenance de son mari, le médecin doit quasiment dénoncer le fait au Procureur de la République quelle que soit l’importance du traumatisme.
Dans le cas relaté, cela va à l’encontre du souhait de la femme et peut être de son intérêt. La femme doit être au courant de cette nouvelle disposition législative et faire très attention à ce qu’elle va divulguer à son médecin. C‘est à l’opposé d’une médecine classique et du serment d’Hippocrate. La relation de confiance est cassée entre le thérapeute et le patient. Des mauvaises interprétations des pathologies pourraient engendrer des anomalies thérapeutiques de ce fait.
L’exercice s’en trouve compliqué.
Laissez un commentaire sur cette histoire et votre sentiment intime.
En bon pharmacien consciencieux qu’il est, il tourne et retourne l’ordonnance qu’il tient dans la main d’un air perplexe. Devant le comptoir, la cliente qui vient de la lui tendre sourit légèrement, certainement amusée par la confusion à peine voilée de l’apothicaire. Il doit réagir, c’est primordial et ne pas perdre la face. Il s’avance à tâtons vers la patiente, les yeux rivés sur le papier, en lui disant : « Je ne connais pas ce médicament. Il doit être probablement tout nouveau, nous ne l’avons pas encore reçu, je vais donc chercher, veuillez m’attendre un instant s’il vous plait. » Il s’éloigne dans l’arrière-boutique en se répétant le message et en relisant la prescription au cas ou une illumination soudaine l’orienterait : -Achat d’un « crumet » à utiliser pendant la nuit-. Pendant ce temps, la cliente parfaitement au courant de la prescription attend sans broncher. Le pharmacien revient l’air déconfit pour avouer son impuissance à lui délivrer le nouveau produit : j’ai cherché sur tous mes livres, le Vidal, les catalogues des divers fournisseurs, les publications récentes… rien. Le médecin doit avoir fait une erreur, permettez-moi de lui téléphoner. C’est ce moment-là que la personne choisit pour vendre la mèche.
Le « crumet* », en Gascogne, n’est autre qu’une vannerie, en osier bien sûr, mais aussi en grillage plus récemment, dont la forme rappelle un grand panier renversé, sans anse, utilisé pour protéger, maintenir et isoler une « poule glousse » (entendez poule ayant eu des poussins récemment) à l’abri des dangers environnants. Il permettait aussi aux jeunes poussins de s’éveiller en s’éloignant de leur mère puisqu’ils étaient capables de passer entre les mailles du « crumet ». Nous ferions bien dans notre monde hyper protecteur de revenir à cet engin ancestral pour l’éducation de nos progénitures. Les nombreuses « mères poules » pourraient plus facilement lâcher du lest à leurs enfants « sur couvés ». A contrario, lorsque l’enfant de nos contrées devient un peu trop émancipé, il s’entend dire par sa grand-mère : « Te bao bouta debas un crumet. » Je vais te mettre sous un…
Cependant ce terme de « crumet » m’avait été soufflé par une vieille personne qui souffrait de troubles graves de la circulation des membres inférieurs. La pression seule des draps sur sa peau lui procurait une douleur intolérable. Je lui proposai donc de mettre un arceau pour l’en protéger. Elle s’esclaffa de rire malgré son état déplorable et trouva la solution géniale. Elle lui rappelait le bon vieux temps des poules glousses et des poussins dans la cour de la ferme. Devant sa réaction surprenante, j’en avais profité pour lui proposer de faire une blague au pharmacien. Elle trouva l’idée excellente.
Sa fille l’aurait bien faite rire lors de son retour de la pharmacie.
Voici un homme futé, maître chercheur mais pas trouveur. Il lui vint une idée ingénieuse, mais il fallait l’authentifier en bon scientifique qu’il se disait être. Comme notre agriculteur précédent, le gavage des oies, d’un bon profit, le tentait sérieusement. Notre explorateur ne se contenterait pas seulement d’enfourner avec un entonnoir, le maïs, voire les figues comme autrefois, dans le gosier des oies pour les forcer à s’engraisser. Non, soyons scientifique. Il vint donc me consulter pour ses oies.
« Je crois savoir, dit-il, qu’il existe un médicament utilisé chez l’homme pour le protéger des cirrhoses. Le foie gras est bien une cirrhose me demanda-t-il ?
_Oui et non, dis-je. C’est plutôt une stéatose qui correspondrait le mieux à la pathologie de l’homme, soit effectivement un engraissement du foie.
_Il existe une drogue pour bloquer cette évolution, n’est-ce pas ?
_Oui et non, répondis-je, sur mes gardes.
_Voici mon plan. Je vais prendre dix oies prêtes à être gavées. Cinq seront traitées à l’ancienne mais les cinq autres, je vais protéger leurs foies par le médicament en cause et au bout de la durée de gavage idoine, j’arrête le traitement. Quelques jours plus tard, le foie non protégé augmente de volume rapidement et j’obtiens ainsi de bons gros foies rémunérateurs. »
Effectivement, cela ressemblait à une étude sérieuse avec témoin. Je donnai ma bénédiction au projet, et que la Sécurité Sociale m’absolve, il eut même l’étude remboursée.
Adieu oies, foies, science et profit. Il obtint des foies gros comme des noisettes m’avoua-t-il. Cependant, l’étude ne fut pas vaine puisqu’elle me permit de croire encore plus fort à l’effet de ce médicament.
C’est un homme jeune, paysan rude et travailleur qui se présente la mine déconfite. C’est d’ailleurs ainsi que finissent tous les canards qu’il élève en nombre dans sa ferme. Il est producteur de confits et foies gras de canard. Mais qu’elle est la cause de son lamentable état physique et psychique ? Mange-t-il trop ? Je ne pense pas, son bilan biologique est toujours normal et sa ligne filiforme musclée n’a pas bougé. Boit-il trop ? Je ne le pense pas non plus, l’interrogatoire, banal, ne le laisse pas présager. Travaille-t-il trop ? Il m’affirme que non. Ne dort-il pas assez ? Oui, voilà la cause. Mais pour quelle raison ? Il est harcelé par un renard. Il est menacé dans son intégrité, toutes les nuits, par un renard goguenard.
Pour élever ses canards et perpétuer son commerce, il a fabriqué un enclos de ses mains, devant sa maison, hermétique à tout intrus, bien à portée du regard depuis les fenêtres de sa maison. Un véritable fort de Vauban pour canards gras. Il juge qu’il est imprenable, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer. Hélas, il a rencontré le diable. Tous les soirs, il manque à l’appel du paradis des palmipèdes, trois ou quatre beaux spécimens. Le danger viendrait-il du ciel comme ce prisonnier prenant le large par hélicoptère que décrit le journal du matin. Une buse, un faucon, un aigle, un ptérodactyle retardataire…Il a eu beau scruter le ciel, pas de P.L.A dans les airs. (P.L.A plus légers que l’air). Il a fallu se rendre à l’évidence, les fortifications sont poreuses. Le danger vient d’en bas donc des fondations mêmes de l’enclos. C’est ainsi que notre chercheur passe plusieurs nuits à la fenêtre de sa chambre à épier l’éventuel prédateur. Les faits répréhensibles ne se font pas attendre. Il a pu admirer tout son soûl le fin stratagème du canidé à queue velue qui, une fois dans l’enclos, terrorise ses futures victimes en tournant autour d’elles pour les regrouper et choisir dans le lot la plus appétissante pour un goupil. La preuve est faite et un « périmètrage » soigneux a permis de mettre la main sur une maille qui avait sauté. Un point à l’endroit, un point à l’envers et l’ouvrage est réparé. Le lendemain cependant, le paradis continue à se dégarnir. Le paysan intensifie sa surveillance. Une rangée de spots à rendre envieux un bon nombre de politiciens mal-aimés, sont installés pour prendre en flagrant délit de show carnassier, la vedette de ses nuits blanches. Pas vu, pas pris. Et trois de moins. On re-périmètre le paradis des anatidés, virant plutôt à présent sur l’enfer, pour savoir où passent les âmes trépassées. Un tunnel est découvert sous le grillage du corral. Qu’à cela ne tienne, on bétonne dur la circonférence tout en amplifiant encore la vigilance. Le Père paysan éternel décide non seulement d’arrêter l’hécatombe dans son domaine, mais aussi de donner une leçon magistrale au voleur récidiviste. Il prépare les arènes du jugement dernier. A la lumière des myriades de projecteurs, il passera la nuit sur sa chaise placée à un poste avancé, avec deux cartouches dans le fusil. Il ne manque plus que la musique d’Enio Morricone. La nuit a été longue mais le scélérat ne se présente pas. Le Joss Randall lomagnol rengaine son fusil mais ne peut plus se rendormir et arrive épuisé au cabinet.
« Il m’a dévoré plus de cent volatiles, me dit-il, c’est incroyable comme cet animal est malléable, mobile, futé et toujours affamé. Je l’ai vu se déformer comme un boudin, se tordre comme une vrille pour parvenir à ses fins. » Il est insaisissable et court encore.
Les sangliers, hélas, pullulent dans notre région gasconne. Nombreux sont les accidents, parfois mortels, qui sont à déplorer du fait du nombre toujours croissant de ces animaux. Ce n’est pas par manque de battues organisées par les chasseurs officiels. Ils reviennent souvent bredouilles. Les fourrés épais des bois alentours sont une cachette imprenable et les chiens téméraires n’en reviennent pas toujours.
C’était justement entre chien et loup, plus en adéquation, entre « porc et sanglier », qu’aux détours d’un chemin blanc, dans un virage en épingle, sous les futaies de chênes centenaires que j’eus à bloquer les roues de ma voiture rouge à quelques mètres d’une « horde » de ces animaux dangereux. Ils ne manifestèrent même pas, pour moi, un soupçon du moindre dérangement. Ils continuèrent à glaner les faines et les glands dans un tumultueux brouhaha de discussions « en sanglier ». J’ai eu le temps de les compter et plus le nombre montait et plus je ressentais une certaine inquiétude, circonscrit, mais à l’abri dans ma boite de fer.
Cette impression, je l’avais déjà ressentie en pleine savane kényane, à l’orée d’un petit bosquet d’arbres chétifs lors d’un safari à la recherche des grands éléphants africains. Nous étions là tombés sur un groupe assez conséquent mené par un mâle autoritaire. C’est grâce à la perspicacité et la connaissance intime du terrain et de la faune locale que notre guide nous tira d’un bourbier dangereux. L’immense pachyderme commença à déployer des oreilles concurrentes des antennes de la station orbitale, de balancer sa longue trompe flexible comme un fléau d’armes, et de patiner sur ses grosses pattes boudinées prêtes à piquer un cent mètres de formule un. Le pauvre Volkswagen n’en crut pas son double V quand il dut vivement réagir à la forte pression de sa pédale d’accélérateur. Le terrain savanien était meuble et l’avantage tournait plus en faveur ‘’des faux plantigrades’’ que ‘’des véhicules roulants’’. Nous nous en sortîmes grâce à la mansuétude de notre poursuivant qui prit conscience du bien piètre adversaire qu’il chassait et abandonna les poursuites.
Ils étaient quinze, tous de même taille, d’un camaïeu de marron se fondant dans la nuit tombante, tassés les uns contre les autres. Ils m’empêchaient de me rendre chez le patient qui m’attendait peut être en maugréant, convaincu du bon moment de détente que je consommais à ses dépens. Tout à coup, au signal probable du plus vieux aux longs grès et défenses acérées, le groupe s’estompa en un clin d’œil dans les sous-bois sombres. Je fus « sauvé ».
CECER est le jeu du 3ème confinement. (Prononcez tchetcheur, on va tchetcher)
Toutes les personnes présentes au début de la partie peuvent intervenir. Certains jouent.
En fonction des thèmes choisis, au début, les enfants peuvent participer.
Il n’y a pas de limite du nombre de joueurs, (sauf pendant le confinement, nombre à respecter !)
Tous les participants portent le masque.
Chaque joueur joue pour lui-même.
Le thème de départ doit être énoncé, suivi et respecté(humour, nature, noirceur, émotion, sexe, érotisme, polar, vie ordinaire, fiction, fantastique, intellectuel, historique, philosophique, enfantin, science, sport etc ………)
But du jeu : Construire une histoire en respectant le thème choisi.
Chaque joueur numéroté (dans l’ordre montant 1, 2, 3, 4, 5,6…) déclametrois petites phrases simples (au moins constituées d’un sujet+ verbe et +- complément) qui débutent une histoire probable, complétée de la même façon par les joueurs suivants.
Chaque phrase correcte fait gagner deux points CECER. Le joueur PEUT AJOUTER UNE QUATRIEME PHRASE mais retranche un point CECER, dans le but par exemple de perturber le joueur suivant.
Les joueurs suivants continuent l’histoire.
Si un joueur sort du thème, il perd dix points CECER, le joueur suivant gagne dix points CECER s’il revient dans le thème initial.
A n’importe quel moment de la partie, une seule personne à la fois, non joueuse mais présente depuis le début peut intervenir deux fois au cours de la partie. Elle a le choix: POSITIF ou NEGATIF
° Si la première fois son intervention est positive. Ex : je suis d’accord, je veux que vous continuiez l’histoire dans ce sens, ….. Elle donne cinq points CECER au joueur. Si son intervention est négative, elle fait perdre deux points CECER au joueur.
°la deuxième fois, l’intervention extérieure ne peut être que de valeur inverse de la première fois. Ex : Si le choix intervention positive a été antérieurement consommé, la deuxième intervention sera négative et unique.
Une seule fois, au cours du récit, un joueur peut reprendre la dernière phrase prononcéeet en inverse le contenu ou le sens et gagne douze points CECER et passe son tour. Chaque joueur peut une seule fois en faire de même.
Le joueur J+1 (celui qui vient après) peut gagner deux point CECER en posant une question de trois mots maximum au joueur en cours (j) qui lui-même ajoute un point CECER à la fin de son intervention (possible qu’une fois)
Lorsque tous les joueurs ont parlé une fois, on refait un tour dans le même ordre mais cette fois-ci, si un joueur estime avoir trouvé une chute intéressante à l’histoire, il peut l’interrompre, il déclame sa chute et gagne dix points CECER. Sinon la partie continue, Mais
Un intervenant extérieur peut positiver en disant OK /OUI si son statut le permet, ou négativer par NON si c’est la seule solution qui lui reste.
Un OUI/OK rapporte cinq points CECER au joueur qui termine l’histoire
Un NON lui enlève dix points CECER. Et passe son tour. Et on continue l’histoire.
A la fin de l’histoire, la chute est mise en vente :
les joueurs peuvent acheter en positif ou en négatif dans la limite de dix points (donc entre -10 et +10 points CECER)
L’histoire est intéressante : +10, bien +5 pour le conteur et + 5 pour l’acheteur
L’histoire est inintéressante : -10, mauvaise -5 pour le conteur et – 2 pour l’acheteur.
Celui qui a le plus de points CECER
Est le gagnant de la partie , ou de la manche.
Plusieurs manches sont programmables au début de la partie
Ce jeu GRATUIT, et sans ‘’droit d’auteur’’ (tant pis pour moi) peut aussi être joué en ligne. Merci de me donner votre avis COMME COMPENSATION.
Les souvenirs d’étudiant sont plus souvent des bulles nauséabondes venant crever à la surface d’une eau tranquille que l’éclosion de subtils gaz odoriférants.
Mon premier stage de médecine se déroule dans le service réputé du professeur de séméiologie médicale. Ses connaissances sont infinies, moi, je ne sais rien. D’ailleurs, avec le recul, je m’aperçois maintenant qu’il jouait merveilleusement de sa position pour époustoufler ses étudiants.
Le très célèbre mandarin faisait la visite matinale de ses malades hospitalisés environné d’une myriade de jeunes étudiants auxquels se joignaient des apprenties infirmières. Il mettait en pratique, à cette occasion, les éléments des cours qu’il distillait dans la semaine au cœur des amphithéâtres. Nous en étions au chapitre de la psychosomatique et justement au chevet d’une malade bien venue. Elle avait passé la cinquantaine et se plaignait, pensez donc, de la pommette gauche. Elle pleurait d’une douleur intense et insoutenable. Tous les examens habituels de l’époque étaient faits. Ils revinrent négatifs. Le scanner n’existait pas en 1974. Il dit d’un ton magistral et professoral à faire taire toute douleur suspecte alentour, en se tournant vers l’infirmière : « Faites lui, tous les jours, une injection intra-musculaire de AQUA SIMPLEX*. » De l’eau pure si possible.
Dans le couloir, il nous explique que nous tenons là un bon exemple qui illustre le cours de psychosomatique et que tout n’est que ‘’comédie’’.
Effectivement, le traitement aqueux fit merveille et la malade ne se plaignit plus durant les trois jours qui suivirent.
La visite suivante fut consacrée à l’encensement de ce bon résultat vite atteint. Nous nous dîmes tous que, décidément, jamais nous n’arriverons à sa hauteur, jamais nous n’atteindrons le rang de bon médecin, que jamais nous ne saurons déjouer les pièges obscurs de la nature, démêler les arcanes subtils de la maladie, désembrouiller les profonds enchevêtrements de l’âme et du soma etc.
L’infirmière lui tendit alors le dernier compte rendu d’un examen qui avait tardé à revenir : La scintigraphie montrait une métastase osseuse d’un cancer du sein évolutif. La malade mourut dans les mois qui suivirent !
Je ne l’ai pas vu arriver, juste une ombre fugace dans mon coin d’œil droit, au dernier moment. Il était suicidaire. J’entends un grand choc sous la voiture. Je m’arrête, enclenche la marche arrière. Le feu de recul éclaire un gros lièvre gisant sur le bitume. Je n’ai pas le temps d’aller le cueillir. Je reprends la route rapidement, mais déjà des effluves de civet montent le long du levier de vitesse et viennent taquiner mes cellules sensorielles. Est-ce une perspiration de son impact sur le châssis de la voiture ou une hallucination olfactive à cette heure tardive ? Le froid et le stress se joueraient-ils de moi ?
Le diagnostic est bon. Une femme bleue m’attend assise à califourchon sur une chaise. Deux secondes ont suffi pour authentifier le diagnostic téléphonique. Je prépare l’injection habituelle de diurétique que j’injecte précautionneusement dans une veine du pli du coude et attends son effet. Celui-ci ne se fait pas attendre bien longtemps, moi qui pense au lièvre qui m’attend sagement au milieu de la route. La nuit noire, le froid, l’heure avancée mettent toutes les chances de mon côté pour le retrouver à l’endroit où je l’ai abandonné. Mais dans quel état ?
Le statut pulmonaire et cardiaque de la patiente, lui, s’améliore vite. Un bon signe : elle demande d’aller aux toilettes. La partie est gagnée, l’œdème évaporé, la guérison acquise et à moi le beau lièvre !
Trois quarts d’heure se sont écoulés au moins, je roule dans cette voiture imbibée d’émanations culinaires, l’ail frit de Beaumont, l’Armagnac du Gers tout proche, le Madiran de nos contrées vallonnées, l’échalote, le thym, le laurier…je roule vers mon plat principal. Je suis sur zone, les odeurs s’amplifient, la bête est-elle encore là ? Une ombre sombre perce le ruban gris de la route. Je le tiens. Je cherche un sac, une bourse qui aurait pu s’égarer sous le siège de la voiture pour l’y enfourner sans effusion de sang. Fichtre non, la pauvre bête était déjà bien congelée, il faisait moins quinze degrés centigrades dehors cette nuit-là.
Elle apparait par un beau matin de printemps. Elle est jeune, tout au plus dix sept ans. Je suis jeune médecin, un vieux de trente ans. Elle semble sûre et sereine. Elle me lance d’emblée :
« Je ne suis pas comme les autres femmes, il faut m’examiner. » Je ne dis rien. Sans attendre la moindre réponse, elle se déshabille et se présente entièrement nue. A première vue, elle apparait bien faite. Tous les ingrédients sont en bonnes proportions. Je lui propose de s’allonger et de l’examiner. J’examine minutieusement chaque centimètre de peau et de muqueuse. Je lui demande si elle est vierge. Positive, sa réponse m’oblige à arrêter là mon examen, et je dis : « Je ne vois rien qui vous différencie des autres femmes examinées jusqu’à ce jour. » Je ne dis rien d’autre.
Elle se rhabille, semble satisfaite, paie sa consultation et disparait.
Quelques mois plus tard, elle revient me voir, un matin froid d’hiver. « Je viens vous remercier INFINIMENT pour ce que vous avez fait pour moi » dit-elle. Dans le même temps elle écarte largement les pans de son pardessus pour laisser apparaitre un généreux ventre rond. J’esquisse un léger sourire. Elle referme son manteau et disparait à jamais.
Tous les étudiants en médecine ont un jour ou l’autre été « aide opératoire » en compagnie d’un chirurgien et de son équipe. Ce jour-là, il s’agissait de faire une intervention à cœur ouvert avec une circulation extracorporelle. Il s’agissait d’isoler le cœur par rapport au sang qui y arrive et au sang qui en repart. Le professeur effecteur était le plus réputé de la région toulousaine et au-delà, dans cette discipline encore balbutiante, au début des années 1970.
C’était en tout cas la première fois pour moi. Tout se déroulait normalement, les diverses artères avaient été sectionnées et aboutées à des tuyaux en plastique qui conduisaient le sang vers une machine susceptible de le ré-oxygéner et le renvoyer ensuite dans la circulation générale en court-circuitant le cœur. Le cœur, lui, avait été quasiment arrêté afin d’y travailler dessus sans être gêné par les contractions.
Tout à coup, les lumières de la salle, le scialytique s’éteignirent et le silence s’abattit sur les lieux. Deux secondes d’une éternité s’étaient écoulées quand on entendit un cri profond : « Electricité, nom du Dieu ! »
Ah ! La destinée, que voulez-vous faire contre la destinée ? L’électricité ne revint pas.
Pour la première fois à Purpan, pour la première fois en France et la dernière on espère, les DEUX, je dis bien, les deux systèmes autonomes de secours avaient manifestement refusé de démarrer lors de la panne EDF. Pratiquement impossible ! J’étais resté pétrifié avec mon écarteur à la main. Le chirurgien, fou de rage, lança le scalpel contre le mur de la salle d’opération et quitta la pièce comme possédé par le démon. Les infirmières ‘’statufiées’’ aussi se regardèrent, désemparées, s’interrogeant du regard sur ce qu’il fallait faire maintenant. Je repris peu à peu mes esprits, sortis de la salle en chancelant effrayé par mon stage débutant en chirurgie cardiovasculaire.
Je pense très souvent à ce drame qui a marqué mon entrée dans le monde de la chirurgie. Son évocation mentale au moment de donner des conseils aux patients qui nécessitent le recours au bistouri vient polluer ma sérénité intellectuelle. Il me faut sans cesse contraindre mon cerveau à passer outre, le forcer à tenir compte des statistiques, somme toute, optimistes quant au danger d’une intervention. Je n’ose imaginer l’attitude du chirurgien venant annoncer le décès du patient à sa famille, pour une cause aussi effarante et leur expliquer l’impossible. Ont-ils pu le croire, sans arrière-pensée? Comment ont-ils réagi ? Pouvons-nous seulement le concevoir ?
Depuis vingt ans, il prend de la ‘’Mépro’’ pour dormir. Il affirme tout de même ne pas être drogué. Il confirme qu’il pourrait s’il le voulait arrêter net. « Mais dans combien de temps ? Toute la question est là, lui dis-je ». J’insiste, je le culpabilise.
Ce soir…ce soir c’est le bon. Il décide quoi qu’il arrive, qu’il ne prendra pas sa drogue. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.
Il se couche ainsi sans rien prendre, il tourne, virevolte, écrase son coussin qui lui sert d’oreiller, à droite, à gauche. A minuit, il s’obstine, croit voir des lucioles sur les murs et commence à les compter, pas d’effet. Quelqu’un lui a dit de se boucher les yeux avec les mains, pas d’effet. Un autre, de mettre cette fois-ci l’oreiller sur la tête, peine perdue. La nuit se raccourcit. Son plafond lumineux affiche une heure trente, c’en est trop. Sans allumer la lumière, il prend à tâtons le comprimé qu’il avait tout de même pris soin de déposer sur la table de nuit et l’avale »à sec » pour s’endormir presque instantanément.
De bon matin, il se réveille avec le sentiment d’avoir goûté à une excellente nuit de sommeil. Il s’étire, pousse un léger grognement, propulse son épaule droite vers l’avant, puis la gauche et du coin de l’œil aperçoit le comprimé toujours posé sur la table de chevet. Grosse déception… Il manque le bouton de chemise décousu qu’il avait posé là, la veille, dans l’après-midi.
Il décide de ne plus en découdre, il persistera désormais dans son addiction.
L’aller-et-retour obligé et incessant des ambulances du SAMU sur la même portion de voie asphaltée qui conduisait de l’entrée de l’hôpital au service des urgences avait engendré de nombreux nids de poules profonds et inévitables. Tous les jours les malades traumatisés se plaignaient au passage de ce tronçon. Les fortes vibrations amplifiaient les douleurs quelle que soit la vitesse adoptée. Le personnel des divers services ainsi que les malades avaient porté réclamation souhaitant des réparations rapides. Hélas les mois passaient et le défoncement de la chaussée empirait gravement. C’était devenu un dé à coudre. Il n’y avait pas d’autre issue, fallait endurer.
Un jour était venu qui nous conduisit sur la Place du Capitole à la rescousse d’un homme qui avait chuté en franchissant un trottoir. A notre examen clinique il s’agissait manifestement d’une difficile fracture du tibia. Elle nécessitait une hospitalisation urgente. Il eut droit à toutes les diligences possibles, une immobilisation quasi complète de son membre par une attelle gonflable adaptée ainsi qu’un transport amène. Cet homme bien habillé était d’une correction irréprochable. Tout au long de la traversée de Toulouse, mon collègue étudiant et moi parlions à bâtons rompus et apprîmes à l’arrivée à Purpan qu’il faisait partie du Conseil Municipal de la Ville. L’image du dé à coudre dut certainement jaillir concomitamment dans nos deux cerveaux. Celui de mon doublon passa immédiatement à l’action. Il balança sa tête au travers de l’hygiaphone (en fait un gros trou dans la vitre qui nous séparait de la cabine de pilotage) et murmura quelque chose à l’oreille de l’ambulancière. A l’entrée de la tôle ondulée elle accéléra le plus possible, un peu comme Yves Montand dans le ‘’salaire de la peur’’ mais avec l’idée inverse pour que ‘’ça explose ‘’. Malgré la bonne contention du membre dès le départ, notre brave Monsieur ne put retenir un cri de douleur. Il fut aussitôt pris en charge à son arrivée comme il va de soit pour tout un chacun.
Quelques jours après cet épisode peu glorieux, un gros camion dégoulinant de jus noir déversa son contenu sur la chaussée alors qu’un autre épaississait la sauce avec des gravillons. La rue se transforma en planche à repasser …. Et nous y repassâmes sans cesse, avec une pensée pour cet homme élégant et efficace.
Il est une historiette qu’on racontait fréquemment dans les services de gériatrie pour tenter d’apprécier le degré de démence et d’évaluer les qualités des fonctions supérieures de nos anciens.
La voici :
« La SNCF a remarqué que les plus graves de ses accidents se situent dans les derniers wagons. Elle décide donc de supprimer le dernier wagon de tous ses trains. Qu’en pensez-vous ? »
Ce matin-là, je faisais la visite en compagnie d’étudiants dans le service de Gériatrie de La Grave où j’avais une vacation, et j’en profitais pour raconter mon histoire à une résidente vieille et prostrée, à l’affût d’une réponse trop rapide et habituelle comme : -on supprime le dernier wagon-. Cette femme était restée impassible devant mon histoire saugrenue et mes étudiants de rester sur leur faim. Nous passâmes donc au patient suivant, dans la même chambre. Il s’écoula de longues minutes, puis une voix frêle venant de derrière moi : « Tu n’es pas con, mon petit ? »
La chambre était encore dans une pénombre profonde, j’émergeais juste d’une nuit pesante. Je me dirigeai vers les volets à repousser. Une table à roulettes reposait contre le mur. Le plateau s’inclinait fortement sur le coin jouxtant la fenêtre. Cette table n’était pas là à mon coucher. J’allais tourner la poignée de la crémone, l’autre main prenait instinctivement appui sur la table en glissant mes doigts sous une toile qui la recouvrait. Je touchai d’emblée un objet froid et mou, je glissai lentement ma main le long du corps glacé pour arriver sur un galbe velu que je reconnus. Tout en refermant la fenêtre et le corps tremblant, j’ôtai d’un retrait brutal le linceul. Le corps blanc et nu d’une femme gisait sans vie. Par réflexe professionnel je tâtai les deux pouls carotidiens aussi inexistants que les inguinaux et le battement de l’aorte abdominale. Pas de mouvement du thorax. Je soulevai sa main toute proche du bras placé le long du corps. Elle n’offrit aucune résistance bien que froide aussi, comme sortie du réfrigérateur. L’ambiance se glaçait maintenant. J’avais affaire semblait-il à un macchabée bien trop souple pour être sûrement mort. Que faire ? Si ce macchabée est bien un mort, il ne faut pas le toucher ou le bouger sous peine d’ennuis à venir très sérieux. Si ce macchabée est vivant, je ne peux pas le laisser mourir sans intervenir. Il ne fallait pas rester seul, comme je pensais l’être depuis la veille. Je donnai un rapide coup d’œil autour de moi : pas de présence suspecte et pas d’emballages vides de produits qui pourraient avoir été administrés expliquant ‘’une mort apparente’’. Je pris même cinq secondes pour tordre de toutes mes forces son sein mou afin de percevoir un petit signe de désaccord de ce corps désespérément inerte. C’était bien la seule fois de ma vie ou j’aurais aimé recevoir une gifle en retour. Je me retournai et pris mon téléphone portable en recharge là, sur la commode pour la nuit et donnai un dernier coup d’œil aux yeux vitreux de mon encombrante compagne. Je composai le 17 lorsqu’une voix étouffée me cria : « pas la peine de téléphoner ». Un jet de glace me transperça de haut en bas. Je me rapprochai du mort peut être vivant pour inspecter ses lèvres et même son abdomen de peur de passer à côté d’un ventriloque. Rien de très vivant chez ce mort douteux. J’avais basculé dans un monde inconnu, incongru et hurluberlu. J’en ai pourtant côtoyé beaucoup des morts dans ma vie, mais aucun aussi facétieux. L’humour noir ne m’ayant pas réconforté, je me laissai aller à recomposer le numéro ‘’urgence police’’. Je soulevais juste le doigt de la touche ‘’1’’ que la voix encore plus rude et même courroucée m’intima l’ordre de ne pas téléphoner. Le smartphone me glissa des doigts, mon corps évanescent s’effrita sur le carrelage glacé de la chambre.
Voilà, je me relève après un instant et j’en suis là.
Je ne sais pas comment continuer ni même arrêter cette aventure….
Qui peut m’aider ?
Voici ma version :
J’examine avec attention l’emplacement vacant de la table à roulette et trouve un bout de papier légèrement écorné. On pouvait lire : « Merci pour votre hébergement nocturne, je n’oublierai pas de vous dédommager. » c’était écrit en rouge sang d’une écriture rigide et saccadée. L’épisode n’était donc pas terminé. Ma tête n’en pouvait plus. Au lieu de m’apaiser, ce papier chamboulait encore plus le désordre de mon cerveau. Devais-je me réjouir de cette attention encourageante ou redouter une autre aventure morbide encore plus exaspérante. Comment cet horrible macchabé mobile pourrait me remercier ? Là, après une once de réflexion, mon cerveau fondit tous ses neurones.
Et si la récompense était prévue en nature ? Imaginez son retour dans les mêmes conditions. Je me réveille en pleine nuit noire. Je ressens un petit filet d’air frais qui s’écoule le long de ma colonne vertébrale. Je me retourne machinalement pour retrouver mon habituelle chaleur douce générée par ma couette en plume de canard lorsque ma main frôle de nouveau un galbe velu et froid que je reconnais et qui me fait bondir du lit. Mon Dieu, Macchabeth est revenue !
Pour l’hébergement forcé, je me contenterai, et de loin, d’un petit cadeau sous la forme d’un pécule, serait-il minime. J’accepterais même sans sourcilier un vulgaire SMS rapide et tout oublier ensuite.
La journée, mal commencée, devait se dérouler normalement. Il n’en fut rien. Je fus incapable le jour se consumant trop lentement, de sortir la moindre pensée constructive. Au travail, pas un seul bilan comptable ne trouva sa place dans mon mental. Je ne voyais que ce corps blanc et froid qui prenait de plus en plus d’importance. Je chassais son image qui me collait au corps et engluait mon être comme le fromage d’une raclette. Dans l’après-midi, je me surpris un peu plus décontracté. Je commençais à me sentir plus à l’aise avec l’idée du macchabée. J’aboutis à l’affubler d’un prénom circonstancié. Ce sera désormais Macchabelle. Je me sentis mieux. La nuit se rapprochait à grands pas et une angoisse inattendue m’enveloppa progressivement. Elle »s’acutisa » brutalement pour aboutir à un paroxysme explosif. Je m’éjectai d’un bond de mon fauteuil, courus à grandes enjambées sur le trottoir d’en face pour pénétrer à bout de souffle dans la première pharmacie du quartier : « une boite de Viagra s’il vous plait. »
J’attends votre version.
Merci de donner votre avis.
Définition : Nécrophilie : perversion sexuelle sur personne inconsciente endormie droguée ou feignant d’être morte.
Je viens de recevoir ma nouvelle Renault 9 toute neuve. Je l’ai commandée sans connaitre ni sa forme et ni sa couleur. Elle est blanche et placide, elle semble attendre une certaine tendresse de ma part…
13 Heures : Un bébé de cinq mois vient de mourir subitement dans une maison, à la campagne, aux confins du département, il faut s’y rendre en urgence. Ma belle n’a pas le temps de se refaire une beauté.
13 Heures 05 : Ma neuve voiture doit donner le meilleur d’elle-même. Elle est décidément tombée dans une drôle de famille. Pas un brin de répit. Elle file, elle a mal aux soupapes, elle sent une pression énorme là, sous le pied droit de son maître. Elle souffle, elle se bat à 140 kilomètres /heure sur des routes parfois douteuses. Elle n’en peut plus. Ses semelles chauffent… On arrive.
13 Heures 15 : L’enfant est vivant. Sa grand-mère a eu la présence d’esprit de le suspendre par les pieds, lui balancer une belle volée sur les fesses et de lui faire un semblant de bouche à bouche et le voilà reparti à la vie.
13 Heures 30 : Ma nouvelle compagne et moi sommes de retour. Je lui parle, m’excuse pour ma rudesse, la rassure. La pression est tombée. Nous avons fait connaissance sur les chapeaux de roues.
C’est ainsi que sont rodées les soupapes des voitures des médecins.
Saint Vincent, Saint Lazare, Sainte Anne…non, je ne fais pas appel à tous les Saints du Purgatoire pour vous conter mes anecdotes anciennes …Ce sont les noms des salles communes qui composaient le service de Long Séjour de gérontologie de l’hôpital de la Grave ou j’exerçais, d’abord en tant qu’interne, et par la suite comme médecin attaché.
La surveillante du service à cette époque était une religieuse de la Congrégation des Filles de la Charité qui menait bon train son équipe, malgré son âge déjà avancé. C’était une forte femme au caractère bien trempé qui est restée dans mon souvenir comme… une seconde maman pour toutes ces personnes âgées qu’elle menait toujours plus avant dans l’existence, avec conviction. La vie de sœur Bernadette était consacrée aux personnes âgées. Pas de notion de temps, de vacances, d’horaires, de fatigue, de récupération et encore moins de RTT. Elle était toujours présente et réconfortait quiconque avait une chute de moral ou un petit bobo. Moi, jeune coquelet incompétent probable à ses yeux experts, je tentais de naviguer au mieux avec mes toutes récentes connaissances médicales. Mais il ne fallait pas lui conter faribole, elle qui avait passé sa vie à côtoyer et accompagner ses frères et sœurs aînés. Chaque fois qu’un de ses hôtes avait décidé de quitter ce monde, le médecin se battait à coup de médicaments et elle, à notre insu, avec le sang du Seigneur. Je n’avais donc pas la partie facile. Le jour où je suis allé la voir un peu fier, convaincu du bénéfice qu’avait tiré mon patient de mon traitement, elle s’empressa de me rabattre le caquet en corrigeant mes propos :
« D’abord, je constate que presque tous vos patients meurent avec un bilan biologique parfait. Si ce malade va mieux, c’est parce que depuis quelques jours je lui donne trois fois par jour deux petits verres de Bourgogne, c’est habituel et toujours efficace. »
Avec le temps, je me demande si le secret de sa longévité n’était pas lié à cette thérapeutique divine qu’elle s’administrait elle-même, parfois à posologie exagérée. Saint Emilion, Saint Georges, Saint Estephe, perpétuez vos bienfaits « de-vins ».
Laissez un commentaire…..voici le mien avant le réveillon: A consommer avec modération.
A la fin des études médicales d’alors, le jeune médecin devait faire son « stage interné ». Non pas qu’il fût plus fou que les autres : il se retrouvait ainsi expédié dans un hôpital périphérique, satellite de son centre universitaire et donc, de son port d’attache. Mais du fait d’un bon classement général pendant mes études, j’avais eu l’opportunité de rester attaché aux hôpitaux universitaires pour effectuer mon stage de fin d’études avec le statut de « faisant fonction d’interne ».
C’est dans le Centre anticancéreux de la Grave que je dus fourbir mes armes de médecin pendant un semestre entier. Un stage riche, exténuant, parfois abominable, comme lors de cette nuit de garde gravée dans ma mémoire à jamais. Le seul traitement que je pus alors administrer à cet enfant de 10 ans fût de la serrer dans mes bras toute la nuit, pour attendre sa mort au petit matin. Les infirmières qui acceptaient de s’investir dans ces services étaient des anges féminins tombés du ciel pour venir prendre soin d’autres petits angelots aux ailes brisées. Souvent, ils réintégraient trop vite leur paradis déjà perdu. Comment la Nature avait-elle choisi de peaufiner, pendant des millénaires durant, son plus élaboré élément sous la forme de l’Homme conscient de son existence, et de ne pas avoir prévu la protection de son enfant? On ne pouvait blâmer ces femmes adorables et dévouées qui jetaient l’éponge après quelques mois de calvaire passés à contrecarrer avec tous leurs muscles et un mental infaillible, dans ces lieux sordides et nécessaires, ce que la Nature avait de plus ignoble à nous présenter. Ce poids était trop lourd. C’est un continuum de louanges que je leur adresse ; à Elles, ces inconnues et oubliées dans leurs « services de l’Espoir et de la Passion. »
Après trois jours d’examens, d’interrogatoires, de discussions et de bavardages à bâtons rompus, j’avais fait plus ample connaissance avec cette nouvelle malade qui venait d’intégrer l’infernal circuit du CCR (Centre Claudius Regaud anticancéreux). C’était une femme dynamique, très vive d’esprit, d’une tonicité explosive avec laquelle un certain lien de complicité s’était noué. Je pensais avoir mis le doigt, au fil de nos conversations, sur le problème grave qui l’avait conduite dans ce service, et qu’elle l’avait intégré et complètement fait sien. En langage clair, qu’elle était précisément là pour le traitement de son cancer du sein.
Aucun des patients de cet hôpital ne pouvait ignorer la raison de leur présence ici. Le centre – qui portait déjà le nom de Claudius Regaud – comprenait un grand pavillon de briques roses, parmi les nombreux autres qui composaient l’hôpital de la Grave, sur les bords de la Garonne. C’était l’époque aussi où nous commencions à parler plus ouvertement de la maladie avec les patients, et même si le diagnostic n’était pas si crûment annoncé que de nos jours, les périphrases significatives, les allusions à peine voilées, ne pouvaient laisser planer l’ombre d’un doute sur la maladie. Mais le malade entendait sans écouter, ou écoutait sans ‘’vouloir’’ comprendre.
Je retrouvais cette patiente à mon retour de déjeuner, à l’internat, sur le parvis ‘’gravillonneux’’ du pavillon. Elle faisait les cents pas, la mine grave. Elle me happa au passage : « Docteur, je sais ce que j’ai ! Je suis surprise… mon père vient de me dire qu’en me cherchant partout dans l’hôpital, il m’avait trouvée tout de suite lorsqu’il avait demandé le pavillon des cancéreux ! »
Merci de laisser des commentaires……… si le cœur vous en dit!
Hello mom… No don’t turn back, I am here. I know you well. You don’t know me yet. I am within you. I snuggle inside you. I am the flower bud that you cultivate day after day. I’ve been waiting for eight months to talk to you. Listen to me, put one ear on your belly. Here it is, I feel a shudder. I have ears but I can’t hear. I have a mouth but it is muted. My eyes are half closed and I can’t see anything but when you are sad I cry, and my tears get dissolved. At night, I perceive the muffled vibrations of your soft voice, the subtle vibration of your nightly caress but also, the inexplicable thunder and sometimes, frightening shockwaves.
To the extent of your muscle contractions, I imagine the pain attacking us. Who, in your open world, can attack you so badly. I am sad. Dear mom, I promise you that I already love without limits and that, when the day comes, I will defend you with all my being. I am growing fast you know. You fill me up with so much tonics. Do you hear my heart beating fast under your kind ear? It is yours and it will always watch over you.
After the hard journey that awaits me, no one will ever hurt you again. I will endlessly cry if I feel your sadness. I’ll cover myself in horrible pimples to protect you by distracting attention. I will go so far as to die for you, dear mom. I will not eat again until the return of a serene love.
When you are old and worn out, I will carry you in my arms. I will tell you this: if your ears can no longer hear, I will tell you fairytale landscapes. If your eyes can’t see anymore, I’ll kiss your wrinkled hands and your emptied cheeks and you will remember the subtle waves of caresses from the past.
Être stagiaire au SAMU apporte tous les jours son lot de stress, d’étrangeté, de côtoiement de la misère, de la folie ou de la violence.
Ce soir, nous nous rendons au Mirail, lieu noir par excellence, non seulement la nuit, mais la nuit, c’est pire. La police est sur les lieux. Il s’agit d’un HLM crasseux aux escaliers puant la vomissure. Malheureusement, la lumière est blafarde et l’escalier carrément obscur. Le délabrement du bâtiment se sent plus qu’il ne se voit, hélas.
« Docteur, vous êtes là ! Me dit le policier de service, au troisième étage, il y a un individu agressif. Il faudrait le calmer; au médecin, il ne dira rien. Vous n’avez qu’à monter le premier. »
Inconscience de la jeunesse, ou inconséquence du policier…..
Je monte avec la caisse à outils, entendez par là, la trousse à médicaments d’urgence. (Effectivement, c’est bien l’instrument du mécanicien que nous utilisions en déplacement.) Je suis suivi de près par l’ambulancière pour me donner du courage et puis, une femme ça adoucit les angles. Que nenni, arrivés dans une pièce censée être une chambre, un homme bien basané, armé d’un rasoir de barbier me présente la lame parfaitement aiguisée sous le menton, plutôt correctement orientée du coté tranchant. C’est une expérience unique, surtout dans cette ambiance hitchcockienne. Là aussi la lumière quasi moribonde m’empêche de distinguer dans la pénombre si nous sommes seuls ou pas, puis m’arrive une voix réconfortante de femme probablement tapie derrière la porte qui me permet d’oser m’essayer à un « Docteur PIOVEZAN, du SAMU. Je viens voir si je peux vous aider. » Je me demande à cet instant si ce n’est pas plutôt moi qui ai besoin d’aide.
J’ai subi ce jour là le plus gros lavage de cerveau de ma vie qui aurait pu faire pâlir le KGB. Je ne me souviens plus comment les choses ont évolué par la suite. Ce dont je suis sûr aujourd’hui : en raclant avec le dos de la main le dessous de mon menton je ne retrouve pas le stigmate cicatriciel d’une éventuelle balafre qui aurait précédé mon amnésie subite. Qui m’a sorti de cette sale affaire ? Ai-je déclamé le sésame providentiel à l’origine de ma libération ? J’ai un trou noir.
Je jaillis hors de l’appartement. Il est au second. La porte grince comme d’habitude. Je dois mettre de l’huile. Laquelle? Arachide ? Un fond de bouteille dans le placard. Non, l’huile d’olive, c’est mieux. Le voisin dévale l’escalier. Il est comme un fil. Un fil avec deux yeux globuleux à son extrémité. L’escalier est raide. Sa base ne vaut pas la moitié de sa hauteur. S’il rate une marche, sûr qu’on retrouve une pelote au rez-de-chaussée. Sa femme, c’est une boule. Pas de croisement, encore moins de dépassement possible dans l’escalier étroit. Faut attendre. Sûr, elle en est. J’ai peur pour elle. Il n’y a pas de feux au départ de l’escalier. En cours de route il faut redescendre. Lui, on l’appelle Bill, moi j’appelle sa femme Bouquet. Je pouffe quand je les imagine l’un sur l’autre. Bilboquet. Mais comment font-ils ?
Moi, je suis normal. Les autres disent que non. Ils paraissent tordus, je suis droit. Parfois j’ai des mouvements de torsions des poignets. Ça me prend n’importe quand. Eux ne bougent pas. Je ris, je parle, je crie, je pleure. Eux, rien. Je suis normal. A la poste, je n’y suis plus. Le « pestier », qu’on m’appelait. Faut dire qu’ils ont mis du temps à mettre au jour le résultat de mes expériences. Moi, je fais sans arrêt des expériences. Non, pas des expériences de scientifiques. Bien que…
Ma mère à moi, une sainte femme, (c’est ce qu’on dit quand on est mort), faisait des expériences. J’étais au centre. Je devais traverser les rues en premier car les gens normaux s’arrêtent net quand un enfant passe. J’aimais ça, le bruit crissant des pneus, ils résonnent toujours dans ma tête. Et maintenant encore, je ne regarde pas les feux, je passe. Ça continue à crisser, c’est l’extase. Quand j’ai atteint l’âge, elle me donna le résultat de son expérimentation. Les gens normaux sont normaux, voilà. Je n’ai eu qu’une jambe cassée pendant toute la durée de l’expérience. Et encore, j’ai ramassé une fessée pour avoir traversé trop vite et faussé le résultat, le conducteur n’a pas eu le temps de faire crisser. J’étais déçu. J’avais mal. Le plus dur a été cette poignée de frein de vélo. Ils étaient une demi douzaine de bariolés qui filaient en piaillant sur le macadam, mais lorsque j’ai traversé, quel ramdam ! Ils me sont tous tombés dessus : Souvenir douloureux, cette tige de fer qui est rentrée dans mon œil pour venir finir sa course derrière le front. Je ne voyais plus rien. Le crissement de pneus noyé dans un sifflement de sirènes. Je n’entendais plus rien. Si, résonne encore dans le bout de cerveau qu’ils ont bien voulu me laisser cette expression : « c’est sa dure-mère ! ». Comment savaient-ils, pour ma mère ? Diable ait son âme. J’ai mis de longs mois avant de sortir de l’hôpital, après ma sortie, il n’y a plus eu d’expérience, faute d’expérimentateur. On me dit que ma mère avait disparu du quartier. Je n’ai pas cherché à la retrouver. Elle me manque.
Le temps a passé et c’est à mon tour de mener des expériences, non que celles-ci soient instructives ou intelligentes, mais, seulement parce que c’est comme ça. C’est écrit dans mon phylum, ça doit être comme ça. Les miennes doivent être personnelles et inédites, en quelque sorte, une sorte de progression, d’évolution commencée il y a belle lurette dans la famille. Ma grand-mère déjà, la mère de ma mère, s’était très tôt fait remarquer par la médiocrité et la banalité des expériences familiales. Elle était paysanne. Dans cette belle région vallonnée de Gascogne gersoise, elle s’épuisait à vouloir faire grossir des volatiles qui semblaient toujours trop maigres à ses yeux. Un jour, je ne sais quel ‘’Saint paysan’’ a fait germer en elle une idée illico transformée en expérience. C’est simplissime. Pour être gros, il faut manger; pour manger, il faut avoir faim; pour avoir faim, il faut être affamé, et pour être affamé il faut être privé de nourriture. Cette cascade ‘’praxique idéatoire’’ lui parut évidente. Comme elle paraissait d’inspiration divine, elle fut aussitôt mise à exécution. Elle semblait d’autant plus nécessaire qu’elle se prêtait bien à la catastrophique situation financière du moment. Oh certes le début fut idyllique, et l’appétit de ces volatiles semblait s’être décuplé en peu de jours à la grande satisfaction de ma grand-mère. Mais de prise de poids…que nenni, le foie gras tant attendu restait bien maigre. L’expérience tourna vite au drame que tous les saints paysans ne purent éviter. « Toutes les idées ne peuvent aboutir à des résultats mirobolants » déclina-t-elle humblement. Ma mère me raconta bien d’autres affaires, toutes aussi infructueuses et qui conduisirent mon (très probable) inconséquent grand père à la banqueroute.
Bien sûr deux générations sont passées, et Darwin nous a appris que la sélection ne pouvait aller que dans le sens de l’amélioration des espèces, certainement les mieux adaptées. Je suis de cette génération et je suis normal. Je dois trouver cette expérience originale qui fera de moi le sommet de la pyramide familiale et l’as de l’expérimentation réussie.
Les quelques unes que j’ai déjà tentées se sont soldées par des échecs cuisants qui m’ont obligé à changer en permanence de localité ou d’appartement. Mes voisins immédiats ne purent pas tolérer les odeurs pestilentielles dégagées par certaines ni les hurlements assourdissants de quelques autres. La plus décriée fut celle de la Poste avec mon idée géniale de distribution aléatoire des courriers. Un grandiose remue ménage ! Cependant, ‘’ aléatoire’’, n’est pas synonyme de ‘’n’importe comment’’. Ce n’est qu’après une réflexion longtemps mûrie et peaufinée que les allées et venues des lettres et des colis re-directionnés dans toute la France, avaient atteint la perfection d’un ballet d’abeilles dans une ruche. Un miel succulent et bienfaiteur s’écoulait alors dans mes veines, ma tête éternellement revêche se remplissant d’un miellat bienfaiteur seul capable d’apaiser les grandes cicatrices, et les probables absences neuronales dans les entrailles de mes circonvolutions atrophiées. Ce chaos postal dont j’étais le seul instigateur et le seul fomentateur avait exacerbé l’instinct de pouvoir. Il s’arrêta net au passer de la porte du bureau de poste ou j’étais attendu par une cohorte de collègues prêts à me lyncher avant de me décapiter avec le premier ouvre lettre venu. Je fis volte face sèchement, sûr que tous ces timbrés allaient m’oblitérer le visage et moins sûr de pouvoir sortir ‘’recto verso’’ en bon état. C’est ainsi que je quittai à jamais cet établissement de lettrés par la petite porte. Mais quel délice ! Je savais désormais que je pouvais, et que j’allais faire mieux !
Un long filet jaune incandescent glissait lentement le long de mon orbite vide, caressait ma joue atrophiée et finissait à la commissure des lèvres lorsque je me réveillai. La lumière intense du soleil, déjà haut à l’horizon, passait au travers du pertuis que je fis dans le corps du contrevent pour espionner l’extérieur sans être repéré. De jour en jour, devenant de plus en plus curieux, j’élargissais son diamètre avec une queue de rat subtilisée au magasin d’en bas, passant ainsi subtilement du trou sténopeique à la large béance du lorgnon de Sherlock Holmes. Paradoxalement, le champ de vision avec le petit trou était bien plus grand et j’arrivais à distinguer ainsi obscurément le balcon du dessus où sévissait la boule et belle Bouquet. Au travers de mon maigre halo de lumière, son corps désirable, blanc et laiteux apparaissait nuitamment auréolé tel un chef d’œuvre de Botero. Son image était fugace comme si elle se doutait de la présence de l’espion. Peut être aussi voulait elle aiguiser mon attention. De là vint mon erreur de vouloir agrandir l’orifice pour mieux voir : Mais, qui trop embrasse … Ma décision fut prise : il y aura un trou minuscule pour voir a 180 ° et un gros trou pour bien distinguer les mouvements alentours, sur l’autre volet. Celui-ci sera obturé par une capsule de Coca Cola enfoncée jusqu’à son effleurement extérieur. Pour profiter au mieux du champ de vision, je rognais l’épaisseur du bois autour de mon trou sténopeique jusqu’à se qu’il acquît l’épaisseur d’une feuille de papier. Ainsi, je voyais la rue, Poupée Bouquet, et parfois, hélas, Bill le fil de fer, sur la droite, l’Église avec ses dévotes endimanchées, et, sur la gauche le cabinet de radiologie d’où sortaient des myriades de patients ‘’empochés.’’
Du calme, du calme, depuis ma position couchée là sur le papier, je sens votre envie de faire connaissance avec mon père, je vois votre œil glauque qui commence à se poser des questions comme si je n’étais pas normal ! Attention, je pourrais me matérialiser là sous vos yeux et y pénétrer à votre insu. Mais, pas question, je vous donne l’ordre, maintenant que je vous connais, de continuer à lire cette histoire.
De père, je n’en ai jamais eu. Quand j’étais petit, mes copains, à l’école, parlaient de leur père. Moi, je ne comprenais pas, ce mot n’appartenait pas à mon maigre listing cérébral. Les phrases à trous n’avaient pas de sens. « Hier, je suis allé avec mon … courir ».
Nous vivotions, avec ma mère. Mère, un mot que je voudrais effacer de ma mémoire, la aussi, mais sans y parvenir. C’était tout au bout du village, une petite maison, plutôt une case, et même je suis sûr maintenant, un abribus. Oui, c’est vrai, ça explique certainement pourquoi le vieux tacot fumant s’arrêtait si près de chez nous ! Une piécette en dur où un adulte ne pouvait dormir de tout son long sur le coté le plus petit, augmentée d’un addendum en planche et contreplaqué incertain ayant servi de soutien à une réclame de Byrrh ; Le toit était en fer Dubonnet. Un seul siège en dur, et même très dur : la borne kilométrique à la tête rouge : TOULOUSE 90 km. Personne ne venait jamais. Ma mère ne me parlait jamais de mon père sinon pour me dire qu’il était toujours rond, ou même que je n’avais pas de père. Elle, peut être à cause des réclames qui soutenaient la maison, aimait « le sang du saigneur ». Bien que l’école n’ait pas voulu me supporter bien longtemps, j’ai appris par la suite qu’il fallait un ‘’S’’ à Seigneur et pas de ‘’a’’. Elle allait de temps en temps à l’église proche pour profiter surtout du bon sang qu’elle partageait en riant aux éclats avec un bonhomme qu’elle m’obligeait à appeler Mon Père. Les réserves de la sacristie s’épuisaient bien plus vite que ne l’aurait voulu l’arithmétique simple du nombre des messes dites. Cette spoliation sanguine ecclésiastique ne semblait étonner nullement la hiérarchie. Je me demande encore pourquoi, à la fin de certaines libations, elle m’obligeait encore à : « dit au revoir à ton Père. » Cela créait en moi, une certaine confusion ! J’ai grandi comme ça, de cahutes en cabanes, de tentes en gourbis, de cagibi en baraques en passant brièvement par la case… prison.
Et j’en arrive à ce jour couché sur cette feuille de livre à vous regarder lire, les mains liées dans le dos, une tristesse infinie habite hélas mon corps plat alors que mon âme erre dans le sillage de cet écrit.
Quand je ne suis pas derrière mon trou sténopeique ou aplati à vous observer, je travaille !
J’ai le grand honneur de servir d’agent de surface dans les sous-sols de la clinique d’à-coté. L’allocation d’adulte handicapé et le maigre salaire résultant de deux heures passées tous les jeudis soirs dans les sous-sols ne me permettent pas de vivre. Dans la clinique du »Bon Sain’’, le directeur des ressources m’a autorisé à aller manger dans le petit mess des « grands ». Normalement strictement réservé aux membres du personnel mais presque exclusivement fréquenté par les chirurgiens pressés, à condition que je ne sois pas seul lorsque je m’y rends. Les choses se sont passées ainsi au début, mais les urgences et les déplacements incessants des chirurgiens sans cesse sollicités ont fait que la plupart du temps je me trouvais seul dans la pièce. Ce qui avait été une condition expresse est devenu avec le temps une théorie fictive. Une fois par semaine je remplissais à craquer mon estomac en prévision de jours moins fastes. J’arrondissais mes fins de faim par des chapardages mais aussi j’empruntais sans jamais rien rendre, des outils : une queue de rat pour mon volet, une pince, parfois dans la clinique même une fiole d’alcool, une boite de coton ou une pince de conformation bizarre, des spéculums translucides, des grosses seringues pour asperger les passants, des médicaments en tous genres .
Je vois votre sourire en coin même dans ma nouvelle position couché sur la tranche. Vous vous reconnaissez donc, prenant une ramette de feuilles à votre entreprise, subrepticement et sans le faire exprès, ou bien peut-être un petit document inoffensif… à votre patron, au cas ou, plus tard, si un conflit éclatait, on ne sait jamais.
Moi, par contre, ce n’est jamais par méchanceté et là, je reconnais volontiers que je suis anormal, jamais je ne ferais de mal à personne. Lorsque j’étais enfant, j’adorais vagabonder par les chemins blancs et traverser les prés ‘’pâquerettés’’ de notre belle campagne vallonnée. Un jour j’ai trouvé, camouflé dans un buisson, un bidon de fer blanc de la grandeur d’un cartable et qui probablement avait contenu de l’huile de tracteur. Je le pris, le découpai avec l’Opinel que j’ai toujours sur moi, d’un petit volet sur le flanc qui servirait de porte ; Le fourrant de foin et de brindilles j’en fis une cuisinière à bois comme celle de l’abri bus. Ah, que j’en fis cuire des poulets quand je trouvais une fourmilière. Les cuire vivantes les faisait se contorsionner sur la plaque chaude, les loches et les limaces transpiraient leurs gluantes sueurs, les sauterelles crissaient et leurs membres se tordaient comme des allumettes qui se carbonisent. Mais jamais elles ne se sont plaintes.
C’était mon plaisir, immense, de côtoyer les médecins dans la cantine. Certes je n’avais jamais l’occasion de parler, mais tout le monde avait appris à me connaître, j’étais devenu transparent à leurs yeux. Je pouvais écouter et enregistrer des conversations personnelles ou professionnelles, les récits des diverses interventions chirurgicales qui devenaient ainsi, au fil du temps, aussi limpides que si j’y avais participé, les erreurs de diagnostic si mal vécues des protagonistes, les accouchements faciles et les ‘’dystociques’’, comme ils les appelaient. Je me persuadais que je serais capable d’amputer une jambe gangrenée, de sauver une jeune mère d’une torsion utérine avec hémorragie cataclysmique, d’anesthésier à brûle-pourpoint un brûlé vif se tordant de douleur dans un dernier sursaut de vie. Tout devenait clair dans mon cerveau surexcité. Je n’arrivais pas à comprendre comment on pouvait discuter des heures d’un diagnostic alors que moi, ignorant, ou plutôt croyant ignorer, je voyais de plus en plus nettement les choses qu’ils révélaient, là, à mon oreille attentive. Sur les médicaments même, je commençais à en savoir beaucoup. La colchicine pour le pied rouge sang de la goutte, la digitaline pour cet homme qui s’étouffe sous le tsunami de son poumon cardiaque et le lasilix° pour le faire pisser comme le Niagara, le Diprivan° qui engendre une anesthésie rapide et courte bien utile pour les actes vite faits. J’ai si souvent entendu les anesthésistes parler de ce produit et de ses effets néfastes que je pourrais instantanément vous anesthésier, le temps de vous voler votre portefeuille. A votre réveil, il serait revenu dans votre poche…allégé de son contenu.
Ne vous tâtez pas le cœur, vous vous rendez bien compte que dans ma position actuelle je ne peux pas mettre mon savoir à exécution. Votre portefeuille est en sécurité dans votre poche, mais… tout peut arriver….
J’aimais aussi me prélasser sur le canapé de cuir fauve, patiné par les fondements illustres du passé, éculé aussi par endroits mais tellement attirant. Je passais de longues minutes à parcourir les journaux laissés là par le personnel bipé en urgence. Il y en avait pour tous les goûts : les politiques, les scientifiques, les spécifiques et les généralistes. Mais aussi les humoristiques, les osés et les dénudés, les orientés féminins et, déjà cités, les masculins. Moi, je lisais les quotidiens et j’en avais sept à lire.
Mais allons donc, essayez de suivre sinon, vous n’arriverez pas à la fin de mon histoire et j’en serais contrit. Sept, bien sûr, puisque je me rendais à la clinique pour travailler, une fois par semaine, le jeudi si vous voulez savoir. Je ne le répéterai plus.
Les quotidiens de la ville et les régionaux ne parlent que de l’actualité de chez nous. J’adore la rubrique nécrologique et les publicités. « Mme Thanato vous fait part de son décès arrivé bien trop tôt »… puisqu’elle n’a pas pu terminer sa rubrique. Mr Devin aurait voulu vous inviter à son enterrement s’il avait pu y assister. Il vous remercie d’avoir pris sa place. Et les publicités : excellentes, bien plus intéressantes que les réclames du temps des Dubonnet. ‘’Une superbe voiture Renault pour tout le monde avec 60 euros par mois sur cinq ans’’ écrit en gras et en couleur mais aussi en très petit juste sous la roue de la voiture, avec un premier versement de 10 000 euros. Et voilà, l’affaire est dans le sac. Renault s’est foutu de vous ! Et en grand !
Aujourd’hui, la crise économique mondiale vante la revente de l’or, de l’argent et du cuivre à des prix d’achats superfétatoires. Quelle mamie n’a pas dans le tiroir de la vieille Singer qui file une bonne retraite dans le grenier de la maison, une petite douzaine de piécettes en or pour les »en cas » ? Napoléon ou Louis ? Peu importe. Et le cuivre ? Le journal nous rapporte le cas d’une paysanne du voisinage qui a dû se rendre à la ville pour se plaindre auprès des télécoms de l’inactivité de son téléphone. Et qu’elle n’a été sa surprise d’entendre que les cinq cents mètres de fils de cuivre de sa ligne avaient été volés nuitamment.
J’ai beaucoup souffert aussi de lire ce soir dans ma rubrique préférée, celle des chats écrasés, l’accident gravissime de ce gamin, enfourché et brinquebalé par une horde de cyclistes piaillant, juste de l’autre coté du pâté de maisons, et dont la vie ne tenait qu’à un fil. Tout mon corps se mit à trembler, une sueur froide ruisselant dans mon cou ; Un rideau tomba devant mes yeux, je laissai tomber le journal. De longues heures s’étaient probablement écoulées lorsque je me réveillais baignant dans une flaque d’urine, la langue sanguinolente. Après quelques minutes de torpeur écrasante, je me suis remémoré les descriptions imagées de la crise typique d’épilepsie que les médecins du mess mimaient tout en avalant à la hâte les dernières bouchées du repas. Je venais donc de faire une crise épileptique, du seul fait de revoir les images confuses de mon accident ravageur. La dure-mère, le crissement des pneus, la tige de fer revenaient me torturer. J’avais la tête comme une boule de feu. Je giclai hors du mess et courus ; Plus je courais, plus le feu de la tête semblait attisé. Je montai les escaliers à la vitesse de l’éclair sans me soucier de la présence ou non du bouchon possible de la Bouquet, sautai sur mon lit en me fracassant la tête sur les montants du lit et m’endormis, j’espérais pour l’éternité.
L’éternité fut de courte durée et me rendit à la vie, complètement transformé, je ne me reconnus plus. Je m’endormis Dr Jekyll et me réveillai Mr Hyde. J’étais normal et me sentis anormal. J’étais nonchalant et devins explosif. Le plus étonnant dans ma nouvelle peau était anormalement normal de me retrouver anormal, j’acceptais désormais mon anormalité et même voulais tout de suite en profiter.
Tout était en dessus-dessous dans ma cervelle commotionnée. L’or, l’argent et le cuivre s’amalgamaient aux Byrrh, Izarra, Bénédictine et autres alcools anciens, tant et si bien que je me demandais si je n’émergeais pas tout simplement d’une cuite ‘’gigantissime’’ qui allait s’évanouir dans les minutes à venir. Sauf que revenait, sans cesse, parmi les volutes folles de mon désordre interne, la sensation étrange d’un devoir inassouvi. Malgré mes efforts soutenus je n’arrivais pas à rassembler et ordonner les pensées évanescentes qui tournoyaient dans mes hémisphères cérébraux, s’éloignant et se rapprochant à la vitesse de la lumière, et soudain ….le calme chût. Une plaque de cuivre jaune phosphorescent étincelait de tous ses feux avec en lettres d’argent et d’or gravées, ce mot:
« Expérience »
Le fil ténu qui relie les membres de ma famille, de génération en génération, s’est soudain démêlé comme un ressort comprimé que ne pouvait plus contenir ma tête, pour me rappeler à mon destin. Aléa jacta est. Il faut reprendre les choses en mains. Je m’y attelle immédiatement.
Mon fil d’Ariane sera le cuivre, l’or ou l’argent.
Tout d’abord il me faut un détecteur de métaux innovant, sensible, et indétectable, quelques outils simples qui me sont familiers et que je possède déjà. S’il m’en manque un, je le subtiliserai, comme de coutume, au magasin d’en bas ou à la clinique. Je décide que cette expérience portera sur trente cas, pas un de plus. Comme dans le théâtre antique, l’unité de lieu toute trouvée sera : « Les Bons Sains ».
Le détecteur de métaux doit être passe-partout, pas repérable, peu volumineux, plutôt en bois pour un contrôle strict de l’humidité qui pourrait endommager les circuits électriques. Je dis bien électriques et non électroniques, pour la bonne raison que mes connaissances sont nulles dans ce domaine. Les solénoïdes aux fils de cuivre, les diodes, les capacités, les push-pull les circuits amplificateurs et les sinusoïdes me rappellent les longues heures de mon enfance où je fabriquais dans des boites d’allumettes des sonnettes improvisées. Tiens les allumettes me font penser aux cigares du Mess des médecins. Ces belles boites de cigares de la Havane feraient très bien l’affaire, elles sont discrètes, assez grandes, sèches et facilement logeables dans un sac. Je courus au Mess : une boite de Cohiba presque vide et une pleine de Bolivar m’attendaient sereinement.
J’ai passé une semaine entière à enrouler le fil sur le noyau de fer doux, à souder, amplifier, dessouder, compresser, coller, tester et »re-tester », sans compter la demi- journée à démonter mon sèche-cheveux pour lui voler son cuivre, et une autre pour aller à la grand’ ville acheter un vu-mètre de la grandeur idoine pour l’insérer en lieu et place du O de Cohiba et le rendre ainsi invisible. Enfin l’appareil fut prêt et capable de détecter une aiguille dans une meule de foin. Un de ces soirs, je le testerai incognito à la clinique.
La deuxième boite de Cohiba contiendra le peu de matériel nécessaire aux expériences, comme une pince, une seringue éventuellement et quelques fioles, ainsi qu’aux rapatriements des butins. J’adapterai tout cela par la suite.
Cessez de trembler comme une feuille, n’oubliez pas que je suis là, couché dessous, et ça me donne des nausées. Je vous ai déjà dit que je ne savais faire du mal à personne, croyez moi.
Malgré tout le sérieux de ces préparatifs, je fus un peu tourmenté par la facilité du dispositif imaginé. Et si un problème de dernière minute se faisait jour alors ? Qu’elle serait la stratégie de retrait ?
La seule boite de cigares banalisée ne suffirait peut être pas pour m’innocenter. Il me faut encore peaufiner la stratégie avant de me lancer dans l’opération. Le plus difficile est cette transformation lente que je sens monter en moi, de l’expérience au défi ! Cette nuit je dois tester le dispositif dans sa globalité, sans chercher le gain ou le profit.
Comme chaque semaine, je quitte mon appartement vers les vingt heures pour me rendre à la clinique proche mais ce soir je porte mon précieux ‘’Cohiba-mètre’’, si finement ciselé pendant des heures, un véritable objet de précision sous le bras. L’escalier est vide comme d’habitude et, franchie la porte vitrée de la clinique vidéo-surveillée, je me dirige vers le ‘’descenseur’’ qui me laisse au premier sous-sol, celui là même où se trouvent les salles d’opération, où, bien sûr, je n’ai pas accès. C’est d’ailleurs étonnant d’avoir installé les salles dans un lieu où le sommet de la seule fenêtre de la salle principale donne sur le caniveau de la rue des Martyrs : Bonjour les dégâts lors de l’aération. Mais peut être n’y a-t-il pas lieu d’aérer. La clinique, bien que très ancienne, est entièrement aux (sévères) normes actuelles comme le disait le Docteur VOATT lors de l’inauguration, après des travaux gigantesques. J’ai un peu de retard, mes heures pour le balayage des couloirs se situent entre 20h et 22h au moment où tout est redevenu calme. Je suis tranquille. Rarement passe une infirmière se rendant à l’autre bout du long couloir pour prendre un dossier aux archives. L’occupation n’est pas harassante puisque je suis pourvu de toutes les commodités modernes pour ce travail. L’imposant ‘’vibro-astico-aspirateur’’ à désinfection ultraviolette fait tout à ma place et parfois me lustre aussi les chaussures. Si bien que, lorsque j’arrive au niveau des tableaux d’occupation des salles et des interventions programmées, je peux prendre tout mon temps pour étudier les horaires et bien viser ma cible. Ce soir, j’ai bien vite repéré une intervention avec anesthésie totale terminée probablement assez tard. Le malade aura sans doute regagné sa chambre après son récent passage en salle de réveil et je pourrai compter sur son état léthargique pour tester in vivo mon Cohiba-testeur. Je prévois une efficacité au bout de 20 minutes et peux donc terminer tranquillement mon travail. Je tourne tout de même la manette d’accélérateur de l’engin nettoyeur positionnée sur cinq au lieu de trois et j’entends sa turbine interne qui se met à ‘’turbiner’’ dur. C’est la première fois que je (il) travaille à cette vitesse. Espérons le incapable de m’aspirer un ongle des orteils ou un pan de moquette ce qui mettrait bien à mal mon premier plan d’action.
21h30 :
Je prends dans le placard de service où j’avais échangé mes habits de ville contre cette tenue ridicule d’un vert douteux, le testeur savamment planqué au fond de l’étagère supérieure, et me rends, par la porte de secours, à l’étage supérieur, Salle 20 coté rue. Je rentre sans frapper, pas la peine, un homme barbu de quelques jours peut être, est allongé sur le dos et ronfle paisiblement. Un ‘’goutte à goutte’’ qui me parait simple, peut être de l’eau, passe imperceptiblement de verre à veine. Je ne perds pas de temps et pose mon détecteur de métal sur le creux de son estomac, L’aiguille de mon vu-mètre s’affole traduisant un objet métallique sous-jacent. Pour savoir ce dont il s’agit, je m’apprête à soulever les draps et ouvrir son pyjama à la recherche d’une éventuelle médaille de Lourdes en argent, lorsqu’il ouvre brusquement les yeux avec un air épouvanté. Heureusement la canule d’oxygénation qu’on lui avait enfoncée dans le gosier pendant l’opération lui avait probablement abîmé le pharynx et les cordes vocales et aucun son ne sortit de sa bouche. Cela me laissa le temps de prendre l’air le plus candide que je ne me connaissais pas et de lui expliquer, les jambes tremblantes et la bouche sèche, que je venais de lui faire un ‘’Cohigramme’’ de surveillance habituel après une telle intervention. Comprit-il quelque chose? Il se rasséréna. Je pris la poudre d’escampette, le Cohimètre sous le bras, redescendis en nage l’escalier de secours, mis mes affaires de ville sur le costume vert, sans me soucier si elles étaient à l’endroit et arrivai, haletant dans ma chambre. Je me jetai sur mon lit en évitant de me fracasser la tête contre la tête de lit cette fois-ci. Quand je me réveillai, je me surpris à penser, à m’émerveiller même, comme pour la conquête de la lune ou l’exploration en son temps des lointaines Amériques, d’avoir prévu un test de fiabilité de la méthode. La conclusion paraissait évidente et ne faisait plus de doute, J’attendis désormais sereinement et sans aucune appréhension l’arrivée du jeudi suivant pour lancer le corps de Mon Expérience.
Deuxième partie.
La ville était paisible. Tout le monde vaquait à ses occupations habituelles. Et pourtant ce matin-là, à la relève du personnel de nuit, un germe menaçant allait sortir de la clinique par l’entremise d’une infirmière bavarde, pas la plus intelligente certainement puisqu’elle dût se faire mousser en lançant dans la ville une ‘’araignée empoisonnée’’, peut être chez le boulanger, ou bien chez sa grande amie Pipelette de la rue des ‘’Grandes Gueules’’. Cette minuscule araignée allait tisser sa toile maléfique sur toute la ville, Oh, ce n’était pas bien méchant : « Une jeune femme est morte ce dimanche » dit-elle avec un léger rictus qui laissait suinter une goutte de jus douteux. Et le papotage continua comme il se doit dans le monde des pipelettes. Mais les pipelettes ne sont pas sourdes. Et voilà-t-y pas que Pip2 met son châle noir et part à grandes enjambées chez Pip3 en lui racontant, l’air de rien, qu’une femme très jeune avait succombé dimanche à une maladie inconnue. Pip3 part en trombe chez Pip4 qui était avec Pip5 et déjà la peste (c’est le cas de le dire) était aux portes de la ville, les médecins n’y comprenaient rien. La toile s’étendait à la vitesse Pip au carré.
Cependant, dans la clinique, depuis plusieurs jours, c’était effectivement le branle bas de combat.
Le Dr Voatt est un homme rond mais carré : Il est tellement rond que les spécialistes comportementaux et physionomistes l’auraient bien classé dans le groupe des pycniques cyclothymes, s’il n’avait été aussi carré. En effet, dans la clinique des Bons Sains, il en était quasiment le chef, non pas qu’il tînt à avoir la suprématie sur tous les autres mais il avait de tellement bonnes idées qu’il les menait jusqu’au bout avec brio et ténacité. Tout le monde lui tirait le chapeau et lui laissait carte blanche. Il avait des yeux aiguisés comme des flèches, voyait tout, des oreilles dignes de la CIA et la langue bien pendue. Depuis quelques semaines maintenant, il semblait s être ovalisé, les flèches de sa vue se transformaient petit à petit en flèches à ventouse et la CIA en vulgaire Quai des Orfèvres. Sa belle langue rose se »marsupialisait » tel un vieux sac à bretelle de mémés.
Il y avait de quoi être très inquiet. La clinique jusque là exemplaire, subissait l’assaut d’une épidémie de pathologies nosocomiales incompréhensibles. La pathologie avait débuté voici un mois et demi par une septicémie chez une jeune femme de 32 ans qui étaient venue se faire opérer d’une complication hépatique d’un calcul de la vésicule. Il s’était enclavé dans le canal cholédoque d’où il s’obstinait à ne pas vouloir sortir. Elle avait été opérée avec succès et sans complication évidente le jeudi matin et avait présenté une fièvre très élevée le samedi matin ; L’hémoculture avait montré la présence de Echerechia Coli dans le sang. Le Dr Voatt savait très bien que ce microbe vit dans l’intestin et qu’il peut, lors de cette intervention, passer dans le sang. C’était la première fois que cela arrivait. L’inondation antibiotique était venue à bout de cette grave infection. En fait, rien de très exceptionnel mais le destin est tenace et huit jours plus tard un phénomène analogue se produisit avec de nouveau un Escherechia coli chez une autre opérée récente, qui elle, était rentrée chez elle après une intervention sommes toutes anodine. Elle revint en urgence avec une forte fièvre, le dimanche matin. Elle mit en éveil le sens critique du Dr Voatt qui avait des connaissances très pointues en sémiologie et qui anticipait toujours. C’était dans sa nature et en adéquation exacte avec la démarche médicale. Il sentit en lui une confusion inhabituelle et s’inquiéta de la possible apparition d’une contamination iatrogène. Il demanda un sérotypage de ce germe habituellement inoffensif. Toujours tourmenté sans raison précise, il demanda à tout le personnel de redoubler de vigilance dans l’asepsie des soins, le lavage des mains, le changement des blouses, en prenant soin de ne pas croiser les anciennes et les nouvelles, de toujours porter le bonnet, pour les femmes aux cheveux longs, de respecter les normes scrupuleusement, au cas où ! Il fit jeter et renouveler tout le matériel jetable à utilisation unique même si la date de péremption n’était pas atteinte, fit tout désinfecter. Il croisa les doigts pour que tout s’arrête là. La fin de semaine approchait, il ressentit un frisson étrange. Décidément, c’était presque devenu une tradition maintenant, une jeune femme se présenta, pliée en deux, une main retenant son bas ventre, une fièvre de cheval, et des écoulements génitaux malodorants. C’était un autre dimanche maudit. S’il n’avait été athée, il aurait pensé à un châtiment divin. Mais pour quelle raison ? Ce qui se dit en ville serait-il à prendre au sérieux ? Serait-ce une peste des temps modernes transmise par quelque animal galeux ? Un tison le transperça et il décida tout de go d’examiner les kilomètres de pellicule que cracherait l’enregistrement vidéo de la porte d’entrée, à la recherche de,,,, il ne se doutait même pas de quoi. Une bête ? Un Humain qui transporterait incognito un animal de compagnie strictement interdit ou des aliments tout aussi indésirables ? Il verrait bien. Il prit la décision d’y consacrer le dimanche entier, mais avant, il avait à affronter les contrôleurs de la DDASS qui avaient été prévenus pas ses soins. En effet trois cas douteux dans un contexte de panique générale in situ et dans la ville ne pouvaient pas laisser indifférents les fins limiers du département. Entre temps, la culture des secrétions putrides vaginales de la dernière victime, s’obstinait à déclarer le Coli OC138, toujours le même germe responsable de cette situation inextricable. Les agents du FBI local firent tout, des prélèvements multiples, des examens à la loupe, consulté les bibliothèques… Ils auraient même lancé des carottages géologiques des sous sols de la clinique, des sondes Curiosity sur les champs stériles des salles d’opération, des endoscopes géants dans les tuyaux d’évacuations des eaux usées, des spy-wares et des chevaux de Troie dans tout le réseau informatique de la ville et même de la Région. Mais voilà ! Peu de subventions pour les investigations à faire. Où restait-il à chercher ?
Le Dr Voatt arriva de la ville, noir de colère. Il assista, bien malgré lui, aux échanges d’inepties inévitables dans la boulangerie, bloqué dans la file d’attente, derrière le présentoir à gâteaux. Ah, c’était facile ! « Dr Voatt n’y voit que dalles ! » Disait un échevelé aux neurones probablement dans le même état que ses cheveux, et « si c’était les Marsiens ? Surenchérit l’autre. Nous, On va voir chez eux sans permission, peut être qu’ils se vengent. » Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il obtint enfin sa baguette toute chaude.
Il s’affala sur son siège, désespéré. Il réfléchit, les doigts glissés dans les quelques dizaines de cheveux qui lui restaient et qu’il n’allait pas garder bien longtemps, dans cet état anxiogène. Il pensa tout haut : « ça ne peut pas être un phénomène naturel…. nous en sommes déjà à trois femmes alors que la terre comporte grosso modo moitié-moitié d’hommes et de femmes. Ce ne peut être qu’une personne qui, par inadvertance, transporte sur ses mains le même microbe, mais pourquoi alors ne se développe-t-il qu’en fin de semaine ? » Il décida de convoquer un par un tous les membres du personnel pour se rendre compte, inspecter, interroger, scruter, responsabiliser, conseiller et parfois seulement faire connaissance. Serait ce un panaris sur les doigts d’une infirmière ? Une pathologie cachée ? Tout en respectant la décence et la confidentialité, il allait examiner subrepticement l’état de la plus petite lunule, la structure de tous les tragus visibles, les caroncules de tous les yeux ainsi que les commissures de chaque lèvre.
Il commença par ses confrères qui se livrèrent corps et âmes aux investigations de leur collègue. Il le fit pour ne pas se mettre en porte-à-faux avec le reste du staff, mais pensait bien que, au moindre doute infectieux, il aurait été mis au courant sur le champ par le confrère lui aussi confronté à la même calamité. Il en fut de même avec les infirmières chez qui, malgré un questionnaire serré, rien ne l’inquiéta. Le personnel des cuisines, des chambres, des bureaux et même les secrétaires passèrent à la moulinette médicale. Momo aussi passa devant l’inquisiteur, sans soucis. Lorsqu’il franchit la porte du bureau du Docteur qu’il avait croisé de multiples fois, sans lui parler, dans le mess de la clinique, il se vit offrir un Armagnac Samalens bien de chez nous. Le médecin allait s’en procurer directement dans les chais de Nogaro où il pouvait ainsi profiter des multiples dégustations, des Vieux, des Hors d’âge. Il ne détestait pas les sans-âges du tout. Le Dr Voatt était un épicurien à n’en pas douter. Momo refusa tout alcool. Il n’en buvait jamais lui dit-il. Avant de passer aux choses sérieuses, il lui tendit la boite de havanes qu’il affectionnait particulièrement et ne parut pas apercevoir le léger changement de nuance de la peau de son vis à vis. « Non merci, je ne fume jamais non plus. », Répondit-il avec assurance. Le Dr Voatt, un peu blessé de ne pouvoir se servir seul d’un objet interdit dans les locaux de la clinique, lui expliqua qu’il partait tous les six mois à Cuba. Il se rendait dans la verte et attrayante région de Vignales, dans le nord de l’île, pour tester les meilleurs cigarillos et faire ses emplettes. « Mais pourquoi vous appelle-t-on Momo ?». Celui ci se hasarda à un trait d’humour : « peut être un diminutif de »Mauvais’‘ : En fait, mon nom est trop long : Modeste Lespérimentaleur. » Bien, passons aux choses plus sérieuses et là le Dr Voatt lui expliqua avec des mots simples les infections en séries depuis quelques mois, s’il n’avait pas été malade et autre question orientée. Momo ne s’étendit pas sur la bonne santé générale de sa famille et expliqua sommairement son accident d’enfance, son amaurose unilatérale par absence de l’œil énuclée dans la foulée, sa pension d’invalide et même dernièrement, sa crise d’épilepsie dont il ne voulait pourtant pas dire un mot. Mais le charisme, la gentillesse et l’affabilité du Dr Voatt qui lui parlait en homme, peut être en père, le contraignirent à s’épancher plus que à souhait. Il quitta le Dr Voatt et rentra chez lui rassuré. Il n’en était pas de même du médecin qui ressentit le même sentiment d’échec que les nombreuses fois où le diagnostic erroné ou incomplet avait été préjudiciable au malade venu le voir avec confiance.
Le dimanche était maussade et bien que pour une fois pas trop enclin à la plaisanterie, il dit à sa femme qu’il devait passer sa journée au cinéma. Ce n’était pas la meilleure blague à faire à son épouse qui avait décidé de longue date que ce dimanche serait consacré à la plage, la nage et le farniente. En ce qui concernait la nage, lui, était déjà dans le bain. Il dût expliquer et répéter qu’un certain devoir l’obligeait à se rendre à la clinique, qu’elle était bien sûr au courant des ragots de la ville, mais qu’il n’y avait pas de fumée sans feu. Il s’entendit dire en ricochet qu’il ne s’appelait pas »inspecteur Bourrel » et que des gens parfaitement compétents étaient sur l’affaire. Il eu gain de cause lorsqu’il décréta : « Si tu tombes malade dimanche prochain, va directement voir les gars du FBI alors. »
Son bureau avait été aménagé à la façon ‘’château fort du Moyen Âge’’. Derrière son trône, trois litres cinquante au moins de son Armagnac favori, sur un coin du bureau, une boite de gros Cohiba et trois de cigarillos Bolivar, sous la fenêtre, où il espérait un hypothétique courant d’air frais conservateur, pas loin d’un demi kilomètre de saucisse à la couleur Kaki déjà douteuse .
Au milieu du bureau, il avait fait venir directement de la fabrique le dernier magnétoscope, le plus sophistiqué, mais surtout le plus précis du moment avec maintes vitesses de défilement avant / arrière / arrêt sur image, zoom super puissant et j’en passe. Sur sa gauche trônait un écran de télévision haute définition, pas très grand, mais avec des pixels brillants comme des étoiles super MOLED et compagnie. Le technicien de la clinique lui apporta les huit cassettes en lui expliquant que seuls les derniers 15 jours étaient en haute définition mais les cinq mois précédents avaient été compressés en un format dégradé qui ne permettait que d’avoir une vision d’ensemble sans détail précis.
Il demanda à ce qu’en aucune manière on ne le dérangeât de la journée.
Le technicien disparu. Il enfila la première cassette chronologiquement étiquetée A dégradé ; Il s’empêcha, mais pas pour très longtemps, de mettre les pieds sur le bureau, à l’américaine comme au temps de la prohibition.
Son téléphone antique, se mit à faire trembler le bureau et n’accepta d’arrêter ce vacarme qu’au décrocher du combiné noir. Une voix connue lui appris qu’une autre femme était rentrée dans la nuit avec une possible métrite carabinée hyperfébrile. C’en était trop, la rage le prit mais paradoxalement se calma aussitôt.
Au bout d’un certain temps, il regretta la plage et la vraie brasse. A midi, il n’avait parcouru que trois cassettes du fait que, consciencieusement, il revenait en arrière pour revoir le moindre détail, détail introuvable, il s’en doutait. Midi : Il fit une pause saucisse, eau de vie, tabac et s’aperçut, mais un peu plus tard dans l’après midi, que le mélange n’était pas cohérent et qu’il en prenait lui même le chemin. Il ne revenait plus en arrière pour voir les détails de la vidéo, non pas parce qu’il n’y en avait pas mais bien parce que le bouton idoine n’existait plus. Il décida sagement de faire une bonne sieste pour métaboliser les kilomètres de pellicules et accessoirement les quelques mètres de saucisses ‘’armagnaquées’’, à cette heure, noires tirant sur le violine.
Cinq heures sonnèrent à l’horloge de la ville quant il ouvrit un œil dubitatif, mais l’autre le mit tout de suite dans l’ambiance. Il restait quatre cassettes avant le soir et surtout il attendait un résultat positif, sinon rien. La sieste avait porté conseil en plus de la digestion du mélange explosif à la Ben Laden.
Sur les mauvaises images dont il était gavé, apparaissait un individu qui entrait à la clinique avec un paquet carré ou un livre sous le bras et sortait quelques heures après avec un objet dans les mains, qu’il portait cette fois devant lui avec l’attitude du chef de l’église anglicane apportant la couronne de diamants à sa Majesté. Il ne savait pas si c’était un effet de la saucisse violette, un rêve de sieste arrosée ou la réalité. Il reprit la cassette A puis B puis C à grande allure et s’aperçût que ce bonhomme faisait la même procession tous les jeudis soirs. Rien de bien dangereux. Grâce à ce retour sur le passé, il apprit beaucoup de choses sur la vie de la communauté de la clinique. Telle infirmière, par exemple, peut être la meilleure, en tout cas sa chouchoute qui se jette , au sortir de la clinique, dans les bras d’une autre femme, leurs seins et leurs bouches s’effleurant tendrement mais furtivement; Le malade qui rentre à la clinique après avoir lancé un regard à droite et à gauche, un long museau de chien de type « saucisse » qui pointe par la boutonnière dégrafée de la veste choisie volontairement trop ample ; Le personnel qui sort de la clinique bien plus tôt que ne le stipule son contrat…etc.
Quoiqu’il en fût, il tint à revenir sur le seul élément étrange de ce visionnage lorsqu’il en arriva à la cassette incomplète numéro huit, pleine d’images de qualité. Il se précipita sur le compteur pour se rendre directement à l’index : jeudi 20h. Il eût pas mal de difficulté à stabiliser l’image, eu égard à la complexité de cet appareil trop sophistiqué. Il y parvint, fit un arrêt sur image et reconnu immédiatement MOMO qui se rendait à son travail. Mais pourquoi portait-il cette boite avec cette attitude d’adorateur ? Il zooma au maximum sur l’objet carré qu’il portait sous le bras. A n’en pas douter il semblait s’agir d’une boite plutôt marron mais où il était impossible de distinguer plus d’une couleur malgré la qualité de l’appareil. L’image très pixelisée laissait deviner une sorte de couronne sur la face de la boite avec un point noir en son centre. Il changea d’image et même de jeudi mais rien ne permettait de savoir de quoi il s’agissait. Éreinté, fatigué, dépressif, s’avouant vaincu, il s’étira de tout son long sur son confortable fauteuil de velours noir. Après un moment de détente bien mérité, il se pencha sur son bureau pour prendre un cigarillos et reçu un choc électrique dans sa réticulée ascendante. Il faillit dire « Bon dieu, mais c’est bien sûr. » Mais il se retint puisque sa femme avait affirmé qu’il n’avait rien d’un commissaire. La boite, il en était persuadé maintenant était une boite de Bolivar avec sa tète caractéristique, auréolée d’une cape et d’un chapelet de pièces de monnaie.
Une bonne chose de faite, elle redonnait du cœur à l’ouvrage au Dr Voatt.
Il se remémora sa rencontre avec Momo dans son bureau, essaya de dérouler de nouveau le film de leur conversation, l’Armagnac qu’il refusa, mais aussi le cigarillo pourtant excellent qu’il lui présenta dans une boite similaire. Pourquoi se promène-t-il dans la clinique avec une boite de cigarillos qu’il ne fume même pas et qu’il paraît idolâtrer à la sortie comme si c’était un trésor de Bolivie provenant du Lac Titicaca proche. Il était tard, sa tête fumait, il n’était pas plus avancé et il rentra le teint blanc à la maison en lieu et place du beau teint hâlé qu’il aurait pu prendre à la plage.
Troisième partie.
C’était jeudi. Pas un jeudi de n’importe quand. C’était son anniversaire et il ne l’avait pas prévu. Mais c’était aussi le jour de l’apothéose de son grandiose défi expérimental qui allait faire honneur à sa famille. Il était au terme de la série des trente expériences prévues. « Ça va être quelque chose! » Bougonna-t-il dans son fort intérieur. Il en était arrivé même à acheter une bouteille de champagne, du bon croyait-il, alors qu’il ne s’agissait que d’une Veuve Cliquot qu’il n’ouvrirait même pas, car il abhorrait l’alcool. Il avait tout de même placé à coté de la bouteille une flute très haute qu’il avait chapardée toujours chez son distributeur préféré. Vingt heures ; L’heure du dénouement s’approchait à grands pas. Il prépara son réceptacle à bijou cubain qu’il mit sous son bras et sans changer un iota à son habitude il quitta fièrement son logis pour se rendre à la clinique qu’il atteignit très vite. Il passa la porte de verre et prit le ‘’descendeur’’. Il mit en marche son aspiro-lustreur avec le turbo réglé sur puissance maximale. Il arrêta net à 21h30 précises pour se rendre à son placard où il se chargea de son matériel. Deux chambres étaient ciblées avec deux malades récemment opérés dont l’un, au moins, ferait l’affaire. C’était la salle numéro 19 et l’autre, qu’il visa, était prédestinée avec le 3 et le 0 collés en lettres étincelantes sur la porte. Il entra, sans complexe et sans frapper bien sûr, installa son détecteur sur le corps de la victime. L’aiguille du détecteur s’affola et prouva ainsi, la présence d’un dernier trésor sous-jacent. Il ouvrit la boite, s’empara de la seringue au bout de laquelle il adapta l’aiguille, coupa d’un geste sec le cou de l’ampoule de diprivan°. Il en suça la moitié du contenu et vint l’injecter lentement, sûr de lui, dans la tubulure du goutte à goutte de sécurité encore en place. Il rangea rapidement le matériel sans s’occuper du sort du malade mais, par hasard, son regard passa sur son visage. Il fut pris de stupéfaction. Il n’en croyait pas ses yeux tant la Nature, en cette journée mémorable, lui apportait d’intense joie. C’était le bouquet final. Mme Bouquet en chair et en os était sous ses yeux ébahis. Elle dormait calmement. Il ne perdit pas une seule minute. Il aura tout le temps, plus tard, autour de sa bouteille de Champagne et ses trente trophées de savourer cette journée exceptionnelle. Il souleva les draps, écarta avec tendresse les cuisses de Mme Bouquet et fit de même de ses lèvres, se tourna sur le coté pour atteindre le spéculum dont il ne s’aperçut pas du changement de transparence, l’introduisit entre ses deux doigts. Avec la pince, il coinça les deux fils et tira fermement dessus pour extraire son trentième stérilet au CUIVRE, son dernier GyniumT* de collection, preuve de sa victoire, quand la porte de la chambre s’ouvrit brutalement, le Dr Voatt apparut, affublé de deux personnages sombres en uniforme.
Partie finale.
Le Dr Voatt avait fini par admettre qu’un personnage était à l’origine de ces cas graves d’infection profonde. Toujours des femmes et toujours à la même date ce qui faisait remonter l’infestation au plus tard à 48 h avant les premiers signes. Ces éléments et le comportement bizarre de Momo qui ne venait travailler que le jeudi soir l’ont poussé à le considérer comme suspect numéro un, Il prit la décision de forcer son armoire et découvrit le pot aux roses en retrouvant dans la boite de Cohiba ; La seringue, l’aiguille sale et le spéculum vaginal réutilisé. Celui ci paraissait lavé mais certainement pas stérilisé ! Il décida de ne rien toucher pour prendre le coupable la main dans le sac. Il prit soin, bien sûr, de changer l’aiguille et de remplacer le spéculum usagé par un neuf stérile. Il espérait que, dans le feu de l’action, Momo ne découvrirait pas le subterfuge: Le nouveau spéculum neuf était beaucoup plus translucide que le vieux usagé. Il comptait beaucoup sur la pénombre, ou la nuit venue, dans la chambre visitée.
La seule chose qu’il demanda à la justice fut un procès à huis clos pour éviter la psychose féminine qui aurait pu se répandre dangereusement sur la ville.
Écrit en septembre 2012
FIN
BIOGRAPHIE DE MICHEL
Michel PIOVEZAN, né en 1951, fils d’émigrés italiens de 1930, médecin de famille depuis 1980 dans une ville moyenne du Tarn et Garonne a consommé sa vie active à donner du soin avec conscience à ses patients. Ses rares temps libres sont dédiés aux voyages et à la passion de la vidéo animalière (Voir des exemples sur YOU TUBE choix « PIOVEZAN Serge Michel »). Il préfère ‘’faire les livres’’ en les confectionnant souvent lui-même, à la lecture à proprement parler. Pour celle-ci, il donne préférence aux auteurs étrangers lus dans la langue originelle : Italien ou espagnol particulièrement mais en patois romagnol avec délectation ! Son anglais est bien trop rudimentaire pour attaquer les auteurs anglophones sauf dans le cadre des très astucieux livres bilingues. Il s’est attelé en 2007 à mettre sur papier les plus extravagantes ou émouvantes anecdotes de son exercice, les réminiscences coquines ou les situations lugubres et insolites de sa vie estudiantine toulousaine. (Le néo médecin de la Lomagne sans cesse enrichi mais non encore édité). La ‘’dernière expérience’’ s’inscrit dans un groupe de trois nouvelles qui intègrent des thèmes de l’actualité ou de la recherche actuelle : le biotope intestinal :’’ La bio taupe. Ed EDILIVRE’’, les moyens modernes de surveillance : Le drôle de drone. A paraitre ici.
La compagnie que j’ai créée en décembre 2005 s’appelle « French Unique Decoration Material Shanghai Company Limited » Communément appelé FUDM
Le logo représente le produit que j’ai créé pour les zones sensibles au tsunami et au tremblement de terre ici en Asie. C’est une petite fenêtre livrée en Kit dans un tuyau d’évacuation d’eau usée ceci utilisé pour la reconstruction des habitations après leur démolition par des éléments climatiques.
Le principe de cette menuiserie est qu’elle est conçue sur la base d’un volet roulant à enroulement par sangle, qui monte et qui descend comme tous les volets roulants, la particularité est qu’au bas du volet sur la lame finale il est possible d’y accrocher à la demande une moustiquaire ou bien une vitre souple et quand on remonte le volet on obtient soit une moustiquaire soit une fenêtre avec une vitre souple translucide qui protège en partie du vent et de la pluie. La partie blanche du logo représente le volet roulant, la partie rouge celle de la moustiquaire, et la partie bleu celle de la vitre souple et au milieu leur jonction. MB
La moitié de l’année 2030 vient de se consumer, Mme DOT Reine est solide malgré ses 94 ans, c’est elle qui met une bonne ambiance et vraiment c’est une très bonne ambiance. Quand elle rejoint, avec une certaine difficulté, il faut l’avouer, le groupe des anciens qui se réunissent sous la grande coupole au centre du village, elle mène la danse et sème la bonne humeur.
Jusqu’à ses 92 ans elle était jeune, disait-elle, à qui voulait l’entendre. Le soleil, malgré ses efforts, n’arrivait pas à se lever avant elle. Comme si son poste allait lui être convoité: une plus jeune femme du groupe pourrait prendre sa place, elle s’activait sans répit la journée durant. Le lit, la toilette, le petit déjeuner (le sien et celui des autres), le rangement, la petite vaisselle, le nettoyage, les commissions au petit magasin du coin encore debout, le déjeuner, la vaisselle, le rangement, le balayage, la cuisine du soir, certes élaguée, la vaisselle, le rangement et peut être une minute restante pour la télévision… Le soleil était déjà couché depuis un bon moment là-bas, derrière la colline.
Les choses ont bien changé aujourd’hui. Elle est happée et comme enserrée par une mâchoire énorme qui enveloppe son corps de la tête aux pieds. Cette machine aux volumineuses pinces n’est autre que le robot UC diligenté en urgence par le poste de commande situé en haut de la tour qui surplombe le village. Les robots de surveillance ont reçu un message urgent transmis par les capteurs du bandeau céphalique de Mme DOT. Le message a été certifié par les divers testeurs connectés de sa chambre. Elle vient tout juste de chuter comme il arrive très souvent aux personnes de son âge. Elle pourrait donc avoir subi un choc grave qui aurait échappé à la vigilance de son accéléromètre personnel. Celui la même n’aurait pas déclenché le baudrier pneumatique censé lui éviter une fracture du col du fémur ou un traumatisme crânien. Les fractures de ce type étaient très fréquentes dans les années quatre-vingt. Elles représentaient une source de dépenses très conséquentes pour les organismes sociaux qu’il s’agisse des personnes hospitalisées en maison de retraite ou des personnes vivant en famille. Ce n’est qu’après plusieurs années de tâtonnement et avec l’arrivée de l’informatique connectée qu’ont été mis au point des détecteurs de chute. En conjuguant les données transmises par un gyroscope couplé aux testeurs de position des diverses parties du corps, ce détecteur émetteur arrivait à prévoir la chute. Si son algorithme embarqué intégrant toutes ces données aboutissait à cette certitude, il déclenchait le gonflage instantané d’une sorte de bandeau entourant le crâne. Il protégeait alors la tête du choc sur le sol. En même temps se déclenchait au niveau de la taille une protection plus large, de la même manière que le faisait les ballons gonflables qui équipaient les véhicules de transport terrestre de ce temps pas très lointain. Une certaine efficacité sur des accidents graves de la route avait orienté cette recherche sur la protection des personnes à l’équilibre précaire.
Le robot UC n’a rien d’esthétique, pas de belles couleurs, pas de forme humaine, pas de fioriture inutile. Il est par contre très fonctionnel. Il ressemblerait plutôt à un coffre de salon qui se déplacerait de façon autonome. Il est équipé de très nombreux tentacules en forme d’une faucille, disposés en ligne sur un des côtés du coffre. Ces énormes griffes sont séparées entre elles par un espace d’une dizaine de centimètres et un ingénieux système de basculement de ce peigne géant lui permet de passer sous une personne à terre sans en bouger une partie. Pour éviter des douleurs de mobilisation, il soulève les corps en un seul bloc. Une toile d’un tissu particulier laissant respirer la peau, protectrice du froid, du chaud et de la pluie enrobe automatiquement le patient. Le robot transporte en sécurité la personne jusqu’au bloc chirurgical adéquat. Mme DOT ne dit pas un mot, d’ailleurs Robot UC ne dit pas grand-chose non plus, tout au plus quelques phrases simples : ne bougez pas, n’ayez pas peur je m’occupe de vous, etc…
Par contre son robot personnel qu’elle aime tant, de type Comper X n’arrête pas de l’encourager, de lui parler, de la soutenir, de lui expliquer ce que fait Robot UC, lui répétant avec sa voix douceâtre qu’elle ne risque rien, que ce robot est spécialisé dans les problèmes de chutes d’où son nom UC pour « urgence chute ». Les Robots COMPER sont issus des premiers types de robots qui ont pris leur essor autour des années 2015 dans les maisons de retraites et les EHPAD. Ils sont devenus, bien sûr, plus instruits et « intelligents » avec l’intelligence artificielle qui a énormément évolué en 15 ans. Robot UC termine juste d’enrober Mme DOT avec douceur et précision et la soulève précautionneusement dans ses crocs de fer gigantesques, puis le « coffre » débute lentement le transfert de Mme DOT vers le service ad hoc pour un traitement rapide. Si sa meilleure amie à l’humour noir la voyait, pour sûr elle l’aurait comparée à un nem « encellophané » prêt pour le réchauffage dans un four à microondes.
Mme DOT avait intégré ce village six mois auparavant à l’ occasion du décès inopiné de sa fille qui prenait soin d’elle jusqu’alors. Elle passait et repassait la voir à son domicile de nombreuses fois par jour. Sa fille habitait le hameau voisin et connaissait bien le problème de la perte d’autonomie de nos anciens car elle travaillait dans un ehpad ancien modèle. Elle mettait tout son cœur à ce travail harassant et difficile. Le manque de personnel, la mauvaise gestion des effectifs réduits, les dotations criminellement réduites, transformaient cette activité en une besogne inhumaine. Les contacts entre le personnel soignant et les résidents de ces locaux impersonnels se réduisaient d’années en années. Au gré du développement de l’informatisation, ces établissements dont la vocation princeps aurait été une prise en charge « humaine et sensuelle des vieux » capotaient vers l’inhumanité. Et pourtant le personnel souvent dévoué se battait contre l’adversité. Il tentait de se rapprocher physiquement le plus possible des résidents qui demandaient justement ce contact. La parole, le petit sourire entendu, la très sérieuse réplique humoristique ou même le simple coup d’œil complice étaient bien venus. J’ai été témoin pendant les dernières années d’exercice de la médecine de ville de la mise en place assassine de l’informatique naissante. Elle fut imposée par une administration écervelée vouée en la croyance de la toute-puissance de cette dernière. Le contrôle inquisiteur de la moindre activité du personnel para médical aboutissait à l’asphyxie d’un travail humain raisonné. Des dizaines de tablettes ont été distribuées largua manu à chacun avec OBLIGATION de noter les moindres gestes des résidents avant même de les pratiquer, ce qui aboutit à l’aberration suivante. Une femme âgée prise d’une envie soudaine de vider sa vessie demande de pouvoir utiliser un bassin ou bien une aide urgente qui aurait nécessité une mise à disposition immédiate du dispositif s’est vue répondre : « je vais chercher la tablette ! » (Pour les autorités incompétentes, le recueil des données dans des listings informatiques stupides formatés priment sur l’humanité… lamentable involution de ces années de transition passées. Ces aberrations répétées (dans tous les domaines de la vie civile c’était ainsi, aussi) ont conduit heureusement certaines personnalités et certains personnages politiques ou intellectuels à se rebiffer et chercher d’autres comportements tout en gardant l’intérêt de la formidable avancée procurée par le développement bien conduit de l’informatique et de la nouvelle robotique.
Mme Dot dut quitter rapidement, se trouvant seule, le petit appartement de trois pièces qu’elle occupait depuis le décès de son mari survenu une dizaine d’années auparavant. On lui proposa d’intégrer ce qu’on lui présenta comme le fruit d’une recherche poussée. La nouvelle conception des logements pour personnes âgées qu’on nommait du doux terme barbare d’ehpad dans les années 2000 a abouti, de fait, à l’idée de « Village ». Ce terme, pourtant éculé, apparut comme la découverte révolutionnaire du renouveau.
Elle eut même la surprise de s’entendre dire : « nous transporterons votre appartement sur place ! » On lui expliqua que jamais elle ne sera seule, qu’elle sera dans un système de sécurité totale, ce qui, tout de même lui mit une certaine dose de doute dans son esprit. On l’a même entendu dire : « Je ne suis pas née de la dernière pluie, j’ai 92 ans. J’attends de voir. »
Le village.
Si vous arrivez du ciel, il vous apparaitra comme un colimaçon enroulé sur lui-même. Vous pourriez rentrer dans le village par le péristome de l’animal et si vous continuez la poursuite de la spirale qui se déroule à vos pieds, vous arriverez à l’apex où, de loin, semble s’ériger une tour ronde et transparente, plutôt haute, d’où émerge d’un dôme hémisphérique.
Si vous arrivez par la terre, vous aboutirez d’emblée a l’entrée du « village » ou s’ouvrira alors deux voies :
Soit vous continuez la route en spirale qui s’enroule sur elle-même jusqu’à la tour centrale ;
Soit vous prenez le rayon rapide qui aboutit au même endroit en coupant à plusieurs niveaux la route en spirale, représentant ainsi un raccourci très net pour les situations d’urgence. Ces rayons de raccourcis sont nombreux et en fait délimitent des lopins de terre sur lesquels sont construits les logements individuels ou couplés des résidents. La direction centrale, les bureaux, les services d’urgence ainsi que les divers locaux médicaux sont concentrés dans le dôme central.
Cette architectonie permet donc d’arriver très vite par les transversales à chaque logement, elles sont prioritairement réservées à cet usage mais utilisable par tous. Le chemin spiral est lui moins technique mais plus bucolique avec une certaine particularité que l’on perçoit d’emblée aisément des l’arrivée. Qu’elle se fasse à pied ou en véhicule motorisé électrique ou plasmique (ou même les anciens tacots diesel ou essence du début du siècle) l’entrée se fait en douceur. Le revêtement de cette route est fait d’un complexe élastique rendant la circulation pédestre agréable, non glissante mais surtout inoffensive. Une chute de sa propre hauteur est parfaitement bien amortie. Ce type d’enrobement contenant des débris de pneus et de caoutchouc synthétique existait déjà mais n’était utilisé que partiellement dans les jardins de jeux pour enfants des décennies précédentes. Cette avenue spirale est donc très prisée pour les promenades quotidiennes des personnes valides. Elle pourrait permettre de côtoyer une à une toutes les constructions du village, mais aussi de rejoindre par les transversales rapidement le centre moteur du « village ». Les personnes invalides ou fatiguées peuvent toujours faire appel tout simplement par l’intermédiaire de leur ange gardien Comper X à un robot spécialisé « Escapad X » pour le transport individuel dans n’importe quel endroit du village.
Pour un visiteur très observateur, il apparaitrait une évidente différence entre les bâtiments individuels, situés en périphérie et ceux situés plus près du bâtiment central en forme de dôme. Cette distinction résulte de la présence voulue près des surveillants humains des personnes atteintes d’une maladie touchant les capacités intellectuelles dont bien évidemment celles porteuses de l’anomalie de la maladie d’Alzheimer ou apparentée. Cette pathologie particulière, n’atteignant pas exclusivement les personnes âgées, a commencé à se répandre sans distinction dans toutes les couches de la population à la fin du dernier millénaire. Elle continue son extension inexorable malgré les progrès énormes accomplis dans la compréhension du mécanisme pathogénique.
Plusieurs tentatives ont été analysées au cours du temps pour savoir quelle était la meilleure stratégie pour conserver chez ces patients le peu de communication ou d’empathie vis-à-vis des autres humains. La vie en société ne semble pas améliorer la situation mais peut par contre créer des frictions entre patients. Le village a penché du côté de l’habitat individuel mais avec surveillance serrée et constante. L’emploi de robots n’apparait pas délétère et apporte même parfois des comportements inattendus auprès de ces machines. La grande majorité des humains employés ici sont concentrés dans cette partie centrale du Village.
L’Habitat.
La figure élémentaire de ce complexe en est le cube modulable. Il peut être doublé dans les cas particuliers. A part l’architecture primaire du cube faite de matériaux durs (ciment par exemple), tout le reste est modulé dans une matière souple mais résistante. La dangerosité de tout le bâti est annihilée par la suppression totale de tous les angles aigus retrouvés dans les maisons anciennes. La structure du sol est copiée sur celle de la route en spirale absolument a-traumatique. L’aspect intérieur est façonné à la demande du résident et de toute façon personnalisé. La veille de l’arrivée d’un nouveau pensionnaire l’intérieur du cube est donc vide. Les parois sont blanches et aseptisées. Il ne dépasse du mur qu’un robinet et une paume de douche intégrée. Les ouvertures sont fixes.
Dans les sous-sols du Dôme et pas bien loin de la salle d’opération équipée d’un robot opératoire, se trouve une gigantesque imprimante 3D capable d’imprimer une maison. Selon les souhaits de l’arrivant cette gigantesque machine peut confectionner en relief, toujours dans la même matière souple résistante et « sécurisée », les parois de l’intérieur du cube y compris meubles, chaises et table, baignoire et lit douillet. Si la personne ou son entourage apporte à l’avance une photo de l’ancien habitat du futur locataire, la méga imprimante fait une copie conforme de son habitat précédent habituel. Ceci ne procède pas d’une idée hurluberlue d’un architecte en mal d’invention mais bien d’une déduction logique et futée : Tous les soignants de personnes âgées y compris et surtout des malades atteints d’Alzheimer ont remarqué la désorientation extrême de ces personnes dès l’arrivée dans un lieu inconnu. La perte des repères conduit pour le moins à un syndrome dépressif ou agressif qui souvent aboutit à un syndrome de glissement ouvrant la porte à une fin de vie prématurée dans le désespoir. Il avait été noté dans les décennies précédentes l’amélioration de l’insomnie rebelle des malades déficitaires lorsqu’on diffusait sur l’écran de leur télévision de l’époque un film comportant des personnages connus de la famille ou de l’entourage. L’imprimante dans ce cas, peut restituer les portraits ‘’des anciens’’ accrochés aux murs, modeler des antiques jouets, reconstruire en un tourne main la commode de la grand mère. L’intégration s’en trouve facilitée. Les ‘’alzheimériens’’ rassurés.
La sécurité.
Comme nous l’avons déjà montré, la sécurité des personnes âgées a été la première préoccupation à l’origine de cette conception : Le revêtement des sols, la disparition de toute aspérité dangereuse sur les murs, les marches, les objets, l’utilisation de véhicules autonomes intelligents ont été penses le plus a-traumatiques possibles
Les médicaments sont distribués sans aucune intervention humaine. Le conditionnement se fait à l’ origine par l’ordinateur central avec triple contrôle du médicament avant mise sous scellés individuels et la drogue est distribuée par le Comper X lié et dédié à chaque résident. L’observation attentive de cette distribution, de même que les résultats d’études sérieuses portant sur ce sujet a montré, de façon objective et inattendu l’absence de problème de prise. Peu de professionnels de la santé des années passées auraient misé un kopeck sur cette acceptation du robot pour la distribution des drogues. Tout se passe comme si le rejet du médicament était corrélé à la personnalité ou de l’attitude de l’effecteur humain dans des proportions insoupçonnées autrefois. Les erreurs de distribution si fréquente alors sont quasiment tombées dans l’oubli.
Le déplacement du résident est soumis à observation constante par Comper X. Il tente de connaitre les intentions sur le trajet et l’objectif désiré et agit par anticipation toutes les fois que c’est possible. Il écoute, il voit avec sa caméra multiple, il scrute, il interprète les mouvements minimes, les variations de la respiration et agit. Par exemple, la personne vient-elle à bouger de façon inhabituelle dans son lit, la nuit, suggérant un lever imminent, qu’il prend l’initiative d’éclairer la pièce par anticipation. De nombreux accidents sont liés au défaut de cette moindre précaution. J’ai moi-même pu comptabiliser le décès de trois personnes en quarante ans d’exercice médical lié directement à cette négligence. Les personnes, même jeunes, qui se lèvent la nuit sans allumer et qui manquent la première marche de l’escalier à l’étage risquent la chute parfois fatale. Le robot est toujours prêt à apporter la canne, il propose de façon renouvelée et sans insistance des boissons variées plus facilement acceptées par la PA, ce qui diminue d’autant les chutes par déshydratation relative. Il peut aussi varier les programmes de ce qu’on appelait autrefois télévision en fonction des intérêts de chacun. Il connait parfaitement les besoins, les envies les demandes de son binôme résidentiel puisque tout ceci est inscrits dans sa base de données.
Le personnel
Humains.
Le personnel humain est pour le coup rare. Sa fonction essentielle est orientée vers la psychologie bien sûr puisque les progrès de l’intelligence artificielle n’est pas encore arrivée à intégrer toutes les facettes de la psychologie humaine. Leur substitution par le robot a libéré beaucoup de temps libre très bénéfique pour cette activité essentielle. Les réunions humaines sont quotidiennes faites de contacts physiques, des activités du toucher, des bavardages, des discussions, des jeux de sociétés non numériques, du modelage et même de la couture alors que, de nos jours, l’utilisation des tissus a disparu de l’habillement courant.
Robots
Nous avons fait la connaissance des « COMPERS » Robots dotés d’une intelligence artificielle, certes orientée, mais très grande. Elle est capable de gérer toutes les situations courantes qui peuvent survenir dans le cadre de la vie au village. Leurs capacités physiques sont tout de même modestes, incapables de redresser un humain tombé a terre par exemple. Il doit faire appel à un robot spécialisé en fonction du problème à traiter. Nous connaissons aussi dans ce cadre « Robot UC » pas beau, mais efficace. Nous avons cité « ESCAPAD » qui n’est autre qu’un véhicule électrique passe partout.
Bien d’autres éléments spécifiques existent comme Robot « Cuisto X » qui prépare les repas, Robot « Géo X » qui stationne à l’entrée du village et conduit les visiteurs à l’adresse indiquée ou recherche la personne demandée.
La santé
Le but principal qui a présidé à la mise en forme de cette nouvelle prise en charge de la vieillesse est bien entendu la recherche de la pérennisation de la bonne santé. Cette dernière aura eu tout au long du 20eme siècle finissant et le début du 21eme une définition élastique. Les progrès de la médecine, de la nutrition et de l’hygiène, de plus en plus évidents, ont repoussé les limites de la vie vers le « centenariat ». Les années cinquante ne comptaient que quelques centaines de centenaires, le nombre a grimpé rapidement à plusieurs milliers dans les années deux mille. La courbe de progression s’infléchissant par la suite pour de nombreuses raisons. La stagnation et même un certain degré de déclin économique, les restrictions budgétaires dans le domaine de la médecine privée et publique, l’informatisation à tout va, sans vraie réflexion dans une euphorie sans limite pourraient être le socle de cette inertie. Il ne faut pas oublier les méfaits d’une pollution galopante, non maitrisée, des erreurs de gestion médicale. Des affaires de médicaments dévoyés, falsifiés, erronés, ont émaillé le parcours de la médecine depuis les années quatre-vingt. Elles ont été à l’ origine de procès mémorables en ces temps-là. Pour illustrer cette idée de mauvaise gestion de la médecine, souvent pour des raisons financières, épluchons le cas de la vaccination contre la grippe.
Le principe : Plus il y a de vaccinés et moins nous aurons de grippes sauvages potentiellement mortelles ne peut pas être contesté mais bien évidemment mérite d’être démultiplié.
A partir de l’année 2015 l’autorisation de vacciner après examen médical par un médecin (méthode habituelle depuis 1980), a été élargie aux infirmières (sans examen). Dès l’année 2019, l’expansion a atteint les pharmaciens. Heureusement les années postérieures ont vite vu arriver le vaccin nasal actuellement en vigueur.
Où se trouve le PROBLEME ?
Durant les années antérieures à 2015, le vaccin contre la grippe était donc pratiqué par le médecin généraliste lors d’un examen médical, souvent en complément d’une consultation pour une raison étrangère. Au décours de cette visite, il arrivait parfois qu’une contre-indication ou une pathologie sous-jacente inconnue soit mise à jour. Le médecin sursoyait à la vaccination en attendant l’obtention d’un diagnostic précis. Sans cet examen, la découverte était pour le moins retardée et pouvait laisser s’installer une complication. Par expérience personnelle je peux parler de troubles du rythme cardiaque avec plusieurs fois des découvertes de fibrillations atriales dont on connait la propension à induire des embolies graves, parfois des râles pulmonaires pourvoyeurs de pneumopathies sournoises, Des hypertensions artérielles méconnues, des tachycardies sous-tendant des anémies rebelles, etc.
Chaque année, une à trois de ces maladies cachées ont été mises à jour à l’occasion de cette pratique de la vaccination dans ma pratique. J’ose hélas penser qu’il en est de même de tous mes confrères° sur le territoire. Cela voudrait dire qu’une quantité inexcusable de pathologies sont laissées à l’abandon par la nouvelle formule qui a prévalu après 2015 avec l’autorisation de pratique de la vaccination par un non médecin.
Cet exemple très révélateur d’une décision déviante pourrait être multiplié dans d’autres domaines médicaux.
En Ophtalmologie aussi, l’obtention d’une paire de lunettes adaptées n’oblige plus le patient à passer devant un ophtalmologiste qui naguère examinait le fond d’œil. De nombreux diagnostics passent ainsi à la trappe et pas des moindres, à savoir : le diabète, l’hypertension, les nodules dysoriques des cancers de la moelle osseuse (rares), tubercules de Bouchut de la tuberculose, les artérites, etc.
° Notons environ 100 000 Médecins Généralistes en France en 2018
Les loisirs.
L’informatisation de la médecine mais surtout la robotisation de toutes les tâches quotidiennes ont complètement changé le comportement des personnes âgées.
Dans les années vingt, la plupart des gens du quatrième âge, grossièrement au-delà de 80 ans, n’avaient pas été initiées à l’informatique qui a pris son envol effectif au début du XXIème siècle. Elles ont toujours subi les programmes de télévision imposés certes de plus en plus diversifiés, mais sans choix réel. De nos jours, grâce à l’extension de la LIFI remplaçante de l’antique dangereuse WIFI, tous les choix sont possibles et les menus modulables à volonté. La rapidité de transfert des données par ce nouveau moyen de communication au travers des lampes LED multipliant par 100 la vitesse de réception des images a amené aussi les spectacles et la culture dans les chaumières isolées.
La reconstruction visuelle holographique en trois dimensions dispense les déplacements dans les musés et même dans les magasins. Cette évolution a grandement été poussée par la pénurie progressive des moyens de transport, et le bannissement des vols aériens afin de limiter le réchauffement climatique et l’explosion exponentielle de la pollution du pays. Nos anciens peuvent ainsi se déplacer fictivement dans les allées encombrées du souk de la place EL FNA au Maroc. Leur déambulation pouvant être agrémentée d’odeurs épicées diffusées par des LED odoriférantes. Ils ont le loisir de s’extasier longuement devant le sourire un tantinet moqueur de la Joconde sans se déplacer d’un iota.
Cependant, le mouvement, la gymnastique basique ou volontaire, la mobilisation passive ou active, la musculation éventuelle, la kinésithérapie augmentée, le sport traditionnel, la natation serait-elle acrobatique, le maintien de l’équilibre, les jeux collectifs, les anciennes pratiques de manipulations physiques ont été conservés et même exacerbés. En faisant appel à son binôme robotique Comper X, le résident a la possibilité de choisir des séances privées prodiguées par son compagnon de fer ou rejoindre sur Escapad X, le groupe humain qu’il connait pour des séances conviviales.
Les visites.
De-ci, De-là dans le village, un cube architectural se singularise soit par sa forme soit par sa couleur et correspond à un cube-hôte réservé à une famille éloignée rendant visite a un parent résident. Cette famille se voit secondée elle aussi par un Comper X bienveillant et infatigable.
Que penser de cette organisation et de cette évolution ?
Les points positifs sont évidents en ce qui concerne la sécurité qu’elle soit physique, médicamenteuse ou même personnelle. Un robot veille en permanence sur le résident et anticipe.
Il n’en va pas de même si on considère dans l’absolu le manque de relation humaine. Cependant, la psychologie du sujet âgé, souvent centrée sur sa personne, les frictions fréquentes avec ses congénères dans les maisons de retraites classiques, et le penchant constaté de s’attacher à un robot sans affect mais aussi sans violence peut modérer ce sentiment délétère de possible solitude. Le robot fait ici office de chien de compagnie. Il s’intègre bien dans un rapport confus avec son binôme humain. Il se crée un équilibre relationnel qui n’aboutit en rien en une confusion de genre.
Le robot reste le robot, mais il se fond cependant dans une société nouvelle « mi-fer mi-chair ».
La lumière est une onde, cette onde est issue de l’interaction de deux champs, un magnétique et l’autre électrique. C’est simple comme « bonjour ». Oui mais le champ magnétique, c’est quoi ? Eh bien, c’est cette force qui fait dévier la pointe d’une boussole en fonction de l’orientation de celle-ci. Et le champ électrique ? Et bien…. La force qui fait se soulever les cheveux lorsqu’on est dehors dans un contexte orageux intense. Donc deux entités complètement individualisées et différentes peuvent aboutir à un phénomène totalement différent et étranger. Cette paralogie est acceptée, aujourd’hui sans sourciller et pourtant il a fallu attendre le 17eme siècle et lemodèle ondulatoire de Huygens qui propose une onde qui se déplacerait dans un milieu inconnu appelé éther; cependant ce milieu n’a pas été scientifiquement retrouvé et donc l’onde est une perturbation du vide ce qui explique le transport de la lumière dans les vides intersidéraux (qui ne sont pas totalement vides de fait). Mais le vide absolu existe-t-il? En fait la lumière est une onde tant qu’Einstein ne vienne mettre son grain de sable sous forme de grain d’énergie nommé quantum pour corser le débat. Ainsi la lumière est une onde quand ça nous arrange et un corpuscule si telle est la structure qui nous intéresse, dans une autre situation. On pourrait aller plus loin encore et se demander ce qui compose cette onde ou ce corpuscule. Cependant, nous n’allons pas continuer à casser la matière ou l’énergie jusqu’à perdre patience et rentrer dans les difficultés des interprétations modernes de la physique des ‘’micro-nano-particules.’’
Sur ce même schéma et en utilisant le même axiome de base, essayons-nous à décrypter ce que pourrait être la vie au travers du prisme d’une pata explication.
De même que la lumière qui donne la vie n’a reçue une analyse assez précise du phénomène qu’après plusieurs millénaires d’obscurantisme, la vie tarde à donner le moindre indice sur l’origine de son existence ou de sa conception intrinsèque. Ne reprenons pas, non plus, les nombreuses explications métaphysiques ou religieuses trop encombrantes.
Reprenons alors sereinement et sérieusement les choses.
Prenons un élément de la vie, à savoir le temps. Savons-nous ce qu’est le temps qui passe, si ce n’est que nous passons avec lui et nous trépassons aussi avant lui. Le temps est souvent représenté dans notre époque par une ligne droite par définition mathématique, infinie. Encore faudrait il bien concevoir ce que infini veut dire. Supposons qu’intuitivement, cette ligne dépasse l’horizon, puis le firmament puis les espaces inter galactiques, et après ? Mais ce temps pourrait aussi être interprété comme pour la lumière et sa composante magnétique comme un vecteur temps créant un champ-temps (mais sans chanson !) Ce champ-temps (Ct.) interagit avec son entourage, traverse et pénètre peut être toute chose, peut être est-il mobile, nous verrons plus loin. Son action sur le vivant pourrait aussi expliquer le vieillissement et l’usure aboutissant à la destruction de la vie mais n’expliquerait nullement les morts subites naturelles ou même les décès par attentats ou accidents. Les objets inanimés suivraient le même processus de destruction lente et contrôlée. En tenant compte bien sûr qu’un objet peut être fait de divers éléments qui pourraient se détruire avec le temps alors que l’objet lui même peut être détruit de façon individuelle sans lien. Par exemple une grenade peut bien se détruire en laissant ses composants pratiquement inchangés. Mais un vecteur temps a lui seul ne représente pas la vie et force est de compliquer le schéma en ajoutant, en écho avec la lumière, un autre élément d’une autre nature et pourquoi pas sous forme d’un champ aussi. Le champ temps est, lui, orienté et défile a une certaine vitesse toujours dans la même direction, le deuxième champ vient se greffer dessus et se laisse transporter et ne serait pas orienté mais présent partout. Quel est, dans notre environnement habituel le concept qui nous gouverne, sur lequel nous n’avons aucune prise, et dont nous n’avons pas la moindre idée de ce qu’il représente ? A mon sens, le hasard représente parfaitement le but de notre recherche. Nous n’avons aucun idée de comment il est régi et nous ne pouvons que subir ou déplorer son activité quotidienne sur toutes choses y compris notre vie. Admettons donc l’existence de ce hasard sous la forme d’un vecteur que nous appellerons champ-chance. (Cc.) Contrairement au « Ct », ce dernier ne parait pas orienté mais semble au contraire être présent partout, homogène, omniprésent, incisif et collant.
Considérons ainsi que nous baignons depuis toujours dans un environnement imprégné d’un mélange des deux champs définis en proportions variables. (Ct)n + (Cc)n .
Si le champ-chance est prépondérant, l’individu porteur verra son potentiel-chance dans la vie varier dans un sens ou un autre mais de façon primordiale, en fonction bien sûr de l’intensité du vecteur champ-temps qui lui se retrouve raccourci.
Si le champ-temps l’emporte sur le champ-chance, on peut penser que le déroulement de la vie du porteur se verra allongé ou raccourci bien sûr aussi en fonction du résidu de champ-chance dont il est porteur représenté par un vecteur réduit.
Le champ-temps est mobile et en mouvement permanent, toujours dans un même sens dans l’espace. Sa vitesse n’est pas constante. En se déplaçant il entraine avec lui le vecteur champ-chance qui interfère sur lui et le ralentit progressivement tout au long de la durée de coopération duelle. Si le champ-chance est puissant et lourd, il entraine par un effet d’inertie le vecteur temps à se déplacer plus vite mais plus loin donnant une chance supplémentaire au porteur de vivre plus longtemps d’autant que par définition le champ-chance est grand.
Cependant la destruction brutale d’un des deux vecteurs vitaux entraine la mort instantanée du porteur, mais le plus souvent c’est une dislocation progressive du vecteur temps qui va entrainer à la longue le décès dans une agonie qui pourrait se mesurer à la longueur du module du vecteur temps.
Ainsi on commence à pouvoir concevoir la vie comme un amalgame et une interaction du hasard et du temps……..
Mettons à l’épreuve cette « pata-théorie ».
Comment évaluer ce concept dans la vie de tous les jours ?
°La mort subite survient lorsque le champ-temps s’annule subitement.
°La mort agonique au contraire lorsque la valeur du champ temps se réduit progressivement, ou bien lorsque le vecteur résultant géométrique de la somme des deux champs constitutifs se raccourcit. Nous voyons ainsi que ce vecteur peut être diminue par perte de la valeur du champs-chance. A la limite si le champ-chance est nul la mort survient (cas d’un accident de la circulation par exemple) Dans ce cas il faut intervenir en amont en protégeant le champ chance (d’où les activités de prévention, les lois, les décrets, le codes comme celui de la route…..)
°La maladie pourrait être vue comme une perturbation variable et aléatoire du facteur chance.
° Sur le plan génétique, hormis le facteur aléatoire de la recombinaison génique, la disparition progressive de la longueur du télomère chromosomique est directement impactée par le vecteur temps qui se raccourcit progressivement jusqu’à son extinction.
° Il est courant de constater dans notre entourage immédiat et même parmi les personnalités célèbres le lien étroit existant entre les diverses dates de décès des protagonistes. Les enfants meurent statistiquement à des âges proches de ceux des géniteurs. Les centenaires ont une descendance de centenaires. Sauf accident bien sûr, les deux champs semblent être transmis à la descendance de façon liée et solidaire. Il serait intéressant de savoir comment ces deux champs se lient et dans quelles circonstances. En tout cas le transfert de champs parents-enfants ne peut être effectif que lors de la transmission directe dans l’escalade chromosomique méiotique. Une autre transmission possible et jamais évoquée pourrait s’opérer lors des relations copulatives par voie génitale directe certes mais plus subtilement aussi par rapprochement des ondes psychiques trans-cérébrales. Le caractère impalpable des différents champs en cause, que la science moderne ne connait pas, faciliterait subrepticement ce passage interhumain de manière imperceptible. Cependant le développement des inséminations artificielles réussies vont contre cette dernière hypothèse. Il faut donc en déduire que la transmission suit les caractères génomiques contenus en partie dans les chromosomes. Mais ces deux champs sont-ils vraiment »linkés » lors de la transmission ou bien se « déplacent-ils » ensemble, avec une possibilité de séparation ? Cette possibilité pourrait expliquer les exceptions assez souvent rencontrées dans les âges de décès. Mais alors, ceci voudrait dire que le vecteur-temps et le vecteur-chance sont dissociables et peuvent vivre éloigné l’un de l’autre.
Cette dernière hypothèse, non forcément farfelue, pourrait nous emporter dans un domaine fantastique dépassant les frontières des galaxies où les vecteurs immatériels pourraient se transporter sans difficultés, se rencontrer et générer une vie nouvelle à des millions d’années-lumière de notre terre décrépie. Le délire total suggérerait même la possibilité banale de la reconstruction ad libitum d’êtres déjà passés sur terre tant que le vecteur temps a perduré dans cette période. Nous atteignons ainsi la limite pata-génétique de l’immortalité.
L’immortalité existe donc mais comme elle est impalpable nous la chercherons éternellement.
Conduite à tenir :
Vivre en chantant au gré du sens-chance !
En suivant le champs-temps avec son champs-chance.
Hola mamá… no, no mires atrás, estoy aquí. Te conozco bien, todavía no me conoces. Tú me contengas, yo me anido en ti. Soy el capullo de la flor que cultivas día tras día. Llevo ocho meses esperando este momento para hablar contigo. Escúchame, pon tu oreja en tu estómago. Allí, siento un temblor. Tengo oídos, pero no puedo oír. Tengo boca pero se queda callada, tengo los ojos entreabiertos que no ven más que llorar lágrimas disueltas cuando estás triste. Solo percibo las vibraciones amortiguadas de tu voz suave, las sutiles ondas de tus caricias al atardecer, pero también los inexplicables truenos y, a veces, espantosas ondas de choque. Me imagino la magnitud de tus contracciones musculares el dolor que nos ataca. Quién en tu mundo abierto puede atacarte tan mal? Estoy triste. Te prometo mamá querida que ya amo sin límites, que te defenderé con todo mi ser cuando llegue el día. Crezco rápido, lo sabes. Me llenas de jugo tónico. ¿Oyes mi corazón veloz, allí bajo tu amable oído? Él es tuyo y siempre te cuidará. Después del duro viaje por delante, nadie podrá volver a hacerte daño. Lloraré sin cesar si siento tu tristeza, me cubriré de horribles espinillas para protegerte distrayendo tu atención, moriré por ti querida mamá, no volveré a comer hasta el regreso de un amor sereno.
Cuando seas vieja y agotada, te llevaré en mis brazos. Te diré esto: si tus oídos ya no oyen te contaré paisajes de cuento de hadas, si tus ojos ya no ven, besaré tus manos arrugadas y tus mejillas vacías y recordarás las sutiles oleadas de caricias del pasado.
Ciao mamma … no, non guardarti indietro, sono qui. Ti conosco bene, ancora non mi conosci. Tu mi contenga, io mi annido in te. Sono il bocciolo che coltivi giorno dopo giorno. Sono otto mesi che aspetto questo momento per parlarti. Ascoltami, metti l’orecchio sullo stomaco. Là, sento un tremore. Ho orecchie, ma non riesco a sentire. Ho una bocca ma rimane muta, ho gli occhi socchiusi che non vedono altro che piangere lacrime sciolte quando sei triste. Percepisco solo le vibrazioni soffocate della tua voce morbida, le onde sottili delle tue carezze la sera, ma anche i tuoni inspiegabili e le onde d’urto a volte spaventose. Immagino l’entità delle tue contrazioni muscolari il dolore che ci attacca. Chi nel tuo mondo aperto può attaccarti così duramente ? Sono triste. Ti prometto cara mamma che già amo senza limiti, che ti difenderò con tutto me stesso quando verrà il giorno. Sono cresciuto velocemente, sai. Mi riempi così tanto di succo tonico. Senti il mio cuore veloce, lì sotto il tuo orecchio gentile. È tuo e veglierà sempre su di te. Dopo il duro viaggio che ti aspetta, nessuno potrà più farti del male. Piangerò incessantemente se sentirò la tua tristezza, mi coprirò di orribili brufoli per proteggerti distraendo la tua attenzione, morirò per te cara mamma, non mangerò più fino al ritorno di un amore sereno.
Quando sarai vecchia e sfinita, ti porterò tra le mie braccia. Ti dirò questo: se le tue orecchie non possono più sentire, ti racconterò paesaggi da favola, se i tuoi occhi non vedono più, bacerò le tue mani rugose e le tue guance vuote e ricorderai le onde sottili delle carezze del passato.
La lune est pleine. Elle emplit de son éclat de mercure l’éther calme qui baigne nos solitudes. Près de nous, des ombres laineuses se meuvent lentement, d’un mouvement brownien, dans la prairie d’altitude. Aucun murmure; Pas une once de bruit ne s’aventure si haut dans les pâturages sommitaux. Dans le lointain, des masses évanescentes et menaçantes nous côtoient et tentent de nous écraser de leur légère présence. Des parfums humides remontent de la terre réchauffée par la chaleur du jour finissant. Le petit Loïc trône près de son grand-père comme statufié, assis sur une auge de granit gris. Le regard fixé à contempler cet astre mystérieux qui l’hypnotise. De quelles images son cerveau est-il envahi à ce moment précis ? Depuis son arrivée tardive par le dernier train à vapeur venant de la grand’ ville et après deux heures de marche sur les pistes caillouteuses menant à la bergerie, il est solidifié sur son piédestal minéral.
« Dis donc, grand père, raconte-moi une autre histoire de lune, pas celle de la dernière fois. Pas celle qui a reçu une fusée au beau milieu de l’œil comme sur le dessin. »
Il avait soudain quitté son attitude bouddhique pour se laisser entrainer à la pensée des histoires magiques, cent fois renouvelées, distillées par son grand-père à chaque séjour montagnard. Il dégustait avec délectation ces récits fantastiques que le grand-père inventait in situ. Sa voix grave et monocorde faisait résonner les fibres poétiques encore enfantines de Loïc. Parfois, dans la nuit noire il s’endormait avant que les sirènes n’engloutissent les héros de l’Antiquité. Jamais il ne baillait d’ennui tant les contes étaient ajustés à sa sensibilité par un grand père attentif et sensible. Ulysse n’avait plus de secret pour lui et les dieux belliqueux de l’Olympe ne l’émouvaient pas davantage.
« D’abord, nous allons manger puis je te raconterai l’histoire vraie, notre histoire, celle de la LUNE ROUSSE. Cette nuit, vois-tu, cette ardente boule que tu regardais tout à l’heure va se transformer, se laisser grignoter par l’ombre de la terre et s’éteindrepetit à petit puis se colorer de rouge comme un œil qui vient de pleurer. Je ne t’en dis pas plus, allons diner. »
Loïc n’avait pas remarqué, dans son état second, le fumet subtil qui taquinait ses narines. Il le connaissait pourtant. C’était son plat favori. Celui de ses Pyrénées chéries. Celui des contes et des rêves improbables sous des cieux sereins. C’est le mélange savant du chou et des légumes, des légumes et de la pointe d’échine du porc local longuement mijotés dans la grosse marmite ventrue sur les braises, là, entre les pierres. C’est la GARBURE de grand père, celle qui ne ressemble à nulle autre dans la contrée. Il courut vers le troupeau qui s’agitait encore pour trouver le meilleur confort pour la nuit et revint rapidement en arrière, les muscles et les tendons maintenant délassés. Il pénétra dans la toue à la basse porte d’entrée pour s’immerger dans cette atmosphère enfumée de l’unique espace chichement habitable. Dans un coin, la grosse boule culottée encore léchée par de maigres flammèches qui montaient vers un plafond ouvert sur le firmament, reposait contre un mur de pierres crues. La fumée hésitait à sortir par cette brèche céleste tout de même attirante. La partie récalcitrante parfumait, peut-être trop, l’espace cuisine-lit de ce lieu de silence. On se demandait en entrant dans ce logis misérable si la table centrale n’était pas arrivée, à l’improviste, lors de la dernière avalanche de l’hiver. C’était un bloc de granit à mille facettes dont le plateau supérieur paraissait quasiment lisse. Le lit de bois, de mousse recouvert, poussait à la paresse. Il paraissait propice au délassement et en possédait tous les atours.
Ils s’attablèrent autour du granit éternel et Ptolemy le papy servit à chacun une louche démesurée au contenu hétéroclite mais porteur d’une énergie colossale. Elle permettrait d’affronter le récit effrayant qu’il lui fallait composer. Jamais le grand père n’avait osé exposer ce qu’il savait, les atermoiements et les errances que la situation cataclysmique du monde passé avait engendré. Un monde pas bien lointain et pourtant si éloigné. Cette nuit de lune rousse dans un ciel de cristal se prêtait bien au récit qui lui trottait dans la tête. Loïc paraissait en âge de comprendre pourquoi le monde entier avait basculé dans l’horreur de l’anéantissement ce soir-là.
Ils s’assirent contre le mur de pierres sèches encore tiède malgré l’heure tardive, à même le sol, et s’attardèrent à contempler, sans mot dire, le firmament étoilé. Ptolemy interrompit le silence et d’une voix la plus grave possible il ouvrit son carnet intérieur à la page de la préface :
« Il y a bien longtemps, tu n’étais pas encore né bien sûr, par une nuit semblable à celle-ci, la terre a subi un choc terrible, une attaque brutale et inattendue par une force inconnue, provoquant en quelques jours seulement, la disparition de millions de personnes de par le monde. »
L’histoire commençait comme il l’aimait. Loïc eut un frisson. Etait-il lié à la peur ou au froid ? Peu importe, le dé était lancé. Ptolemy continua. Mais il n’en était qu’au préambule. Il se permit donc de présenter rapidement à Loïc l’image du monde d’alors.
« En ce début de millénaire, il y avait des habitants nombreux sur toute la terre, mais on pouvait distinguer, en considérant la situation grossièrement, deux groupes de population : le groupe des riches, dirons-nous, et le groupe des pauvres. Le premier vivait avec des moyens mirifiques qui n’existent plus aujourd’hui et plutôt dans l’hémisphère nord et les zones pétrolifères, et l’autre groupe, plutôt dans les zones équatoriales ou arides avec de moyens faibles et parfois rudimentaires comme aujourd’hui.
_ Mais grand père, qu’est ce qu’ils avaient les riches ?
_ Bien vois-tu, les progrès de la science avait permis d’inventer des machines extra ordinaires qui avaient permis aux hommes d’atteindre la Lune, oui, la lune que tu vois là, et bien, tes ancêtres y sont allés avec une fusée. Je t’ai déjà parlé. Ils ont inventé des systèmes pour transporter les images qu’on pouvait voir à l’autre bout du monde : Le vieil appareil plat et noir qui moisit dans ta cave, chez toi, recouvert de toiles d’araignées permettait de voir des images colorées et vivantes : La télévision. Elle apportait à chacun du divertissement, de la connaissance. Plus tard un système encore plus performant, qui s’appelait internet, et qui mettait en relation tous les hommes de la planète, a envahi celle-ci. J’ai vécu ce temps merveilleux. Ce soir d’éclipse de lune où tout a basculé, je m’étais levé à trois heures du matin pour voir disparaître l’éclat de la lune qui laissait place au disque rougeâtre. La même chose va se renouveler ce soir après 18 ans d’attente. Je suivais aussi les images en direct sur un écran qu’on appelait une tablette. Tout ceci a disparu. Il nous reste heureusement, le poste de TSF qui avait été inventé au début de l’autre siècle et qui fonctionne toujours. Les gens voyageaient dans des avions supersoniques très rapides sans commune mesure avec ceux qui ont perduré, les voitures roulaient par millions sur nos routes plaines, la santé avait fait des progrès inouïs, on changeait des cœurs et même des chirurgiens avaient prédit qu’ils seraient capables d’inter-changer des têtes. Les villes étaient belles dans le ‘’groupe des gens riches’’, propres, les infections rares grâce à des systèmes développés d’assainissement des eaux usées qui s’écoulaient dans des réseaux tentaculaires. Tout le monde mangeait à sa faim. La situation était diamétralement opposée dans le ‘’groupe des pauvres’’ souvent appelé monde en voie de développement laissé souvent à l’abandon. On avait côtoyé les banlieues des constellations lointaines avec des télescopes gigantesques. L’informatique était rentrée dans toutes les maisons, on pouvait discuter tout en se voyant avec un correspondant à l’autre bout du globe. La seule chose qui posait vraiment problème, et il était majeur, était la pollution qui devenait de plus en plus prégnante. Tout était tellement beau. Subrepticement s’était installé un empoisonnement progressif de l’environnement. L’air commençait à devenir irrespirable dans les grandes villes à cause des rejets dans l’atmosphère des poisons issus du fonctionnement de toutes ces machines. Les eaux, les aliments, les fruits et même les animaux se détérioraient. C’était le commencement d’un avenir peu raisonnable. »
Là, Ptolemy s’interrompit. Il n’était pas sûr que son petit-fils se rende compte du degré avancé d’évolution de la civilisation. Cependant cette décennie pré-cataclysmique se dégradait inexorablement camouflant à peine l’horreur ébauchée par une pollution sournoise. Elle préparait pour les terriens un avenir incertain. Il lui parla longuement des beautés de la nature, des voyages, des livres superbes que Loïc avait vus dans la grande bibliothèque, les myriades de jeux électroniques dont il possédait un exemplaire peut-être encore fonctionnel. Les questions de Loïc fusèrent ensuite et la nuit s’obscurcit tellement que ses paupières se fermèrent. Le grand père le transporta sur le lit des rêves et revint admirer la lune à moitié occultée. Son esprit au calme maintenant cherchait la suite de l’histoire. Il devait éviter d’inquiéter cet enfant fragile. Sa famille l’avait toujours éloigné des récits terrifiants parlant de ce chambardement passé. Il rejoignit son lit dans la pénombre soudaine, heureux d’avoir enfin initié son histoire, l’histoire commune à toute l’Humanité.
Il reprit son récit juste après le souper le lendemain alors que le ciel se chargeait progressivement de pesants nuages prêts à se soulager subitement. La température restait accrochée à des limites stratosphériques.
« Le lendemain matin de cette nuit d’éclipse, dès l’aube douce, tous les moyens de communication mondiaux débutèrent par une édition spéciale, interrompant toutes les émissions programmées: CBS NEW ouvrit avec « Ebridgement », en France le MONDE chamboula sa Une : « Attaque des Extras ? », La STAMPA écrivit : « epidemia globale ? », La PRAVDA : « непонимание », même la Chine calligraphia : « 麻木 ». Les ordinateurs croulèrent sous l’afflux des dépêches du monde. La première éditée, très tôt après la réapparition de l’éclat sélène, arrivait des Etas Unis et tout particulièrement d’Atlanta où on déplorait la mort abrupte du Directeur du CDC.
_ Qu’est-ce que c’est ça, le CDC ? demanda Loïc.
_Le ‘’Centers for Deseases Control’’ est le plus grand centre mondial de contrôle du développement des maladies infectieuses. Il est situé à Atlanta, en Géorgie d’Amérique. Le texte ne disait rien sur les conditions mais parlait de son écroulement subit devant son pupitre lors d’une conférence sur le développement enfin circonscrit de l’épidémie d’Ebola en Afrique. Suivirent très vite dans la matinée des dépêches très similaires dans leurs transcriptions en provenance de Paris, Berlin, Madrid, Rome, mais aussi Moscou, Pékin ou Melbourne. A Paris, ce fut le directeur de l’Institut Pasteur qui s’effondra au pied de son Université. Puis très vite cette épidémie soudaine poursuivit son ravage dans toutes les classes de la société sans oublier les politiques : écroulement du premier ministre de Grande Bretagne, le bras droit de la Chancelière en Allemagne ‘’chancela’’ devant son petit déjeuner. En France nous avons perdu le ministre de la Santé dans ces mêmes conditions. La liste était longue. Déjà le soir même on déplorait la disparition de plus de cinq cents personnalités de par le monde, sans la moindre idée de la cause. Pendant les jours de terreur qui suivirent, les décès inexpliqués par milliers touchaient toutes les couches de la société dans le Monde entier. Si rien n’est fait, toute l’humanité aura disparu dans les mois à venir : C’était le sentiment de chacun. Une telle panique se développa que les décès liés à ce qu’on commençait à appeler ‘’mal rouste’’, évoquant peut être la violence et la rapidité, et même certains se risquaient à : ‘’peste lunaire’’, s’additionnaient aux morts par suicides ou réactions incontrôlées. Les églises tellement désertées alors voyaient leurs bancs craquer à nouveau sous le poids de la peur, les gens se méfiaient de leurs voisins. Chacun ressortit de derrière les piles d’assiettes des buffets, les boites de masques médicaux qui trainaient là depuis la dernière menace mondiale de pandémie aviaire. Pandémie supposée, elle avait été annoncée avec beaucoup de conviction à l’époque par ce même CDC et qui s’était soldée par une « épidémiette » sans conséquence. Cela avait valu un conflit interne très sérieux entre le directeur et son second en désaccord avec lui. »
Loïc écoutait en se tortillant sur son derrière qui ressentait l’humidité apportée par les premières larmes du nuage, bouleversé comme lui par le récit du grand-père ! Il était anxieux. Heureusement que l’aïeul était là, il avait résisté à l’effroyable phénomène et ça lui suffisait. Tout de même, il aurait aimé connaitre la suite rapidement. De coutume, il aimait l’entendre divaguer. Il adorait ses longues digressions dans ses récits fantastiques, les descriptions imagées et surdimensionnées des monstres des enfers, les paysages enchanteurs où il excellait, les personnages vivants, terrifiants ou aimables qui venaient ensuite peupler ses songes. Là, non. Ça paraissait sérieux et grave.
Ptolemy ne pouvait plus faire marche arrière. Il avait décidé, il devait vider son sac. Il sentait quelque chose en lui qui le poussait à parler, peut être son grand âge en était la cause. Il reprit de plus belle :
« La planète entière fut stupéfiée, comme si elle était passée en roue libre pendant les jours qui suivirent. Rien ne se passait plus. La ‘’non vie’’ consistait à compter les morts sans rien comprendre. C’était un lavage de cerveau total du monde. Sur les téléviseurs fonctionnant en automatique s’affichait un lugubre tableau noir aux chiffres rouges qui représentaient le décompte des disparus. Parfois s’intercalaient quelques bribes de journal télévisé quotidien vidé de sa substantifique moelle tant les choses à dire n’avaient plus d’importance. Vers la fin de la première semaine, les choses commencèrent à bouger dans tous les domaines. Le tableau noir fut remplacé par des cartes mondiales indiquant les lieux et les densités de morts par des variations de l’intensité de leurs couleurs. Plus tard, il s’affina par des statistiques, certes maigrelettes mais qui permirent tout de même une constatation très importante au fur et à mesure que les couleurs se précisaient. Puis vinrent des informations sur les diverses recherches qui avaient été mises en œuvre pour essayer de comprendre. Cependant, les choses étaient compliquées du fait de la perte pratiquement instantanée d’un très grand nombre d’intellectuels et surtout de chercheurs. Cette caractéristique avait déjà été remarquée au début du désastre. Une autre information positive et malgré tout réjouissante fut la mise en commun mondiale de toutes les forces restantes, ce qui aboutissait comme par enchantement à la fin des conflits mondiaux. L’humanité entière en danger décida de se ‘’serrer les coudes’’. On en rêvait depuis longtemps mais pas dans ces conditions. Les immenses conglomérats internationaux d’ordinateurs furent dédiés rapidement et exclusivement à la recherche des origines du mal. Il fallait faire vite. La perte annoncée des hyper-spécialistes de tout domaine allait faire chuter inexorablement la qualité des découvertes et des progrès. Les appareils de haut niveau technique allaient s’étioler. Les IRM, scanner, mais aussi cyclotron, télescopes et autres moyens de communication sophistiqués, par manque de maintenance spécialisée. Le risque à éviter était le black out total. Et pourtant !
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